Le dernier rapport sur la tarification du carbone du DPB présente de grosses lacunes

Rétablissons les faits.

La dernière analyse publiée par le directeur parlementaire du budget (DPB) pour quantifier les retombées économiques de la tarification du carbone présente des lacunes importantes qui mènent à des conclusions erronées.

Avant de nous pencher sur ces lacunes, voyons les points forts de l’analyse : le DPB confirme que, dans la plupart des provinces, 80 % des ménages seront gagnants; les remises associées à l’incitatif à agir pour le climat, en abaissant les coûts, assurent l’équité de la tarification du carbone pour les Canadiennes et Canadiens à revenu moindre. Elles encouragent aussi les contribuables à économiser encore plus en réduisant leurs émissions pour éviter la tarification du carbone. Les « coûts fiscaux » associés sont (toujours) justifiés. Par ailleurs, ce constat correspond à des analyses précédentes.

Mais le DPB se trompe lorsqu’il évalue les coûts économiques dans leur ensemble : il passe outre les retombées économiques de la tarification du carbone et le coût de l’inaction climatique en regard de la stabilisation du climat et de la concurrence dans une économie mondiale en pleine course vers la carboneutralité. Ce sont pourtant de grands facteurs essentiels à une bonne analyse coûts-avantages de la tarification du carbone.

Dans les faits, les dommages climatiques coûtent déjà environ 720 $ par année à chaque contribuable canadien, un fardeau qui augmentera avec les répercussions climatiques pour atteindre environ 2 000 $ par année d’ici 2050. Le Canada doit faire sa part pour endiguer les émissions; c’est le fondement même de la tarification du carbone. Ces coûts sont également un poids pour l’ensemble de l’économie : au total, ils entraîneront une perte de PIB de 25 milliards de dollars en 2025, soit la moitié de la croissance annuelle.

Pourtant, le BDP néglige les objectifs climatiques du Canada. Il aurait pu tenir compte des répercussions climatiques évitées, effet bénéfique de la réduction des émissions, ou encore chiffrer la tarification du carbone relativement à d’autres politiques; après tout, le principal avantage de cette tarification est de réduire les émissions au plus faible coût. Toutefois, il a plutôt choisi de comparer les coûts à ceux d’un scénario où le Canada ignorerait tout simplement le problème climatique, sans aucune conséquence. Or de toute évidence, ce scénario est complètement fictif.

Par ailleurs, 92 % du PIB mondial vient de pays qui visent la carboneutralité. Les États-Unis, par leur loi sur la réduction de l’inflation, consacrent près de 370 milliards de dollars américains à la croissance propre, et l’Union européenne emboîte le pas en misant sur son pacte vert. Combinée aux mesures de croissance propre du dernier budget fédéral, la tarification du carbone canadienne est un avantage comparatif qui attirera des investissements dans des projets sobres en carbone.

La modélisation du DPB omet cependant de prendre la pleine mesure de ces avantages. Fondée sur une économie dépassée, elle écarte complètement la façon dont les marchés mondiaux changent – peu importe ce que fait le Canada – pour aller vers une croissance sobre en carbone. Si le Canada ne réduit pas ses émissions, il ne pourra plus soutenir la concurrence. Il pourrait même voir ses exportations pénalisées directement à cause des ajustements carbone aux frontières.

Bref, le DPB peut et doit faire mieux. Il ne doit pas se limiter aux coûts et avantages qui font son affaire ni faire l’impasse sur les grands impératifs économiques qui motivent les politiques climatiques. C’est particulièrement vrai en cette ère où certains s’empressent de minimiser les faits sur la tarification du carbone et de répandre des demi-vérités.

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