Cet article a précédemment été publié dans le Globe and Mail.
Des semaines de fumée suffocante et toxique. Des évacuations terrifiantes devant les feux de forêt. Des inondations dévastatrices. Une chaleur meurtrière.
Cet été ponctué de terribles manchettes liées au climat n’était pas un cas isolé : les changements climatiques perturbent désormais toutes les saisons au Canada et de nouvelles recherches indiquent que les catastrophes météorologiques ne feront que s’aggraver. Pas seulement pour le reste de notre vie, mais aussi pendant toute celle de nos enfants.
Mais la gravité de la situation et notre degré de préparation à ce qui nous attend dépendent de nous.
Élaborée par des scientifiques du gouvernement et du milieu universitaire, puis examinée par 120 experts indépendants, l’évaluation fédérale de 2026 sur le climat changeant du Canada présente deux constatations qui devraient tirer la sonnette d’alarme plus que toutes les autres et guider chacune des décisions que prendront désormais les gouvernements canadiens.
Premièrement : le Canada ne peut plus éviter un climat plus chaud et doit se préparer dès maintenant à des décennies de phénomènes météorologiques plus extrêmes et plus dommageables.
Quoi que le monde fasse désormais pour réduire les émissions, le rapport conclut qu’au cours des deux prochaines décennies, la température moyenne au Canada sera près de 3 °C supérieure à celle de l’époque préindustrielle.
Et même si le monde atteint la carboneutralité, le Canada sera environ 3,5 °C plus chaud lorsque le réchauffement se stabilisera, vers 2100.
Quelques degrés peuvent sembler peu. Pourtant, voici ce que cela signifie : l’Ouest canadien perd plus des trois quarts de ses glaciers. Les journées les plus chaudes de l’année sont encore plus accablantes. La superficie brûlée chaque année par les feux de forêt augmente de près de 50 %. Les épisodes de précipitations extrêmes deviennent de plus en plus fréquents.
Deuxièmement : sans mesures plus vigoureuses pour réduire les émissions mondiales, le Canada connaîtra, d’ici 2100, un réchauffement moyen de 5 °C par rapport à la période 1850-1900, et le réchauffement se poursuivra pendant des décennies par la suite. Sur notre trajectoire actuelle, les glaciers disparaîtraient presque entièrement, transformant à jamais des paysages et des écosystèmes emblématiques, réduisant des ressources en eau essentielles pour les collectivités en aval et nuisant à la production d’électricité, au tourisme et à d’autres industries.
Les Prairies connaîtraient de trois à cinq sécheresses graves par décennie.
Dans le Nord, le réchauffement hivernal dépasserait 10 °C. Le dégel du pergélisol déstabiliserait les habitations et les infrastructures essentielles, et la glace de mer de l’océan Arctique fondrait complètement la plupart des étés.
Ces projections relèvent des lois de la physique, pas d’une fatalité. Le Canada peut et doit se préparer aux impacts du réchauffement auquel nous ne pouvons plus échapper, tout en agissant de toute urgence pour empêcher tout réchauffement supplémentaire.
Limiter le réchauffement au Canada à 3,5 °C entraînerait malgré tout des vagues de chaleur, des tempêtes et des feux de forêt sans précédent qui dévasteraient des collectivités et causeraient des dommages majeurs dans l’ensemble de l’économie. Mais nous pouvons nous préparer à cet avenir. Ce n’est pas le cas d’un Canada plus chaud de 5 °C à l’aube du prochain siècle.
Notre priorité devrait être de limiter les dommages associés à cet avenir marqué par un réchauffement de 3,5 °C avant que les catastrophes ne frappent. Il faut pour cela renforcer les ponts, les routes et les hôpitaux, protéger des millions de logements exposés aux inondations, aux feux de forêt et à d’autres phénomènes météorologiques extrêmes, et orienter les nouveaux projets d’aménagement à l’écart des zones à haut risque.
L’autre ligne de défense essentielle est la réduction des émissions. L’adaptation a ses limites. Accélérer la transition énergétique mondiale et réduire les émissions constituent la seule voie à long terme pour éviter les ravages incontrôlables vers lesquels nous nous dirigeons actuellement.
Sur le plan économique, agir tôt est payant. La prévention permet d’éviter des milliards de dollars de dommages chaque année, et chaque dollar investi dès maintenant dans l’adaptation permet d’éviter jusqu’à 15 $ de pertes. Le Canada a aussi démontré que son économie peut croître pendant que ses émissions diminuent.
Mais il reste un travail considérable à accomplir.
Un récent rapport d’étape sur la Stratégie nationale d’adaptation du Canada ne fournit aucune preuve que la population canadienne est réellement mieux protégée. Il reconnaît que le gouvernement a pris du retard dans l’atteinte de nombreux objectifs d’adaptation aux changements climatiques, tandis que le financement de nombreux programmes existants est arrivé à échéance ou le sera bientôt.
La trajectoire des émissions du Canada évolue dans la mauvaise direction, et de récents changements aux politiques fédérales nous ont éloignés de la trajectoire vers la carboneutralité, tout en minant notre crédibilité lorsque nous demandons aux autres pays de respecter leurs engagements climatiques.
En matière d’adaptation, il faut concentrer les efforts : prioriser les risques climatiques les plus menaçants, financer les interventions à la hauteur de ces risques et mesurer les résultats de ces investissements.
En matière d’émissions, il faut agir plus rapidement et faire preuve d’une plus grande détermination : maintenir et élargir les politiques qui réduisent les émissions, tout en augmentant les investissements dans l’électricité propre partout au pays. Ottawa ne peut y parvenir seul. Tous les ordres de gouvernement ont un rôle important à jouer, mais le gouvernement fédéral dicte le rythme à l’échelle nationale, et ce rythme est trop lent. Un réchauffement climatique considérable et d’importants dommages sont inévitables au Canada, mais les pires conséquences ne le sont pas. Les gouvernements canadiens disposent maintenant d’un portrait clair de l’éventail des menaces climatiques à venir. La façon dont ils agiront à la lumière de cette information déterminera l’avenir dont nous hériterons, nous et nos enfants.