Les marchés mondiaux du carbone sont le prochain avantage du Canada dans le domaine de l’énergie propre

Comment le Canada peut utiliser les marchés du carbone pour harmoniser le financement climatique, le commerce et le déploiement technologique à l’étranger.

Alors que le monde avait les yeux rivés ailleurs, l’Union européenne a opéré un changement discret, mais significatif dans sa politique climatique. Dans le cadre de l’établissement d’un objectif très ambitieux – une réduction de 90 % des émissions d’ici 2040 par rapport aux niveaux de 1990 – elle a convenu qu’une petite partie de cet objectif pourrait être atteinte au moyen de crédits carbone internationaux, avec une phase pilote débutant en 2031.

Le Conseil de l’UE a officiellement adopté la loi européenne modifiée sur le climat en mars dernier, rendant l’objectif – et la flexibilité de recourir à des crédits internationaux jusqu’à concurrence de 5 % – juridiquement contraignant.

À retenir : après des années d’hésitation enracinées dans les échecs de l’ère Kyoto, l’UE va de l’avant avec les marchés internationaux du carbone, reconnaissant les améliorations apportées à l’intégrité environnementale et à la conception du marché. Les crédits carbone d’aujourd’hui s’appuient sur des normes de plus en plus rigoureuses et sur une vaste expertise mondiale. 

Le Canada devrait en prendre note. 

Comme nous l’avons publié il y a quelques mois, se tourner vers les marchés internationaux du carbone permet d’orienter les financements là où les émissions peuvent être réduites de la manière la plus rentable, tout en soutenant le déploiement technologique et le développement du marché. Le Canada peut utiliser son financement climatique pour attirer des capitaux internationaux, les canaliser vers des projets à fort impact et déployer des technologies canadiennes à l’étranger, ouvrant ainsi de nouveaux débouchés commerciaux.

De la vision à la pratique avec les marchés internationaux du carbone 

Le Canada a joué un rôle essentiel dans l’architecture de l’article 6 de l’Accord de Paris, le cadre mondial qui permet aux pays d’échanger des réductions d’émissions vérifiées. Ces résultats d’atténuation transférés à l’échelle internationale (RATI) sont destinés à canaliser les financements là où les émissions peuvent être réduites le plus efficacement.

Malgré son rôle de chef de file dans la mise en place de ce système, le Canada n’a pas encore défini comment il l’utilisera.

Cette hésitation est de plus en plus difficile à justifier.

La demande de crédits internationaux pourrait canaliser le financement vers les économies en développement, où les réductions d’émissions, en particulier dans des secteurs comme l’énergie, peuvent souvent être réalisées à un coût nettement inférieur. En même temps, ces régions ont un besoin urgent de financement, de technologies et d’expertise pour une croissance propre.

Financement international pour gagner la lutte contre les changements climatiques 

Le Canada fait face non seulement à un écart en matière d’atténuation, mais aussi à un écart en matière de finance climatique internationale. Son engagement de 5,3 milliards de dollars pour la période 2021-2026, qui représente le double des efforts précédents – arrive à échéance cette année. Un nouvel engagement du gouvernement fédéral est donc attendu.

Il existe une réelle possibilité de faire les choses différemment. 

Comme nous l’avons déjà souligné (voir ce blogue précédent), le Joint Crediting Mechanism (JCM) du Japon offre un modèle convaincant. En structurant les investissements internationaux de manière à ce qu’ils soient comptabilisés à la fois comme financement climatique et comme RATI (résultats d’atténuation transférés à l’échelle internationale), le Japon réalise trois objectifs simultanément : il contribue au financement des pays en développement et vulnérables, déploie ses technologies et son expertise dans les pays partenaires, et génère des crédits pour atteindre ses propres objectifs en matière de réduction des émissions.

Cette approche combine le financement public et le déploiement à l’étranger de technologies propres japonaises, créant ainsi des crédits vérifiés et ouvrant de nouveaux marchés aux entreprises japonaises. Il en résulte un cercle vertueux : réduction des émissions à moindre coût, augmentation des exportations et renforcement des partenariats bilatéraux.

Des règles comptables robustes, appelées ajustements correspondants, contribuent à garantir l’intégrité environnementale en évitant le double comptage.

Le Canada peut faire de même, en passant des approches de financement traditionnelles au profit de modèles qui produisent des résultats mesurables, un meilleur contrôle stratégique et des débouchés accrus sur les marchés mondiaux. 

Il s’agit d’une approche stratégique du financement climatique qui maximise l’impact de chaque dollar investi.

Réorienter le financement climatique du Canada : des dépenses aux résultats 

Le financement climatique international du Canada soutient depuis longtemps les transitions vers des solutions propres, par le biais de fonds multilatéraux, de programmes bilatéraux et de financement du développement. Les contributions à des initiatives comme l’Alliance : Énergiser au-delà du charbon et Partenariat pour une transition énergétique juste contribuent également à bâtir un cadre plus large et favorable.

Trop souvent, le succès se mesure en dollars déboursés plutôt qu’en technologies déployées ou en réduction des émissions, et cela devrait changer. 

Les futurs investissements publics devraient plutôt être directement liés à des résultats mesurables, en soutenant des outils qui permettent de réaliser des réductions d’émissions réelles, vérifiables et supplémentaires. Des outils émergents, comme le financement mixte par l’intermédiaire d’institutions telles que FinDev Canada, offrent une voie vers une approche axée sur les résultats.

Le soutien du Canada à la réduction des émissions de méthane au Chili offre un modèle novateur de la façon dont le financement climatique peut générer des réductions d’émissions mesurables tout en renforçant les partenariats à l’étranger.

Le financement climatique peut servir de tremplin aux technologies canadiennes à l’étranger, en attirant des capitaux privés et en amplifiant leur impact. Ce faisant, il peut contribuer à faire des normes techniques et d’ingénierie canadiennes la référence locale dans les marchés en forte croissance.

Une refonte stratégique des exportations et du commerce des technologies propres s’impose

Il est temps pour le Canada de passer d’un leadership conceptuel à une précision opérationnelle. Cela est nécessaire pour maintenir notre réputation internationale d’acteur fiable en matière de climat sur la scène mondiale. Cela exigera une coordination entre le financement climatique, le commerce et la politique étrangère, y compris une coopération ciblée avec les partenaires internationaux.

Le Canada ne sera pas seul. L’UE, le Japon, la Suisse, la Suède, Singapour, et la Corée sont tous sur la bonne voie, soit en acquérant activement des RATI, soit en manifestant clairement leur intention de le faire.

Avec plus de 100 milliards de dollars d’exportations et une diversification croissante au-delà des États-Unis, le Canada est déjà un acteur important du commerce mondial de l’énergie et des technologies propres. L’occasion est maintenant d’accélérer cette transition en utilisant les marchés du carbone et le financement climatique pour ouvrir de nouveaux marchés et approfondir le rôle du Canada dans les chaînes d’approvisionnement mondiales. 

En tant que puissance moyenne, dans un contexte de dynamique commerciale internationale en pleine mutation, le Canada ne peut se permettre d’ignorer les outils que d’autres commencent déjà à utiliser.

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