Cet article a précédemment été publié dans le Toronto Star.
L’avenir climatique du Canada arrive plus vite que les mesures de protection pour y faire face. Une vague de chaleur accablante s’abat sur une grande partie du pays, avec des avertissements émis des Prairies jusqu’au Québec, en passant par l’Ontario. Elle survient peu après une autre vague de chaleur qui a touché l’est du Canada il y a à peine deux semaines. Près de Sarnia, un tronçon de l’autoroute 402 s’est déformé et a gondolé sous une température de 34 °C, obligeant la police à fermer les voies en direction de l’ouest. Dans toute la région de Toronto, la circulation des trains et du métro a été ralentie ou interrompue, la chaleur menaçant de déformer les rails. Près de 40 personnes se sont retrouvées aux urgences à Toronto pour des problèmes de santé liés à la chaleur, un chiffre qui, selon les autorités de santé publique, sous-estime le bilan réel du phénomène.
Le coût financier des phénomènes météorologiques extrêmes ne cesse aussi d’augmenter. Une étude de L’Institut climatique du Canada révèle qu’en l’absence de mesures d’adaptation, l’aggravation des vagues de chaleur et l’intensification des précipitations pourraient alourdir de 14 milliards de dollars par an la facture d’entretien des infrastructures publiques d’ici les années 2050. La fumée des feux de forêt est désormais associée à des milliers de décès prématurés chaque année et engendre des coûts se chiffrant en milliards de dollars. Chacune des cinq dernières années figure parmi les dix plus coûteuses en termes d’indemnisations d’assurance liées aux phénomènes météorologiques extrêmes, 2024 détenant le triste record avec 9,1 milliards de dollars.
Le Canada n’aurait pas dû être pris par surprise. Il y a trois ans, Ottawa a dévoilé sa Stratégie nationale d’adaptation, conçue précisément pour anticiper ces répercussions. Pourtant, bien que cette stratégie ait donné lieu à des programmes, à des mécanismes de financement et à des tables de concertation, peu d’éléments indiquent qu’elle réduise de manière mesurable les risques auxquels les Canadiens et Canadiennes sont exposés.
En partie, cela s’explique par le fait qu’Ottawa n’a jamais soutenu l’adaptation à la hauteur de la menace : elle n’a attiré qu’une infime part des dépenses fédérales liées au climat, bien moins que ce dont le pays a besoin. Aujourd’hui, même ce soutien limité est menacé : de nombreux programmes fédéraux essentiels en matière d’adaptation arrivent à échéance en 2027-2028 ou sont déjà à court d’argent, sans plan de renouvellement prévu, et leur sort se joue actuellement dans le cadre d’une vaste campagne de réduction des dépenses gouvernementales précédant le budget d’automne. La tentation sera grande de réduire les programmes d’adaptation, mais cela serait exactement la mauvaise leçon à tirer.
Le problème de fond est qu’Ottawa ne s’est jamais concentrée sur les risques les plus critiques. Lors du lancement de la Stratégie nationale d’adaptation, l’évaluation indépendante de L’Institut climatique a averti que celle-ci ne concentrait pas l’action fédérale là où elle importait le plus : sur les risques liés au climat critiques pour le Canada, comme ceux liés aux inondations, feux de forêt et chaleur extrême, sur les mesures les plus efficaces pour les atténuer ou sur le suivi de la réduction réelle de ces risques. En 2025, une vérification du commissaire fédéral à l’environnement a révélé les mêmes lacunes, notamment le fait que la stratégie ne comportait pas d’« analyse économique pour attribuer les ressources appropriées aux différentes mesures fédérales d’adaptation », de telle façon qu’il n’existe aucune base systématique pour orienter les fonds là où ils seraient le plus utiles.
Ces failles mettent maintenant en péril le financement fédéral de l’adaptation lui-même. Un programme qui ne peut démontrer ses résultats tangibles constitue une cible toute désignée lors d’un examen budgétaire.
Mais renoncer à l’adaptation serait une fausse économie. Le plan d’action pour l’adaptation d’Ottawa lui-même cite les conclusions de L’Institut climatique selon lesquelles les changements climatiques coûtent déjà au Canada 25 milliards de dollars par an en perte de croissance du PIB, un chiffre appelé à atteindre 80 milliards de dollars d’ici le milieu du siècle. Ces mêmes recherches démontrent que chaque dollar investi dans des mesures d’adaptation critiques génère jusqu’à 15 $ en retombées économiques et en coûts évités. Réduire des investissements en adaptation déjà modestes revient à privilégier de maigres économies immédiates au prix de factures bien plus lourdes à l’avenir.
La solution n’est pas une autre stratégie, ou simplement un chèque plus gros. Il s’agit de renouveler et de renforcer les efforts d’adaptation en les ciblant là où ils sont le plus nécessaires : i) travailler avec les provinces, les territoires et les municipalités pour combler les lacunes en ressources qui empêchent les gouvernements locaux de rendre les infrastructures résilientes, ii) veiller à ce que les fonds fédéraux destinés aux infrastructures et au logement ne servent plus à financer de nouveaux projets d’aménagement dans des zones à risque, iii) achever rapidement la cartographie des risques d’inondations, des feux de forêt et d’autres aléas, afin d’aider la population à comprendre les risques encourus, et iv) concrétiser les plans d’adaptation bilatéraux, ainsi que le soutien aux initiatives d’adaptation climatique menées par les peuples autochtones, comme le prévoyait la stratégie.
Il reste maintenant à savoir si Ottawa renouvellera les programmes d’adaptation au climat et assurera leur efficacité, en se concentrant sur les risques pertinents et à la bonne échelle, tout en s’appuyant sur des indicateurs de progrès concrets. C’est ainsi que le Canada évitera de devoir assumer des coûts climatiques bien plus élevés.