Cet article a précédemment été publié dans le Hill Times.
Alors que les représentants élus retournent à la colline du Parlement ce mois-ci, ils retrouvent un environnement politique où, bien souvent, il n’est plus de bon ton d’aborder la politique climatique à Ottawa. Face à une crise commerciale, à une croissance de la productivité qui demeure faible et à une incertitude mondiale, le gouvernement fédéral a analysé bon nombre de ses priorités en adoptant une perspective de croissance économique.
Cette stratégie est à la fois bonne et mauvaise. Le gouvernement fédéral a raison de privilégier la croissance économique compte tenu des risques commerciaux liés aux États-Unis et de la faiblesse chronique de la productivité canadienne. C’est la voie à suivre pour accroître la richesse et les possibilités pour les Canadiens et Canadiennes. Toutefois, il a tort de présenter la question climatique comme un compromis, ou comme un domaine d’action pouvant être reporté à plus tard. Il est impossible d’assurer la croissance économique à long terme du Canada sans prendre au sérieux la transition énergétique et sans disposer d’un plan solide pour en tirer parti.
Alors que l’équipe du ministre des Finances François-Philippe Champagne commence à finaliser les détails du prochain budget fédéral, la résolution de ces tensions sera déterminante pour la croissance future du pays.
Les investissements doivent résister à l’épreuve du temps pour leur viabilité économique. Les grandes infrastructures ont une durée de vie de 40 ans ou plus. Par conséquent, tout investissement public majeur devrait répondre à deux questions concernant le rendement financier pour le Canada : l’investissement restera-t-il rentable dans un monde en voie de décarbonation? Ces ressources limitées pourraient-elles générer davantage de valeur ailleurs?
Le marché évolue désormais dans une direction précise. La valeur combinée du marché mondial des technologies d’énergie propre a progressé d’environ 20 % par an au cours des dix dernières années, pour atteindre près de 1 200 milliards de dollars américains en 2025. Ironiquement, deux des plus grands émetteurs au monde sont en tête dans plusieurs domaines de la croissance propre. La Chine domine le classement mondial en matière d’infrastructures d’énergie propre, tandis que les États-Unis ont investi plus de 278 milliards de dollars américains dans les énergies et les transports propres, rien qu’en 2025. Le Canada n’a pas besoin d’égaler leur envergure pour tirer son épingle du jeu. Il lui suffit de déterminer où concentrer ses efforts et de miser sur ses avantages concurrentiels existants.
Les atouts naturels du Canada orientent le pays vers des secteurs de croissance, comme ceux des minéraux critiques et de l’électricité propre, tandis que le contexte en favorise d’autres. La géographie difficile, les vastes distances et les conditions climatiques extrêmes du pays imposent une grande rigueur en matière d’ingénierie. À mesure que le Canada relève ces défis, il pourrait transformer cette capacité en solutions propres dont d’autres ont besoin.
Investir dans des réseaux d’électricité plus vastes, plus propres et plus intelligents répond aux impératifs de durabilité et stimule les investissements dans d’autres secteurs. L’entente-cadre sur Churchill Falls et Gull Island démontre qu’il est possible de faire preuve d’ambition et de collaborer entre différents ordres de gouvernement. Toutefois, cette entente doit être suivie d’autres initiatives et d’une transition plus systémique vers des réseaux d’électricité plus propres et mieux interconnectés.
L’Institut climatique du Canada a démontré comment l’expansion de l’électricité propre peut stimuler la croissance économique, réduire les factures d’énergie et diminuer les émissions de gaz à effet de serre. La Stratégie nationale d’électrification proposée et soumise à consultation depuis le mois de mai reconnaît les perspectives offertes par le doublement du réseau d’électricité en utilisant de l’électricité propre. Alors que la période de consultation touche à sa fin et que le budget de 2026 se précise, le gouvernement dispose d’une rare chance de financer ce qu’il a déjà proposé. Le budget de cet automne devrait marquer le passage de la stratégie à l’action, plutôt que de se limiter à une vague promesse d’efforts futurs.
À cet égard, une stratégie d’innovation propre permettrait de faire avancer à la fois les objectifs économiques et climatiques. Chaque nouveau projet d’intérêt national, chaque investissement majeur dans les infrastructures et la plus grande part possible de la production industrielle devraient s’appuyer sur les technologies propres et efficaces les plus performantes, tout en orientant les capitaux vers le déploiement à grande échelle des innovations locales.
Le Canada ne peut pas se permettre de ralentir sa poursuite d’une croissance propre. Le coût des dommages liés au climat augmente plus rapidement que celui de la mise en œuvre de solutions. Nous consacrons déjà des milliards de dollars par an aux réparations d’infrastructures, aux frais de santé et à la hausse des primes d’assurance en réponse aux inondations, aux feux de forêt et aux phénomènes météorologiques extrêmes. L’Institut climatique du Canada estime que le taux de croissance économique annuel à long terme du pays sera réduit de près de la moitié en raison des changements climatiques, ce qui se traduira par une perte de centaines de milliards de dollars ou plus d’ici la fin du siècle.
La croissance propre n’attendra pas le Canada. L’accélération de la transition vers les énergies propres offre aux pays qui dépendaient auparavant des importations de combustibles fossiles une plus grande sécurité énergétique, ainsi qu’une meilleure maîtrise de leurs coûts d’approvisionnement. La prospérité à plus long terme du Canada exige que les secteurs public et privé maintiennent le cap sur la croissance propre, à une échelle et avec une ambition comparables à celles du soutien apporté récemment aux projets énergétiques conventionnels. Cela est particulièrement important lorsque certains de vos plus grands clients cherchent activement, grâce à l’ingénierie, à s’affranchir de la dépendance à votre produit.
Le prochain budget fédéral devrait clairement établir un plan de croissance et d’innovation propre dans le cadre de sa stratégie économique. À défaut, le gouvernement risque de parier contre la transition énergétique mondiale ou, pire encore, de parier contre la capacité du Canada à être concurrentiel sur le marché mondial en pleine expansion des technologies propres.