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Développer des infrastructures propres à l’étranger : utiliser le financement climatique pour diversifier les échanges commerciaux du Canada

Le Canada a la possibilité de renforcer sa compétitivité économique, d’établir des partenariats stratégiques et d’obtenir des résultats de haute intégrité en matière de climat.

Le Canada est confronté à un défi urgent. L’économie mondiale est de plus en plus façonnée non pas uniquement par le marché libre, mais par des politiques industrielles internationales actives.

La plupart des Canadiens et Canadiennes se concentrent sur les droits de douane, car ceux-ci ont des effets immédiats, visibles et litigieux sur le plan politique. Toutefois, les droits de douane ne constituent qu’un aspect d’une évolution bien plus large de la stratégie économique. Partout dans le monde, les gouvernements ne se contentent plus des politiques commerciales traditionnelles. Ils interviennent activement pour décider où seront construites les grandes infrastructures, comment seront déployées les technologies émergentes et qui tirera profit des retombées économiques des investissements qui en découlent.

Pour le Canada, la réponse ne peut se limiter à défendre l’accès au marché américain. La diversification du commerce consiste à vendre davantage de marchandises sur les marchés actuels tout en ouvrant de nouveaux débouchés aux entreprises et aux technologies canadiennes. Pour y parvenir, le Canada doit utiliser de manière stratégique tous les outils à sa disposition, y compris les fonds qu’il investit à l’étranger. Le financement climatique est l’un de ces outils.

Le Canada continuera de fournir des fonds publics pour soutenir l’action en matière de climat dans les économies émergentes et en développement, tant parce qu’il s’agit d’un engagement international important que parce que la mobilisation d’investissements dans des infrastructures propres est essentielle à l’atteinte des objectifs mondiaux en matière de climat.

La question est de savoir comment rendre ces dépenses aussi stratégiques que possible. Plutôt que de traiter le financement climatique, la diversification du commerce et le développement de projets internationaux comme des dossiers distincts, le Canada peut créer des liens entre l’accélération de la transition mondiale vers une économie à faibles émissions de carbone et le soutien de son programme économique international.

Cette réflexion est cruciale alors que le financement climatique entre dans une nouvelle phase. Partout dans le monde, les gouvernements vont au-delà de l’aide au développement traditionnelle. Ils utilisent désormais le financement climatique pour renforcer des partenariats stratégiques, déployer des technologies propres et accélérer la mise en œuvre de l’Accord de Paris.

Le Canada a maintenant la possibilité de faire de même. La mise à jour économique du printemps du gouvernement fédéral a renforcé le soutien à l’action climatique dans les pays en développement, à un moment crucial pour la diplomatie mondiale sur le climat. À l’approche de la conférence des Nations Unies sur les changements climatiques qui se tiendra en Turquie en novembre, les pays développés subissent une pression croissante pour fournir des capitaux à grande échelle pour lutter contre les changements climatiques. L’approche du Canada façonnera non seulement sa crédibilité en matière de climat, mais aussi ses relations économiques et géopolitiques plus larges.

L’objectif du gouvernement est de fournir plus de 13 milliards de dollars de soutien lié au climat au cours des cinq prochaines années. Ce chiffre englobe non seulement les dépenses fédérales, mais aussi les financements privés mobilisés grâce aux ressources publiques. Les fonds publics du Canada sont limités, alors que l’ampleur des investissements nécessaires pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris est considérable. Le financement public doit donc permettre de mobiliser des volumes de capitaux privés bien plus importants. La question est donc de savoir comment le Canada peut optimiser l’impact de chaque dollar public investi.

Le financement climatique comme investissement stratégique

À l’heure où le Canada cherche à diversifier ses échanges commerciaux, à renforcer sa position internationale et à naviguer dans une économie mondiale plus incertaine, le financement climatique devrait viser à générer des retombées nationales tout en aidant les pays partenaires à accélérer la réalisation de leurs propres priorités en matière de climat et de développement. L’engagement de financement fédéral ne constitue qu’un point de départ. Le véritable défi réside dans la manière dont le Canada choisira de le déployer.

À notre avis, les dépenses du Canada en matière de financement climatique devraient être évaluées en fonction de trois objectifs stratégiques complémentaires : renforcer la compétitivité économique du Canada en en accroissant la présence à l’étranger de l’expertise canadienne en matière d’énergie propre, établir des partenariats stratégiques et obtenir des résultats de haute intégrité en matière de climat.

