Cet article a précédemment été publié dans le National Newswatch.
Quels sont les coûts d’un renforcement du prix du carbone industriel? Malheureusement, le débat qui se développe dans certains secteurs de l’énergie au Canada est totalement déconnecté des réalités mathématiques qui sous-tendent la tarification du carbone industriel.
En fait, les faits sont assez simples : la tarification du carbone industriel engendre des coûts remarquablement bas pour les installations industrielles et a des répercussions minimes sur leur compétitivité. Même si elle est ajustée pour induire un prix du carbone plus élevé.
C’est voulu par conception. Les gouvernements ont explicitement conçu la tarification du carbone industriel pour inciter fortement à la réduction des émissions, tout en minimisant les coûts pour l’industrie. Et ce principe demeure valable même si les gouvernements fédéral et albertain améliorent le fonctionnement de cette politique afin de garantir que les crédits carbone s’échangent à 130 $ la tonne, comme ils l’ont convenu dans leur protocole d’entente.
Prenons par exemple des sables bitumineux. Il y a essentiellement deux nombres que vous devez connaître pour avoir une perspective sur l’incidence réelle de la politique axée sur le marché de l’Alberta. Attention : aucun de ces nombres n’est 130 $.
Le premier nombre est le coût actuel pour les producteurs de sables bitumineux : 9 cents le baril en moyenne.
Le deuxième nombre est le coût pour les producteurs d’ici 2030 si la politique est renforcée : 50 cents le baril, soit environ le prix d’un Timbit.
Commençons par le premier nombre et les coûts actuels.
D’après les dernières données de conformité publiées par le gouvernement de l’Alberta, les calculs montrent que les coûts directs de ces producteurs (après déduction des redevances et des impôts) s’élèvent en moyenne à 9 cents le baril de pétrole. Il existe des variations : quelques installations moins performantes paient plus, de 2 $ à 4 $, mais un nombre encore plus important d’entre elles obtiennent des crédits carbone qui améliorent leur bilan.
Cette variation correspond précisément au fonctionnement prévu de cette politique. Différents producteurs sont exposés à des risques différents selon l’intensité en carbone de leurs activités. Certaines installations paient plus cher parce que l’intensité de leurs émissions dépasse le seuil de référence. D’autres obtiennent des crédits parce que leurs performances sont meilleures.
Dans l’ensemble, les coûts actuels restent faibles pour deux raisons principales. Premièrement, les installations ne paient pas le prix du carbone pour la totalité de leurs émissions, mais seulement pour celles qui dépassent un certain seuil d’intensité des émissions. Deuxièmement, le prix actuel des crédits est bas (actuellement environ 30 $ la tonne).
Les estimations qui surpondèrent les installations les moins performantes surestiment les coûts. Les estimations qui supposent à tort que les installations paient le prix du carbone pour la totalité de leurs émissions surestiment largement les coûts.
Tout cela est conforme aux données et aux résultats historiques.
Notre équipe de l’Institut climatique du Canada a examiné près de vingt ans de tarification du carbone industriel, afin d’évaluer son impact sur la compétitivité des installations d’exploitation des sables bitumineux. Nous avons utilisé 17 années de données commerciales provinciales couvrant 10 provinces et 19 secteurs industriels. Après avoir tenu compte des cycles des produits de base et de la demande aux États-Unis, des prix du pétrole et des tendances provinciales, nous n’avons trouvé aucune preuve statistiquement significative de contraction des exportations liée à la tarification du carbone. L’effet moyen estimé était indiscernable de zéro.
Si les prix actuels n’étaient pas concurrentiels, ils auraient pu se manifester quelque part dans près de vingt ans de données. Or, ce n’est pas le cas.
Tournons-nous maintenant vers l’avenir.
Le deuxième nombre essentiel à connaître est 50 cents le baril. Il s’agit du coût moyen par baril en 2030 si la politique était renforcée pour assurer un échange de crédits carbone à au moins 130 $ la tonne, comme le prévoit le protocole d’entente Alberta-Ottawa.
Cela équivaut à environ le prix d’un Timbit par baril en 2030, compte tenu de l’inflation. Cela correspond également à environ 0,06 % du prix du Western Canadian Select, au prix actuel d’environ 80 $ le baril. Il s’agit d’une erreur d’arrondi dans les bilans, et non d’une menace pour la compétitivité. Autrement dit, si les producteurs canadiens de sables bitumineux sont vraiment vulnérables à de si petits coûts, ils ont alors des problèmes de compétitivité structurelle beaucoup plus importants.
La tarification du carbone n’a jamais consisté à choisir entre ambition climatique et compétitivité. Il s’agit d’un exercice d’étalonnage. Ça l’a toujours été.
En réalité, les preuves sont claires. La tarification du carbone est, de par sa conception, intrinsèquement liée à la compétitivité.
Le débat doit passer des conjectures et des affirmations vagues aux données concrètes. Si quelqu’un prétend que la tarification du carbone freine les investissements ou anéantit les profits, il devrait fournir des preuves et des calculs. Si vous souhaitez vérifier les nôtres, rendez-vous sur notre calculateur de coûts d’installation ici.