Quelle sera notre réponse à la menace qui se profile pour les infrastructures canadiennes?

L’adaptation proactive peut grandement réduire les dommages et les perturbations qui nous guettent.

Cet article a précédemment été publié dans le Hill Times

Des catastrophes comme les inondations de 2021 en Colombie-Britannique soulignent à grands traits la vulnérabilité des infrastructures canadiennes aux répercussions des changements climatiques.

Ces catastrophes causent de plus en plus souvent des dommages aux infrastructures du pays (routes, ponts, bâtiments, résidences, systèmes d’aqueduc, réseaux électriques, etc.). Résultat : des milliards de dollars en entretien et en réparation pour les gouvernements, les entreprises et les ménages. Ces dommages mettent aussi en péril la santé, la sécurité, les moyens de subsistance et la prospérité économique du Canada. À moins que nous ne prenions immédiatement des mesures pour réparer nos infrastructures et les préparer à résister aux répercussions des changements climatiques, ces risques ne feront qu’augmenter. Pourquoi? Parce que le Canada, qui se réchauffe deux fois plus vite, en moyenne que le reste de la planète, subira encore des décennies de réchauffement même dans les scénarios mondiaux de réduction des émissions les plus ambitieux. Autrement dit, l’adoption d’une trajectoire vers la carboneutralité au pays va nécessairement de pair avec la préparation aux répercussions d’un climat toujours plus chaud et imprévisible.

La menace pour le Canada est claire. Heureusement, la réponse l’est tout autant. Grâce à des choix intelligents et des investissements ciblés, le pays pourra améliorer la résilience de ses infrastructures et ainsi assurer la fiabilité des services essentiels dans un contexte de réchauffement et d’imprévisibilité du climat. Une adaptation proactive, c’est-à-dire le renforcement des infrastructures existantes et la construction de nouvelles, adaptées au climat d’aujourd’hui et de demain, pourra grandement réduire le risque de dommages et de perturbations.

Malgré les preuves croissantes des conséquences associées à une construction inadaptée à la réalité, les répercussions des changements climatiques ne sont toujours pas prises en compte dans les décisions relatives aux infrastructures. Par exemple, on continue de faire des investissements faramineux en immobilier dans des zones inondables. Les routes, les ponts, les maisons et les bâtiments sont encore conçus en fonction du climat d’avant. En outre, les lacunes des infrastructures du Nord canadien rendent la région particulièrement vulnérable. Le Canada n’a aucune stratégie pour stopper la dégradation accélérée des infrastructures névralgiques, dont des bâtiments, des routes et des aéroports, construites sur du pergélisol en train de fondre.

Pour remédier au décalage croissant dans l’adaptation des infrastructures aux changements climatiques, les gouvernements et les décideurs devront accélérer les avancées dans quatre grandes sphères.

Premièrement, le Canada doit s’appuyer sur de l’information de meilleure qualité concernant les risques climatiques pour faire de bons choix en matière d’infrastructures. Notre compréhension actuelle des risques climatiques majeurs pour les infrastructures, par exemple les inondations, les feux incontrôlés et la fonte du pergélisol, est désuète et incomplète (pour autant qu’elle existe). Les gouvernements doivent rapidement accélérer la production d’information utile et accessible sur les risques climatiques, afin qu’eux-mêmes ainsi que d’autres propriétaires d’infrastructures et investisseurs puissent prendre des décisions éclairées concernant les chantiers de construction, la conception et l’entretien – et parfois, sur la démolition et le remplacement.

Deuxièmement, tous les ordres de gouvernement doivent tenir compte des changements climatiques dans l’ensemble de leurs décisions touchant les infrastructures. Il faudra ainsi notamment accélérer l’actualisation des normes et des codes nationaux et provinciaux relatifs à la construction et aux infrastructures pour les adapter aux répercussions du climat changeant. Les gouvernements pourraient aussi en faire beaucoup plus avec des leviers déjà en place pour s’assurer que les changements climatiques sont pris en compte dans les choix relatifs aux infrastructures. Voici des exemples de ces leviers : stratégies à long terme sur les infrastructures, conditions des programmes de financement des infrastructures, réglementation de l’aménagement du territoire et du développement urbain, processus d’approbation de grands projets de développement industriel et de ressources, et réglementation sur la gestion et l’entretien de certains types d’infrastructures.

Troisièmement, les gouvernements devraient exiger des propriétaires d’infrastructures et des investisseurs qu’ils évaluent et divulguent les risques liés aux changements climatiques. À l’heure actuelle, les propriétaires d’infrastructures, dont les municipalités, les investisseurs institutionnels, les fonds d’investissement immobilier, les sociétés et les vendeurs de propriétés, n’ont pas l’obligation d’analyser ni de divulguer les risques climatiques aux acheteurs, investisseurs ou prêteurs potentiels, qui ne disposent donc pas de l’information requise pour évaluer les risques encourus. En favorisant la transparence des risques climatiques dans ces transactions, on stimulera des signaux de prix importants qui décourageront les investissements dans les infrastructures vulnérables et les attireront vers des options plus résilientes.

Et quatrièmement, le financement des infrastructures doit être injecté là où les besoins sont les plus grands. Au cours des dernières décennies, la propriété de la majorité des infrastructures publiques du Canada a été transférée aux municipalités. Ces dernières, surtout les petites et les moyennes, ont déjà de la difficulté à assumer les coûts d’entretien des infrastructures existantes, et c’est sans compter les coûts de réfection ou les nouveaux investissements visant à assurer la résilience aux changements climatiques. Certains programmes, comme le Fonds fédéral d’atténuation et d’adaptation en matière de catastrophes de deux milliards de dollars, sont bien intentionnés, mais sont loin de répondre au besoin : en à peine deux ans, ce Fonds avait reçu beaucoup trop de demandes de municipalités et d’autres organisations. Les gouvernements fédéral et provinciaux doivent aider les municipalités à adapter leurs infrastructures en leur octroyant du financement direct, en leur donnant des pouvoirs de production de recettes appropriés et en leur donnant les moyens d’accéder à des capitaux privés.

Pour protéger le bien-être et la prospérité de la population canadienne dans le contexte d’événements météorologiques extrêmes comme ceux ayant dévasté la Colombie-Britannique en 2021, nous devons adapter nos infrastructures à la nouvelle réalité climatique.

Au Canada, nous continuons de bâtir des infrastructures adaptées au climat du passé, ce qui accroît les risques de catastrophes sociales et économiques dans le futur. Les gouvernements et les décideurs doivent agir dès maintenant et utiliser tous les outils entre leurs mains pour accélérer l’adaptation des infrastructures –nous ne pourrons assurer un avenir prospère digne du 21e siècle au Canada avec des infrastructures adaptées à la réalité climatique du 20e siècle.

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