Cet article a précédemment été publié dans le Toronto Star.
Alors que le reste du monde accélère sa transition vers des technologies électriques plus propres et plus efficaces, l’administration Trump dirige les États-Unis directement dans un cul-de-sac.
C’est l’une des conclusions les plus frappantes du tout dernier World Energy Outlook de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la plus importante autorité en matière d’énergie au monde.
L’Agence n’a pas osé l’affirmer aussi ouvertement, mais il est difficile de ne pas tirer cette conclusion en lisant attentivement son rapport.
La levée du drapeau blanc par les États-Unis face à la transition énergétique sera perçue par les historiens comme une erreur catastrophique qui met l’Amérique du Nord à risque de devenir une île de combustibles fossiles dans un monde qui s’électrifie.
Le Canada devrait prendre conscience de ceci et choisir une meilleure voie à suivre.
Que dit donc ce rapport de l’AIE? Selon des prévisions conservatrices concernant les marchés énergétiques mondiaux, la demande mondiale en combustibles fossiles devrait atteindre son sommet en 2030, alors que celle en énergies propres continuera sa hausse fulgurante.
Selon le scénario « politiques en place » de l’AIE, la demande en charbon est déjà près de son maximum, celle en pétrole devrait atteindre un plateau vers 2030, et celle en gaz naturel devrait faire de même en 2035, avant de redescendre ensuite lentement mais sûrement.
Les énergies renouvelables continueront de prendre de plus en plus de place et représenteront plus de la moitié de l’électricité générée dans le monde dans la prochaine décennie, alors qu’elles n’en représentent actuellement que le tiers.
Cela devrait suffire à faire sonner l’alarme, tant au centre-ville de Calgary que sur Bay Street et sur la Colline du Parlement.
Et comme si cela ne suffisait pas à nous avertir concernant les futures exportations canadiennes de combustibles fossiles, ce scénario conservateur de l’AIE sous-estime fort probablement le déploiement des énergies propres, comme les énergies renouvelables et les batteries, qui devrait supposément ralentir. Or, cette prévision n’est déjà plus à jour.
Dans les faits, l’énergie solaire et les batteries ont vu leurs coûts chuter rapidement, et leur déploiement s’accélérer. Aucune croissance n’est prévue cette année pour les combustibles fossiles dans le secteur énergétique mondial, les énergies solaire et éolienne ayant eu une croissance suffisante dans les trois premiers trimestres pour dépasser la demande croissante en électricité.
Dans la décennie qui a suivi l’Accord de Paris, la production mondiale d’énergie solaire a été décuplée, ce qui en fait la source d’électricité à la croissance la plus rapide avec l’énergie éolienne, dépassant largement la croissance du pétrole et du charbon.
Avec les États-Unis comme voisins, ces tendances mondiales peuvent facilement passer inaperçues. Les médias nous parlent d’un ralentissement de la croissance des ventes de véhicules électriques en Amérique du Nord, le président Trump faisant marche arrière sur les politiques qui pourraient favoriser cette croissance, mais passent à côté du fait qu’une voiture vendue cette année sur quatre dans le monde sera électrique.
Trump annule d’énormes projets de production solaire et éolienne. Or, au même moment, l’Union européenne s’engage à réduire ses émissions de GES de 90 % par rapport aux niveaux de 1990 d’ici 2040, et ses États membres sont en voie d’atteindre l’objectif de les réduire de 55 % d’ici 2030.
Et le Canada dans tout ça?
La transition énergétique mondiale s’exprime de deux façons distinctes : alors que les combustibles fossiles gardent leur importance aux États-Unis (en raison des décisions rétrogrades prises par l’administration Trump), la décarbonisation et l’électrification s’accélèrent pratiquement partout ailleurs.
Le premier ministre Mark Carney a des objectifs honorables. Il s’est engagé à doubler les exportations canadiennes vers des pays autres que les États-Unis d’ici 10 ans. Cela signifie que des marchés comme ceux de l’UE, du Royaume-Uni et de l’Asie deviendront extrêmement importants, et chacun d’entre eux va de l’avant avec des politiques sur les énergies propres et le climat.
Son gouvernement a aussi publié une stratégie de compétitivité climatique, ainsi que des « projets d’intérêt national ». À cet égard, on peut constater plusieurs pas dans la bonne direction, dont un engagement à renforcer la tarification du carbone industriel, à réduire les émissions de méthane issu du pétrole et du gaz, et à construire des réseaux électriques plus gros et plus propres.
Ces plans doivent être abordés directement et en toute urgence. Il faut établir des échéanciers et confirmer les détails des politiques à mettre en place.
Ne pas faire cela augmentera les dépenses des industries canadiennes exportant vers des endroits comme l’UE et le Royaume-Uni qui mettent en place des taxes carbone pénalisant les produits non assujettis à une tarification du carbone assez stricte, et réduira la taille des marchés qui leur sont accessibles. Cela retardera d’importants investissements dans des projets, comme ceux en lien avec les minéraux critiques ou avec d’autres secteurs qui nécessitent un accès à de l’électricité propre et fiable.
L’histoire n’est pas clémente envers ceux qui n’acceptent pas les transitions technologiques. Nos voisins du Sud tentent de renverser la transition énergétique mondiale, pourtant inévitable. Si nous voulons tirer parti des occasions qui nous sont présentées, le Canada doit absolument tracer son propre chemin.
La politique que nous recommandons est simple : rendre l’électricité propre, et électrifier tout ce qui peut l’être. C’est ça, le projet d’intérêt national dont le Canada a besoin. Un projet qui offre des possibilités sans précédent, une nouvelle ère marquée par un leadership collaboratif entre le gouvernement fédéral et les provinces.