Crédit d'image: Le Premier ministre Mark Carney à St. John's, à Terre-Neuve-et-Labrador, à l'occasion de l'annonce d'un nouvel accord concernant la centrale électrique de Churchill Falls. Le Premier ministre Tony Wakeham, au centre, et la Première ministre du Québec Christine Frechette assistent à la scène, le lundi 17 août 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Paul Daly

L’évolution du plan climatique de Carney

Après un an et demi au pouvoir, la stratégie climatique de Carney commence à prendre forme. Va-t-elle porter ses fruits ?

Cet article a précédemment été publié dans Corporate Knights.

Il est désormais clair que le gouvernement Carney souhaite donner une nouvelle direction à la lutte contre les changements climatiques au Canada. Le premier ministre a d’ailleurs déclaré ce qui suit à propos de l’approche du gouvernement Trudeau : « Le plan climatique que nous a laissé le gouvernement précédent était bien intentionné et bien adapté à l’époque où il a été conçu… mais comme les temps ont changé, nous devons nous repositionner pour atteindre nos objectifs. » 

Les contours de ce nouveau plan ont tardé à se préciser, mais après la première année et demie du gouvernement au pouvoir, certains détails sont maintenant plus clairs. 

Voici cinq engagements climatiques explicites de Carney : 

1. « Un marché du carbone qui fonctionne vraiment »

Cet élément se trouve au cœur du protocole d’entente du gouvernement Carney avec l’Alberta, et demeure en chantier. La tarification industrielle du carbone peut réduire considérablement les émissions à un coût minime. Toutefois, comme l’ont montré plusieurs analyses de l’Institut climatique du Canada, les changements apportés au marché du carbone industriel de l’Alberta ne suffisent tout simplement pas à asseoir le système sur des bases solides à l’échelle nationale. En fait, le prix des crédits de carbone dans la province a diminué depuis la signature du protocole d’entente. La tarification industrielle du carbone devait être corrigée à l’arrivée au pouvoir de Carney, et cette tâche est encore inachevée.

2. « Un taux d’adoption des véhicules électriques de 75 % », vers 90 % d’ici 2040

Cette déclaration figure parmi les plus précises et les plus importantes du premier ministre. Lors de la conférence de presse lançant sa nouvelle stratégie de transformation du secteur automobile canadien, il a affirmé que le gouvernement renforcerait les normes d’émissions afin d’atteindre « des réductions équivalentes à un taux d’adoption des VE de 75 % », avec un objectif de 90 % en 2040. Malheureusement, en abrogeant la politique sur les VE en vigueur et en retardant la mise en œuvre de la nouvelle, le gouvernement a rendu sa tâche plus difficile, et ce qui a été dévoilé jusqu’ici de la nouvelle norme fédérale ne semble pas suffire

3. Faire du Canada une superpuissance « tant dans l’énergie propre que dans l’énergie traditionnelle »

On voit cette expression un peu partout dans les produits de communication du gouvernement. La vidéo Forward Guidance du premier ministre fixait de surcroît l’objectif de « développer l’énergie propre à une échelle qui étonnerait même Sir Adam Beck », une référence au politicien ontarien qui fut l’un des premiers défenseurs de l’hydroélectricité sur la rivière Niagara. Or, si le volet conventionnel de cette équation est clair – et soutenu par des milliards de dollars de fonds publics –, le volet propre l’est moins. La récente annonce sur l’entente en matière d’énergie propre entre le gouvernement fédéral, le Québec et Terre-Neuve-et-Labrador constitue une importante avancée, mais il en faudra davantage partout au pays pour atteindre l’objectif fixé. 

4. « Lignes directrices sur l’investissement durable conçues au Canada »

C’était là l’un des principaux engagements climatiques du budget de 2025 : la promesse du gouvernement Carney d’appuyer l’élaboration de lignes directrices canadiennes sur l’investissement durable conçues en 2027, et d’étudier la création d’un cadre d’obligations durables dans une perspective d’harmonisation. Le gouvernement fédéral a choisi l’Institut climatique du Canada et Parcours des entreprises de demain pour rédiger conjointement ces lignes directrices. En juillet, nous avons publié notre premier projet de rapport, lequel propose un cadre d’action. 

5. « Atteindre la carboneutralité d’ici 2050 »

Cet engagement du premier ministre figure dans la version finale du protocole d’entente avec l’Alberta, en plus d’avoir été réitéré ailleurs. En définitive, pour être le moindrement crédible, le protocole doit s’appuyer sur des mesures stratégiques suffisantes pour mettre le Canada sur la bonne voie. Or, pour l’instant, il reste du chemin à faire.

Globalement, tout cela donne une liste de promesses stratégiques susceptibles d’améliorer la vie des gens, d’électrifier l’économie et de réduire les émissions nationales. Alors qu’une grande partie du pays continue de subir les effets d’une énième saison de feux de forêt dangereuse exacerbée par les changements climatiques, l’urgence d’agir est manifeste. 

Depuis son élection, le gouvernement Carney oriente la discussion sur le climat vers sa position à l’égard des politiques de l’ère Trudeau. Avec la reprise des travaux parlementaires, il devra désormais se poser des questions sur sa capacité à atteindre ses propres objectifs déclarés.

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