Comment accélérer la transition canadienne vers l’énergie propre? En la traitant comme la santé.

Le réseau électrique canadien a besoin d’une expansion massive pour faire face au doublement de la demande d’ici à 2050.

Publication originale dans le Toronto Star.

Grâce à ses vastes ressources hydroélectriques, le Canada est déjà une superpuissance de l’énergie propre dont 80 % de l’électricité est carboneutre. Mais pour tirer profit de cet avantage dans la transition complète du pays vers l’énergie propre et atteindre les objectifs en matière d’émissions, nous aurons besoin de bâtir des réseaux plus grands, plus propres et plus intelligents capables de doubler ou de tripler leur capacité actuelle.

C’est une entreprise massive, qui nécessitera que les gouvernements traitent l’électricité propre comme les soins de santé : une responsabilité provinciale s’accompagnant d’un financement fédéral – et de mesures d’encadrement fédérales.

Cette approche, dont nous avons déjà discuté, a été surnommée l’électro-fédéralisme. Pour la concrétiser, il faudra de l’ambition et des compromis des deux côtés.

Pour sa part, le gouvernement fédéral s’apprête à mieux reconnaître la primauté des provinces avec la publication à venir de son Règlement sur l’électricité propre. Il prépare aussi des modalités plus flexibles pour le crédit d’impôt à l’investissement (CII) dans l’électricité.

Les provinces accélèrent aussi le pas, mais il demeure d’importantes lacunes. Bien que certaines d’entre elles aient enchâssé leurs objectifs climatiques dans la loi, aucune n’a suffisamment fait cadrer ensemble ses politiques climatiques et énergétiques. Cela laisse les fournisseurs d’électricité et les autorités de réglementation dans une position difficile en ce qui concerne la planification d’un bouquet énergétique qui sera très différent en 2050.

Ce dont les fournisseurs et les autorités de réglementation ont besoin, c’est d’une carte – marquée d’une destination claire, mais aussi du trajet à viser pour y arriver.

Les feuilles de route en matière d’énergie axées sur la carboneutralité des gouvernements provinciaux peuvent fournir l’orientation manquante. Ces feuilles de route articulent la vision, les objectifs et les plans des provinces pour répondre à leurs besoins énergétiques en route vers la carboneutralité.

Le Manitoba et le Nouveau-Brunswick se sont tous deux engagés à créer une feuille de route énergétique. La Colombie-Britannique a commencé le travail. Et l’été dernier, l’Ontario a publié son plan Alimenter la croissance de l’Ontario, qui, malgré ses lacunes, est un pas important dans la bonne direction.

Les feuilles de route en matière d’énergie sont si importantes que nous avons soutenu qu’elles devraient être une condition à l’obtention par les provinces du financement fédéral pour leur transition énergétique. Il y a deux ans, nous avons écrit un article approuvant le soutien par Ottawa des provinces au moyen de financement pour leur système électrique en échange de l’établissement de plans détaillés pour l’expansion.

Depuis, le gouvernement fédéral a proposé un crédit d’impôt à l’investissement dans l’électricité propre qui pourrait fournir aux provinces plus de 25 milliards de dollars de soutien, et a suggéré certaines conditions qui pourraient s’y rattacher – les provinces devraient notamment s’engager à atteindre la carboneutralité d’ici 2035.

Mais si les feuilles de route provinciales en matière d’énergie sont si importantes qu’elles devraient être une condition pour le financement fédéral, nous ne devons pas perdre de vue l’essentiel : la transition en soi est si importante que les détails, y compris la date d’arrivée, ne devraient pas nuire à l’accélération dans la bonne direction.

Dans ce sens, le Conseil consultatif canadien de l’électricité a recommandé dans son rapport final que le gouvernement fédéral refonde ses conditions proposées en une seule, bien simple : la création de feuilles de route en matière d’énergie. Le Conseil a conclu qu’une échéance ferme en 2035 n’était pas nécessaire, et qu’il était plus important de se concentrer sur le portrait global. Les seules stipulations de la nouvelle condition seraient que les feuilles de route visent à atteindre la carboneutralité nationale d’ici 2050, et établissent des jalons aux cinq ans en cours de route.

Si le gouvernement fédéral est sérieux quant à ses objectifs climatiques dans la fédération décentralisée qu’est notre pays, il devrait écouter le Conseil et faire de l’exigence de feuilles de route crédibles l’unique condition d’accès au CII.

Il reviendra ensuite aux provinces de prendre les rênes et de se lancer.

Christopher Ragan est directeur fondateur de l’École de politiques publiques Max Bell de l’Université McGill et ancien président de la Commission de l’écofiscalité du Canada. Rick Smith est président de l’Institut climatique du Canada. Edward Greenspon est président et directeur général du Forum des politiques publiques.

Publications liées