Cet article a précédemment été publié dans Corporate Knights.
Cette année, j’ai été parmi les Canadiens qui ont fait voler un drapeau sur leur propriété.
Je n’avais jamais acheté de drapeau canadien avant cela, mais les paroles insultantes quotidiennes de Trump insinuant que nous deviendrons le « 51e État » m’ont donné envie d’afficher nos couleurs nationales. Et si je me fie à la longue période de rupture de stock du drapeau et du mât que je voulais acheter chez Canadian Tire, beaucoup de mes compatriotes ont eu le même sentiment que moi.
L’avalanche d’articles de type « bilan de 2025 » publiés ce mois-ci sur l’administration Trump (une année terminée; plus que trois!) nous a rappelé à quel point les événements de l’année étaient sans précédent. Et au vu de la réaction au discours de notre premier ministre à Davos, une grande partie de l’Occident est du même avis.
Il y a douze mois, personne n’aurait pensé que l’existence même de notre pays serait constamment rabaissée par notre soi-disant plus proche allié, et que notre souveraineté nationale serait ainsi menacée sur les médias sociaux aux petites heures. Il était tout aussi impensable que nos grandes industries, comme l’acier et l’automobile, se battraient pour survivre aux droits de douane écrasants imposés par l’administration Trump, ou bien que les pays européens membres de l’OTAN enverraient leurs troupes au Groenland pour dissuader – très peu subtilement – une invasion américaine, et que le Canada subisse la pression de faire de même.
Pour 2026, tout laisse penser que le comportement détraqué de Trump ne fera que s’empirer.
Il a déjà affirmé que l’accord de libre-échange Canada–États-Unis–Mexique (l’ACEUM) – dont la renégociation commencera cette année – est « sans importance » pour son pays, et vise l’extinction de l’industrie automobile canadienne. Il semble sérieusement vouloir miner l’indépendance de la Réserve fédérale américaine et utiliser son ministère de la Justice politisé pour faire taire les critiques.
Rien de cela n’est normal. Ces nouvelles ont suscité une vague d’anxiété sans précédent : environ les trois quarts des Canadiens croient maintenant que les États-Unis représentent une menace économique, et 53 % pensent qu’ils posent aussi un risque pour la sécurité nationale.
Les politiques sur les changements climatiques se retrouvent entre le marteau et l’enclume.
Comme il l’a longuement expliqué lors d’un discours devant l’Organisation des Nations Unies en septembre dernier, Donald Trump croit que les changements climatiques sont un « coup monté », et que les énergies renouvelables comme l’éolien et le solaire sont des « arnaques » à éliminer. Il tient plutôt à faire monter en flèche la production pétrogazière, et a récemment montré que, pour ce faire, il est même prêt à destituer de force un chef d’État étranger.
Pendant ce temps, dans le reste du monde, la décarbonation s’accélère. On le voit dans les véhicules électriques, les énergies renouvelables, les investissements mondiaux dans les technologies propres et la tarification du carbone aux frontières, entre autres. Ces tendances sont notamment à la hausse dans les pays dont le Canada a besoin pour diversifier ses échanges commerciaux et solidifier ses perspectives économiques.
Au bout du compte, les technologies qui utilisent des combustibles fossiles sont chose du passé (sans exagération : les ventes de voitures à essence ont plafonné mondialement en 2018). Les technologies électriques, voilà le futur. Les pays qui produisent les constituants essentiels d’une économie décarbonée – dont les minéraux critiques, les batteries, l’électricité propre et les appareils électriques comme les thermopompes et les véhicules électriques – vont prospérer, et les autres seront laissés pour compte.
Le défi pour le Canada, c’est de se défaire de l’emprise malveillante des mauvaises idées de Trump, et de tracer sa propre voie, une voie qui profitera à tous les Canadiens.
Faire tout notre possible pour décarboner le Canada ne sert pas qu’à réduire nos émissions. C’est une façon de contribuer à un meilleur avenir pour notre pays.
Oui, à court terme, il faut gérer les menaces flagrantes proférées par Trump, mais il faut en même temps assurer l’avancée d’une économie décarbonée qui prend rapidement de l’ampleur.
La décarbonation est un acte de patriotisme.
Dans les nombreux articles de ce mois-ci passant en revue l’année de Trump, on voit une bonne dose de sondages. Sa popularité a chuté, et de beaucoup. Il s’avère que l’électorat américain qui a soutenu Trump en espérant une réduction du coût de la vie est peu enthousiasmé par ses interventions de politique étrangère chimériques et déstabilisantes.
Impossible à dire exactement quand, mais dans les prochaines années – à ce rythme, dès les élections de mi-mandat américaines en novembre –, les puissances MAGA vont commencer à s’écrouler. À ce moment, les dommages des changements climatiques seront plus évidents que jamais, et les retombées économiques du solaire, des batteries et des véhicules électriques abordables seront irrésistibles. L’action climatique sera plus présente que jamais.
Notre objectif, c’est que d’ici là, nous ayons dépassé les États-Unis pour que notre économie soit bien placée pour prospérer.
Les possibilités sont déjà apparentes : la récente annulation illégale des projets d’énergie éolienne en mer de la Nouvelle-Angleterre par l’administration Trump a fait croître l’intérêt des investisseurs dans les projets canadiens. D’ailleurs, notre gouvernement fédéral positionne la nouvelle entente avec la Chine sur les droits de douane des véhicules électriques comme la première étape d’une stratégie qui permettra au Canada de prendre les devants du marché nord-américain. Bien pensé.
En 2026, cette dynamique mondiale doit demeurer au cœur des arguments en faveur des progrès climatique. La transition vers une économie plus propre est la réponse non seulement aux problèmes chimiques de l’atmosphère, mais aussi à ceux économiques du Canada.
Bref, la décarbonation et le drapeau canadien vont main dans la main.