OTTAWA— Dale Beugin, vice-président exécutif de l’Institut climatique du Canada, a fait la déclaration suivante en réponse à la publication de la stratégie du gouvernement fédéral Propulser un Canada fort : Une stratégie nationale pour une économie canadienne électrifiée.
« La nouvelle stratégie nationale d’électrification du Canada va dans la bonne direction, mais esquive des questions cruciales concernant l’avenir du réseau électrique canadien. Bien qu’elle reconnaisse la nécessité de doubler la capacité du réseau électrique du pays pour renforcer la compétitivité nationale, l’abordabilité et la sécurité énergétique, elle offre peu de précisions sur le rôle que jouera le gaz naturel dans le futur. La stratégie mise sur le soutien à l’électrification dans l’ensemble de l’économie, ce qui sera essentiel pour atteindre la carboneutralité , mais elle soulève davantage de questions qu’elle n’en résout en ce qui concerne le Règlement sur l’électricité propre.
« Au bout du compte, le succès de cette stratégie dépendra des détails sur la façon et la rapidité dont le gouvernement concrétisera l’expansion de la production d’énergie propre, du transport d’électricité et de l’électrification à grande échelle.
« Plusieurs enjeux importants demeurent ambigus ou absents de la stratégie :
- Les liens avec le protocole d’entente Canada-Alberta ne sont pas clairs. La façon dont le Règlement fédéral sur l’électricité propre s’appliquera en Alberta aura des répercussions sur la politique à l’échelle du pays.
- Les modifications au Règlement sur l’électricité propre pourraient permettre une production d’électricité au gaz plus émettrice de GES pour assurer la fiabilité du réseau en période de pointe, mais elles ouvrent également la porte à une production de base à longue durée de vie et à fortes émissions, ce qui compromettrait les objectifs climatiques du Canada.
- La stratégie met l’accent sur le rôle du gaz en matière d’abordabilité, mais sous-estime les possibilités croissantes offertes par des sources plus propres de flexibilité du réseau (comme le stockage, la gestion de la demande et les interconnexions) pour contribuer à des tarifs d’électricité abordables.
- La stratégie accorde une place trop importante à l’énergie nucléaire, ce qui risque d’entraîner des coûts plus élevés et des délais dans le déploiement urgent de nouvelles capacités, comparativement aux coûts en baisse des énergies renouvelables et du stockage.
- On ne sait pas clairement comment le gouvernement fédéral créera des incitatifs pour amener les provinces et les territoires à mettre en place les conditions de marché nécessaires à l’expansion des réseaux électriques. Plusieurs leviers importants de politique électrique relèvent directement de la compétence provinciale.
- La stratégie passe sous silence les démarches de la Saskatchewan pour relancer la production d’énergie avec le charbon, en opposition à la loi fédérale et malgré les répercussions sur les émissions et les effets négatifs sur l’abordabilité.
- La participation et le leadership des peuples autochtones sont essentiels au développement réussi de réseaux plus propres et plus étendus. Bien que la stratégie reconnaisse l’importance des droits et de la participation des Autochtones dans le Nord, il est impératif que les gouvernements appuient leurs partenaires autochtones partout au pays et travaillent avec eux pour faire progresser la réconciliation et concrétiser les ambitions énoncées dans cette stratégie.
« La nouvelle stratégie propose une voie à suivre pour résoudre certains problèmes persistants. Prioriser la construction d’infrastructures de réseau « d’envergure nationale » pour relier les réseaux provinciaux et accroître la capacité électrique constitue le premier pas nécessaire pour répondre à la demande actuelle et future. Investir dans le développement des compétences et dans le renforcement de la capacité du Canada à produire le matériel, les composants de réseau et les services requis pour cette expansion pourrait générer des avantages économiques et des emplois locaux.
« Le plan reconnaît également que le gouvernement fédéral a un rôle constructif à jouer dans l’expansion et l’interconnexion des réseaux électriques canadiens : en offrant une certitude réglementaire, en facilitant la coordination entre les provinces et les territoires, et en mobilisant les ressources et les fonds fédéraux pour soutenir l’expansion et la modernisation du réseau, entre autres choses.
« La récente flambée des prix à la pompe rappelle la volatilité des prix du pétrole. Avec un soutien gouvernemental ciblé et une planification rigoureuse, le passage des combustibles fossiles à l’électricité propre dans nos foyers, nos véhicules et nos industries peut offrir de réels avantages en matière d’abordabilité et de sécurité énergétique.
« Les ressources en électricité propre donnent déjà au Canada un avantage concurrentiel à l’échelle internationale et cet avantage ne fera que croître à mesure que les marchés mondiaux continueront de se tourner vers des sources d’énergie moins carbonées. Investir pour maintenir et accroître cet avantage constitue une politique fiscale et énergétique avisée, et il est essentiel que le Canada progresse dans le respect de ses engagements climatiques internationaux. Pour réaliser le plein potentiel transformateur de cette nouvelle stratégie, il faudra s’attaquer de front à certains des défis politiques les plus difficiles et les plus importants. L’Institut climatique publiera de nouvelles recherches au cours des prochains mois pour aider à répondre à certaines de ces questions. »
RESSOURCES ADDITIONNELLES
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- Opinion | Le Canada a besoin du Règlement sur l’électricité propre pour réduire les émissions et investir dans une électricité propre et abordable
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À propos de l’Institut climatique
L’Institut climatique du Canada est un organisme de recherche indépendant sur les politiques climatiques. Il produit des recherches et analyses rigoureuses et des modélisations économiques, en s’appuyant sur des experts et des leaders de partout au pays. Nos travaux portent sur: l’accélération de la croissance propre et de la compétitivité sobre en carbone, la mesure des progrès dans la transition énergétique propre du Canada, l’amplification des perspectives autochtones et des solutions climatiques, la mobilisation d’investissements durables et le renforcement de la résilience de notre économie et de nos infrastructures face à un climat qui se réchauffe.