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L’avenir des VE au Canada dépend d’un réseau de recharge fiable, à la maison et sur la route

Les gouvernements doivent agir pour combler les lacunes et stimuler une adoption plus forte des VE.

Lorsque nous parlons de doubler la production d’électricité du Canada d’ici 2050 et d’électrifier l’économie, nous ne pensons peut-être pas immédiatement à l’ampleur du défi à l’échelle d’une simple prise de courant. 

Les gouvernements de partout au Canada se concentrent naturellement sur la priorisation de plans ambitieux pour améliorer à grande échelle leurs réseaux d’électricité, de l’expansion récemment annoncée de Churchill Falls aux interconnexions entre les réseaux interprovinciaux en passant par des projets éoliens en mer d’une capacité de plusieurs gigawatts. Bon nombre de ces projets ont été confiés au nouveau Bureau des grands projets du gouvernement fédéral, ce qui souligne leur importance en tant qu’infrastructures essentielles d’intérêt national. De telles initiatives d’envergure constituent des étapes cruciales que le Canada doit franchir pour atteindre ses objectifs.

Mais, parallèlement à ces grandes avancées, de nombreuses étapes plus modestes peuvent permettre aux Canadiens et Canadiennes de profiter des avantages de l’électrification, là où ils vivent et travaillent. Notre récent rapport, intitulé Mener la charge a révélé que l’électrification des véhicules de tourisme partout au pays nécessitera des millions de ces petites étapes… les 19 millions de bornes de recharge qui doivent être installées d’ici 2040 pour assurer des déplacements en douceur aux quelque 21 millions de véhicules électriques (VE) qui devraient circuler sur les routes canadiennes d’ici là. À titre de comparaison, on en compte environ un million aujourd’hui. 

L’atteinte de la carboneutralité exige un développement massif du réseau de recharge au Canada, les ménages devant installer la majeure partie des nouveaux points de recharge.

Passer d’un pays qui repose sur les moteurs à combustion interne à un pays qui fonctionne principalement avec des moteurs électriques constitue une étape essentielle du parcours du Canada vers la carboneutralité. Par ailleurs, les VE offrent bien plus que la simple réduction drastique des émissions liées au secteur des transports. Faciliter l’adoption des VE présente des avantages considérables pour la société : ces moteurs électriques sont synonymes d’une meilleure qualité de l’air, d’une amélioration de la santé publique, d’une réduction des coûts pour les conducteurs, ainsi que d’une plus grande flexibilité et stabilité du réseau d’électricité.

Multiplier par près de vingt le nombre total de bornes de recharge pour VE au Canada est un projet d’envergure, pour le moins qu’on puisse dire. Toutefois, la grande majorité de ces futures installations devraient se situer dans les domiciles des particuliers et la plupart des nouvelles bornes pourront probablement être installées facilement et à faible coût au moment où les ménages achèteront un VE.

Il s’agit d’une bonne nouvelle pour la transition énergétique du Canada, car cela signifie que les gouvernements n’auront pas à planifier ni à construire la majeure partie de l’infrastructure nécessaire. L’objectif global est ambitieux, mais la plupart des étapes à franchir sont aussi simples à réaliser que l’installation d’une laveuse et d’une sécheuse neuves.

Des interventions gouvernementales ciblées peuvent aider à surmonter les principaux obstacles au déploiement des bornes de recharge 

Cela ne signifie pas pour autant qu’aucune intervention gouvernementale n’est nécessaire. L’action des gouvernements est vitale, et nos conclusions peuvent aider à orienter la portée de cette action dans le cadre de la future stratégie fédérale en matière d’infrastructures de recharge. Notre analyse a permis d’identifier quatre obstacles principaux, susceptibles d’entraver le déploiement et de ralentir la transition vers les VE. Chacun de ces obstacles nécessite des interventions politiques pour être pleinement surmonté : 

  1. Les VE et les infrastructures de recharge publiques risquent de se retrouver pris dans le dilemme de l’œuf et la poule. L’installation de bornes supplémentaires dépend de la présence d’un plus grand nombre de VE sur les routes, tandis que l’augmentation du nombre de VE dépend de la disponibilité de davantage de bornes.
  2. Dans les régions rurales et éloignées, le faible taux d’utilisation pourrait, dans un avenir prévisible, continuer de dissuader le secteur privé de proposer des infrastructures de recharge publiques.
  3. Les résidents d’immeubles résidentiels à logements multiples risquent d’être laissés pour compte en raison de la divergence d’intérêts, ainsi que des coûts et de la complexité accrus liés à l’installation de bornes de recharge.
  4. La recharge des VE pourrait constituer un atout pour le réseau, si elle est conçue pour permettre une demande d’électricité flexible. Cependant, ce n’est pas encore le cas dans la plupart du Canada.