Les trois piliers suivants illustrent comment le financement climatique peut être déployé en tant qu’investissement stratégique.

1. Accroître la présence à l’étranger de l’expertise canadienne en matière d’énergie propre

Le Canada possède des atouts concurrentiels indéniables dans de nombreux domaines qui soutiennent les plans des pays d’accueil en matière d’énergie propre, non seulement dans les technologies propres, mais aussi dans le développement de projets, le financement d’infrastructures, l’ingénierie, la construction et les services professionnels. Les entreprises canadiennes sont déjà actives dans le développement et l’exploitation de projets d’énergie renouvelable partout dans le monde.

La croissance rapide de nos exportations de technologies propres offre l’occasion de déployer des innovations canadiennes à l’échelle internationale, tout en renforçant les échanges commerciaux, la compétitivité industrielle et la sécurité économique. Les exportations d’énergie propre du Canada vers des marchés autres que les États-Unis augmentent déjà plus rapidement que celles à destination des États-Unis, ce qui démontre que la diversification des échanges commerciaux est déjà en cours. Dans une perspective plus large, il existe une possibilité d’aider des entreprises canadiennes concurrentielles à l’échelle mondiale à développer, financer, construire et exploiter des infrastructures propres à l’étranger.

Le financement climatique peut contribuer à élargir les débouchés pour les technologies propres, l’ingénierie, le financement et les services professionnels canadiens, en réduisant les obstacles à l’investissement et en démontrant la faisabilité technologique dans les économies émergentes. En retour, les revenus réinjectés dans l’économie canadienne soutiennent l’emploi, l’innovation, l’expansion des entreprises et l’élargissement des chaînes d’approvisionnement. 

De nombreuses technologies propres nécessitent un soutien public initial pour être concurrentielles sur le plan international. Investir tôt dans des marchés à croissance rapide peut aider à établir des normes technologiques qui favorisent les produits canadiens, stimulent les exportations nationales et sécurisent des chaînes d’approvisionnement stratégiques. Dans un monde où les investissements dans les énergies propres se mesurent en milliers de milliards de dollars, ces points d’ancrage sont essentiels.

2. Établir des partenariats stratégiques 

Les partenariats fructueux reposent avant tout sur les priorités du pays d’accueil. Le financement climatique devrait renforcer les plans énergétiques nationaux à faible intensité de carbone plutôt que d’imposer des priorités extérieures, favorisant ainsi des relations durables fondées sur des objectifs économiques et climatiques communs.

Un financement ciblé permet également de nouer des partenariats solides avec d’autres puissances mondiales moyennes, notamment dans le cadre de collaborations sur des solutions à grande échelle et sur la sécurité énergétique. Cette coopération forge des alliances solides ancrées dans des objectifs économiques partagés, renforçant la confiance tout en ouvrant de nouvelles voies commerciales.

Il est également judicieux, notamment du point de vue de la sécurité mondiale, de soutenir les pays vulnérables aux changements climatiques, comme les petits États insulaires en développement, où la résilience est une question de survie économique.

3. Résultats climatiques de haute intégrité 

En fin de compte, le financement climatique du Canada devrait être évalué en fonction des résultats obtenus, et non simplement des sommes décaissées. Les consultations menées par Affaires mondiales Canada révèlent que les parties prenantes souhaitent un financement climatique ayant des répercussions démontrables et des résultats tangibles. Cela implique que des mécanismes rigoureux de mesure, de déclaration et de vérification (MDV) doivent être au cœur de la stratégie du Canada.

Toutefois, les mécanismes MDV ne constituent qu’une partie de l’équation. Le Canada peut également utiliser ces résultats pour générer une demande en faveur de l’action climatique. Pour ce faire, le financement axé sur les résultats établit un lien entre les paiements publics et les résultats vérifiés, comme le nombre de tonnes d’émissions de gaz à effet de serre réduites ou évitées. Les marchés du carbone peuvent fournir un mécanisme permettant de transformer ces résultats vérifiés en une source de demande et d’investissement, offrant ainsi aux gouvernements et aux autres acheteurs la possibilité d’orienter les capitaux vers des projets générant de véritables réductions des émissions.

