Crédit d'image: Le Premier ministre Mark Carney, à gauche, et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, se serrent la main lors d'une rencontre bilatérale dans son bureau au Parlement européen à Strasbourg, en France, le mercredi 16 septembre 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Justin Tang

Une économie propre doit être au cœur de la relation UE-Canada

Une intégration et une coopération plus étroites entre les puissances moyennes peuvent contrer les mesures commerciales agressives des États-Unis qui menacent l’économie canadienne.

Le Canada cherche à renforcer ses liens avec l’Union européenne, afin de diversifier les échanges commerciaux et de bâtir une résilience économique face à la mutation rapide de la géopolitique. Toutefois, ce virage ne consiste pas uniquement à se mettre en position défensive : il s’agit aussi de passer à l’offensive. 

L’UE a placé la décarbonation et l’électrification au centre de son programme économique et de sécurité énergétique, alors que les batteries, les énergies renouvelables et les autres technologies électriques sont devenues considérablement moins chères, tandis que les prix et l’approvisionnement en combustibles fossiles sont devenus plus volatils. Cela se reflète dans le récent projet de note préparé en vue du sommet UE-Canada qui aura lieu à Montréal plus tard ce mois-ci. La note souligne l’importance de l’énergie à faibles émissions de carbone, des technologies propres, des minéraux critiques, de la tarification du carbone et de la décarbonation industrielle.

L’alignement avec l’UE ne consiste donc pas seulement à diversifier les échanges pour réduire la dépendance aux États-Unis. Il s’agit aussi de coordonner des stratégies avec des partenaires économiques résolument tournés vers l’avenir, et non vers le passé.

En termes simples, une économie plus propre et plus résiliente constitue une priorité absolue pour l’Europe et un élément fondamental de la prospérité et de la sécurité futures du bloc. La présidente de l’UE, Mme Ursula von der Leyen, l’a clairement exprimé dans son discours sur l’état de l’Union invitant le Canada à devenir membre associé. 


Dans ce même discours, elle a souligné : « Il n’y a aucun doute : l’Europe peut, doit et maintiendra le cap sur ses objectifs climatiques. »

Il s’agit d’un signal crucial pour le Canada si nous entendons vendre davantage de nos ressources, technologies et expertises sur les marchés européens. 

Quelques éléments de contexte : L’Europe est un chef de file en matière d’énergie propre et de décarbonation. Les dernières données officielles indiquent que les émissions de l’UE étaient inférieures de 40 % en 2024 à celles de 1990. Elle est donc en bonne voie pour atteindre l’objectif d’une réduction de 55 % d’ici 2030.

Cela se traduira par une réduction rapide des débouchés du marché pour tout ce qui génère des émissions de carbone. 

De plus, les objectifs de l’Europe s’appuient sur des mesures politiques fortes. L’UE, par exemple, abrite le marché du carbone le plus solide au monde et applique une taxe carbone aux importations ne faisant pas l’objet d’une tarification du carbone équivalente dans leur pays d’origine. À défaut, les entreprises canadiennes souhaitant accéder à ce marché seront contraintes de payer la taxe de l’UE plutôt que de conserver ces revenus au pays… une raison supplémentaire de renforcer le système canadien de tarification du carbone industriel.

L’UE a également mis en place un plan ambitieux pour électrifier son économie. Elle prévoit de doubler, d’ici 2040, la part actuelle de l’électricité dans la consommation finale d’énergie sur le continent (pour atteindre 46 %). Cela réduirait les importations de combustibles fossiles de 260 milliards d’euros par an, selon la Commission européenne.

L’UE est aussi un chef de file en matière d’énergie propre. L’an dernier, l’énergie solaire et l’énergie éolienne ont produit plus d’énergie que les combustibles fossiles, une première pour le continent. Ces deux sources d’énergie renouvelable ont assuré 30 % de la production totale d’électricité de l’UE en 2025, contre 20 % à peine cinq ans plus tôt. 

Dans l’ensemble, cela représente une possibilité pour les entreprises canadiennes proposant des services, des innovations et des technologies à faibles émissions de carbone. L’électrification accrue de l’économie canadienne et le doublement de la capacité de nos réseaux d’électricité, engagements pris par le gouvernement Carney, renforceront ces atouts, tout comme le gain d’efficacité et de productivité des technologies électriques. 

Enfin, en ce qui concerne les minéraux critiques et les batteries, le Canada se trouve face à une énorme possibilité à saisir, comme l’ont souligné la présidente von der Leyen et le premier ministre Carney. 

L’Europe cherche à sécuriser ces éléments fondamentaux de la transition énergétique mondiale, et le Canada en possède en abondance. En fait, les recherches de L’Institut climatique du Canada ont démontré que d’ici 2040, la demande de l’UE pour deux minéraux critiques prioritaires seulement, le cuivre et le nickel, devrait dépasser 75 milliards de dollars par an. La majeure partie de cette demande sera satisfaite par des importations, ce qui créera un nouveau débouché majeur pour les ressources canadiennes. 

Toutefois, pour concrétiser ces possibilités, le gouvernement fédéral devra agir rapidement. Cela devrait passer par une harmonisation des réglementations et des politiques de manière à encourager davantage le commerce et à profiter aux deux juridictions. Par exemple, permettre à n’importe quel véhicule électrique qui satisfait aux normes de sécurité et environnementales européennes d’être vendu ici pourrait contribuer à introduire 20 des modèles les plus abordables au Canada. 

Le leadership de l’UE et du Canada est ce dont le monde a besoin en ce moment. Une intégration et une coopération plus étroites entre les puissances moyennes peuvent contrer les mesures commerciales agressives des États-Unis qui menacent l’économie canadienne, alors que la transition énergétique mondiale s’accélère et que les conséquences des changements climatiques deviennent plus graves et plus coûteuses. Toutefois, pour réussir, le Canada devra agir sans tarder, afin de préparer ses industries et ses stratégies économiques à de nouveaux marchés qui s’électrifient rapidement grâce à de meilleures technologies, plus avancées, alimentées par l’énergie propre.

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