Il sera essentiel de surmonter ces obstacles pour que le Canada poursuive avec succès ses objectifs de carboneutralité et pour permettre aux Canadiens et Canadiennes d’avoir plus facilement accès à une technologie plus saine et plus abordable. Les mesures prises pour surmonter ces obstacles spécifiques peuvent également contribuer à fournir une certitude politique quant à l’orientation politique globale du pays en matière de VE et d’infrastructures de recharge. Cela encourage les marchés et les ménages à aller dans la même direction, ce qui accélère l’électrification des transports tout en réduisant les coûts. Les gouvernements peuvent ensuite fournir un financement ciblé pour des secteurs que le marché ne parvient pas à couvrir de manière adéquate.

Les gouvernements peuvent combler les lacunes du réseau canadien de recharge pour VE au moyen de mesures ciblées

Nous préconisons une approche qui s’attaque simultanément à l’offre et à la demande, afin de résoudre le dilemme de l’œuf ou la poule. Cette approche conjugue des mesures réglementaires d’envergure à l’échelle de l’économie, des ajustements précis aux marchés réglementés de l’électricité, ainsi qu’un soutien financier ciblé. Les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux jouent un rôle essentiel à cet égard.

Les constructeurs automobiles, les fournisseurs de bornes de recharge et les propriétaires de VÉ au Canada ont tous besoin de prévisibilité sur le plan des politiques publiques pour prendre leurs décisions d’investissement et d’achat en toute confiance. Ils doivent savoir que les infrastructures seront en place au moment où ils en auront besoin et que la clientèle sera au rendez-vous. Hier, le gouvernement fédéral a annoncé que les normes d’émissions à l’échappement seront maintenues à leur niveau de 2026 jusqu’en 2030, ce qui compromet cette prévisibilité à court terme.

Pour remettre le Canada sur la bonne voie etafin d’ atteindre ses objectifs de ventes de VÉ, soit 75 % d’ici 2035 et 90 % d’ici 2040, il faudra resserrer rapidement les futures normes d’émissions à l’échappement après 2030 pour atteindre ces cibles.

Le gouvernement fédéral devrait également apporter un soutien direct au déploiement d’infrastructures de recharge dans les communautés rurales et éloignées, afin de rendre la transition vers les VE accessible à un plus grand nombre de Canadiens et Canadiennes. À l’heure actuelle, le réseau canadien de recharge rapide présente des lacunes importantes dans l’ensemble du réseau routier national; une situation qui mérite toute l’attention des décideurs politiques.

Le gouvernement fédéral devrait faire de même pour les personnes vivant dans des immeubles résidentiels à logements multiples, tout comme peuvent le faire les gouvernements provinciaux et territoriaux, qui exercent un contrôle beaucoup plus direct sur les codes du bâtiment et les réseaux d’électricité. Ces derniers devraient suivre l’exemple du Québec (et de nombreuses municipalités partout au pays) et mettre à jour les codes du bâtiment, afin d’imposer que tous les nouveaux IRLM soient prééquipés pour les VE. Les gouvernements provinciaux devraient également orienter les organismes de réglementation de leurs réseaux d’électricité pour permettre une tarification qui rende les frais liés à la demande économiquement viables à toutes les étapes de la transition, et favoriser au maximum la recharge pilotée pour les bornes de recharge de niveau 2.

Les normes canadiennes en matière d’émissions des véhicules ont pris du retard, mais elles sont toujours en préparation, tout comme la stratégie fédérale en matière de recharge. Ces développements seraient les bienvenus, indiquant que le gouvernement a conscience de la trajectoire que le pays doit emprunter pour atteindre la carboneutralité. Pour un nombre croissant de Canadiens et Canadiennes dans les années à venir, ce parcours se fera au volant d’un VE. La meilleure façon d’assurer une conduite en douceur pour tous est de commencer dès maintenant à construire l’infrastructure de recharge nécessaire. Il reste 18 millions de petites étapes à franchir pour parvenir à un avenir entièrement électrifié dans le secteur du transport de passagers.

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