Des pays comme le Japon, la Suisse, Singapour et la Corée intègrent de plus en plus ce type de mécanismes dans leurs efforts de coopération et de financement climatiques internationaux, non pas pour remplacer l’action nationale, mais pour la compléter.

Une approche bien exécutée axée sur les résultats peut également mobiliser beaucoup plus de capitaux privés que le financement public seul. Les crédits de transition et autres instruments fondés sur le marché peuvent créer des flux de revenus prévisibles, améliorant ainsi la viabilité économique des projets et attirant des investissements vers des initiatives qui, autrement, auraient du mal à obtenir un financement.

Une approche axée sur les résultats élargit également la portée des fonds publics. Plutôt que d’octroyer d’importantes subventions initiales ou de gérer directement la réalisation des projets, les gouvernements peuvent soutenir ces derniers en s’engageant à acheter des réductions d’émissions vérifiées. En conjuguant divers outils, notamment le financement de projets, les garanties, le financement du développement et le soutien diplomatique, le gouvernement peut réduire les risques et créer les conditions nécessaires pour que le secteur privé finance et réalise des projets à plus grande échelle.

Construire le portefeuille de projets internationaux du Canada 

Le Canada a désormais besoin d’un cadre de gouvernance pour soutenir une approche plus stratégique de l’action climatique internationale. Cela signifie établir des objectifs et des critères d’investissement clairs, des mécanismes MDV crédibles, un engagement fort auprès des pays d’accueil et des responsabilités institutionnelles claires entre Affaires mondiales Canada, Environnement et Changement climatique Canada, Finances Canada et les institutions canadiennes de financement du développement et des exportations.

Mais la gouvernance à elle seule ne suffit pas. Le Canada devrait intégrer le financement climatique à une trousse d’outils plus large pour le développement de projets internationaux et cibler des possibilités majeures d’infrastructures propres, où les technologies, les capacités financières, l’ingénierie et la diplomatie canadiennes peuvent conjuguer leurs efforts pour améliorer sensiblement la probabilité, l’ampleur ou la rapidité des investissements.

Les marchés internationaux du carbone peuvent s’inscrire dans cette architecture. Le Canada peut tirer des enseignements des pays qui établissent déjà des partenariats bilatéraux et des systèmes d’approvisionnement, tout en élaborant une approche qui reflète ses priorités en matière de climat, d’économie et de politique étrangère. L’objectif devrait être d’utiliser ces mécanismes de manière stratégique pour créer une demande de réduction des émissions de haute intégrité tout en faisant progresser les intérêts plus larges du Canada sur les plans climatique, économique et diplomatique. 

Cela nécessitera une gouvernance claire, ainsi que des critères de sélection des projets précis. Le Canada devra déterminer la manière dont les intérêts économiques canadiens sont pris en compte dans la sélection des projets, comment les partenariats s’harmonisent avec les priorités du pays d’accueil, et comment les résultats d’atténuation transférés à l’échelle internationale (RATI) sont autorisés, suivis et vérifiés de manière indépendante. Cela implique également d’adopter une approche plus stratégique quant à l’affectation des fonds publics, notamment en évitant de transférer à des institutions financières internationales des financements non liés lorsque le lien avec les objectifs stratégiques du Canada est ténu.

Les meilleures perspectives résideront dans des projets alliant réductions importantes des émissions, mécanismes MDV simples, alignement sur les priorités du pays d’accueil, expertise canadienne en technologies propres et potentiel de reproduction à grande échelle.

En résumé : Le financement climatique peut contribuer à diversifier les échanges commerciaux du Canada 

Le déploiement de plus de 13 milliards de dollars de financement climatique international exigera une nouvelle approche, davantage axée sur l’investissement stratégique, le partage des risques, le développement de projets et la création de marchés.

Le Canada a besoin de nouveaux débouchés, tandis que les économies en développement ont besoin de milliers de milliards de dollars d’investissements dans des infrastructures propres. Le financement climatique offre un moyen de répondre simultanément à ces deux besoins. Déployé stratégiquement, l’engagement du Canada peut contribuer à réduire les émissions mondiales tout en ouvrant de nouveaux marchés, en établissant des partenariats à long terme et en diversifiant les échanges commerciaux canadiens.

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