Cet article a précédemment été publié dans Corporate Knights.
Plus personne ne se soucie des changements climatiques, n’est-ce pas?
Enfin, c’est la croyance populaire du moment. Les médias regorgent de commentateurs (dont beaucoup, comme ce gars-là, croient à peine que les changements climatiques sont réels) qui claironnent le soi-disant effondrement de la carboneutralité.
Au cours de l’année écoulée, on peut parfois avoir l’impression que la question a été bannie des cercles respectables, reléguée aux marges de l’arène politique nationale.
Mais voilà : les changements climatiques n’ont pas disparu de la conscience des Canadiens et Canadiennes. Elle a simplement été reléguée, pour le moment, par d’autres enjeux. Comme l’ a constaté le sondeur David Coletto, « en tête des préoccupations des Canadiens et Canadiennes figurent la hausse du coût de la vie (66 %), l’économie (39 %) et les soins de santé (35 %). L’opinion publique est fortement axée sur les difficultés du quotidien. »
De nombreux éléments indiquent que les Canadiens et Canadiennes restent très sensibles aux changements climatiques, malgré ce récent réajustement de leurs priorités. Près des deux tiers des Canadiens et Canadiennes y voient une « crise majeure » et une très large majorité estime que les gouvernements et les entreprises devraient en faire davantage pour y remédier.
Alors, que faut-il retenir de tout cela?
2026 marquera mes trente ans d’engagement en faveur de la protection de l’environnement.
À travers de nombreuses organisations remarquables, d’innombrables campagnes et toutes sortes de problématiques liées au développement durable, voici l’une des leçons les plus importantes que j’ai apprises – un message à retenir pour le Jour de la Terre : malgré ses fluctuations, la question des changements climatiques restera toujours une préoccupation majeure du public.
Il y a au moins deux raisons à cela, souvent négligées par les commentateurs trop focalisés sur les variations passagères des sondages.
Premièrement, comme je l’ai souvent dit ici, la lutte contre les changements climatiques est désormais motivée par des tendances technologiques et économiques irréversibles. Ces tendances s’accélèrent depuis des années. Mais elles ont maintenant été décuplées par la guerre en Iran, qui restreint l’approvisionnement mondial en pétrole et en gaz et fait flamber les prix de l’essence et du gaz naturel. En conséquence, les consommateurs se précipitent sur les solutions électriques, de plus en plus abordables et non soumises à ces fortes fluctuations de prix : des véhicules électriques aux panneaux solaires en passant par les cuisinières à induction, dans des villes aussi diverses que Lagos, San Francisco et New Delhi.
La deuxième raison est que, et c’est peut-être unique parmi les enjeux de politique publique, les changements climatiques ont un effet d’emballement intrinsèque. Même si nous cessions toute production de dioxyde de carbone demain, les feux de forêt, les inondations et les sécheresses, de plus en plus graves, continueront de s’aggraver partout dans le monde. Les effets négatifs des changements climatiques sont de plus en plus visibles, dramatiques et mesurables.
Il arrive fréquemment que les dossiers politiques ne redeviennent prioritaires que lorsque des problèmes surviennent. Un exemple récent, dont les gens se souviennent peut-être, est la sécurité dans les établissements de soins de longue durée. Avant la pandémie, les gouvernements provinciaux y accordaient peu d’importance, et la surveillance réglementaire ainsi que le contrôle public étaient quasi inexistants. Lorsque le nombre de décès parmi les personnes âgées dans les foyers de soins de longue durée a tragiquement explosé pendant la pandémie, l’indignation publique a forcé ces gouvernements à agir rapidement pour régler le problème.
La triste réalité est que les changements climatiques vont entraîner une succession de catastrophes, qui vont s’aggraver au cours des prochaines décennies, de quoi mobiliser l’opinion publique et imposer une réponse politique.
L’importance de cette question fluctue, mais elle ne disparaîtra jamais longtemps.
Précisons encore davantage le calendrier : étant donné que la plupart des problèmes climatiques qui affectent actuellement le monde sont liés aux décisions ineptes de l’administration Trump (mon exemple le plus récent étant le versement d’un milliard de dollars à une entreprise énergétique française pour qu’elle renonce à construire des parcs éoliens en haute mer sur les concessions qu’elle avait acquises), je prévois que les changements climatiques feront leur retour dans le débat public le 4 novembre, le lendemain de la forte progression des démocrates à la Chambre des représentants et au Sénat, une perspective que tous les sondages confirment.
Les démocrates ont intériorisé l’urgence de lutter contre les changements climatiques. Certes, cette urgence peut varier d’un candidat à l’autre et d’un endroit à l’autre, mais qu’il s’agisse de l’engagement de la gouverneure centriste de Virginie, Abigail Spanberger à accélérer le déploiement d’énergies propres, ou du lien établi par le maire progressiste de New York, Zohran Mamdani entre pompes à chaleur et accessibilité financière, l’engagement fondamental en faveur de la réduction des émissions de gaz à effet de serre demeure un élément permanent du programme du Parti démocrate.
Pourquoi en est-il ainsi? Parce que c’est un enjeu majeur pour une large majorité de leurs électeurs. Plus de 85 % des démocrates inscrits pensent que le développement de l’énergie propre devrait être une priorité élevée, voire très élevée, pour le gouvernement. Mais au-delà des considérations purement électorales, il y a aussi l’argument pragmatique et économique : les États-Unis ne peuvent pas laisser la Chine dominer cette nouvelle révolution industrielle alimentée par l’électricité propre et les machines électriques comme les véhicules électriques et les pompes à chaleur.
L’histoire retiendra la croisade chimérique de Donald Trump contre les éoliennes et la transition énergétique comme une simple anecdote irrationnelle, éphémère et économiquement désastreuse.
Alors, en ce Jour de la Terre, gardons espoir : le débat sur les changements climatiques est sur le point de s’inverser. Nous approchons de la fin de cette période difficile. L’an prochain, la donne aura complètement changé. Et nous reprendrons l’offensive.