La trajectoire de la Saskatchewan vers une électricité carboneutre
Relever défi : Attendre la carboneutralité du réseau en Alberta
Un réseau électrique plus grand, plus propre et plus intelligent pour un avenir carboneutre au Manitoba
Plus qu’une question de durabilité: la force des logements autochtones
Une nouvelle approche de logement dans les communautés autochtones pourrait améliorer les résultats cliniques des populations autochtone. Elle pourrait produire plusieurs effets bénéfiques, notamment des économies pour les ménages, la réduction des coûts de soins de santé et la réduction des émissions.
Les défis du logement dans les communautés autochtones
Les approches actuelles en matière de logement autochtone sont enracinées dans l’héritage colonial. Les conditions de logement sont malsaines : mauvaise aération, surpopulation et logements non adaptés à l’emplacement ou l’environnement.
Pendant des décennies, les populations autochtones ont soulevé des préoccupations concernant les logements inadéquats et malsains dans les communautés qui aggravent ou entraînent les problèmes respiratoires et cardiovasculaires, ainsi que les problèmes de santé mentale. Les impacts du changement climatique, comme les vagues de chaleur, ont amplifié les conditions de logement malsaines et les défis liés à la santé.
Figure 2: les liens entre les logements des communautés autochtones et la santé

Bien que plusieurs facteurs jouent un rôle, les problèmes de gouvernance et de responsabilité sont au cœur de ces problèmes de santé et de logement. Ils compromettent les investissements pertinents et suffisants dans les logements communautaires autochtones.
Une nouvelle approche du logement autochtone
La situation du logement dans les communautés autochtones est un problème de longue date. Il perdurera à moins que tous les niveaux de gouvernement n’investissent davantage de temps et d’argent. Mais surtout, ils doivent adopter une approche différente, plus coordonnée et plus holistique pour résoudre ce problème. Les multiples avantages des logements écoénergétiques sain en font un investissement utile et intelligent, qui pourrait contribuer à réduire les coûts des soins de santé tout en favorisant le bien-être et la santé des générations futures.
Le projet de logements autochtones est un partenariat entre le volet Recherche autochtone de l’Institut climatique du Canada et Indigenous Clean Energy. Il démontre l’effet potentiel d’une nouvelle approche en matière du logement pour relever plusieurs de ces défis. Il pourrait produire des effets bénéfiques si les stratégies en matière de logement et les décisions de financement adoptent une perspective holistique des enjeux de logement et sont élaborées en partenariat avec les communautés autochtones.
Le premier document de cadrage de ce projet, Plus qu’une question de durabilité : la force des logements autochtones, établit la base d’une plus vaste série. Il présente l’important contexte des défis et des solutions innovantes en matière de logement dans les communautés autochtones.
Le deuxième rapport, prévu au printemps 2025, portera sur les changements politiques et les recommandations qui pourraient soutenir la construction d’un plus grand nombre de logements écoénergétiques sains dans les communautés autochtones.
Le pouvoir de la cérémonie, pour nous et pour mère Nature
La prophétie des quatre frères
Partagée par Elaine Alec
Au début des temps, quatre frères de chacune des quatre races vivaient en harmonie sur la même Terre. Dans nos Histoires, nous avons toujours évoqué les quatre couleurs de cette fratrie, celles de la roue de médecine : le noir, le rouge, le blanc et le jaune. Mais nos Aînés n’utilisaient pas ces mots – les couleurs et les races – de façon péjorative; avec ces Histoires, ils nous enseignent depuis des décennies les relations qui existent et les liens qui nous lient tous.
Chaque frère a reçu un don qu’il devait apprendre à maîtriser. Le Créateur a dit : « Partez apprendre à maîtriser vos dons, puis lorsque vous vous retrouverez, enseignez-vous ce que vous aurez appris. Soyez à l’écoute et apprenez les uns des autres, et le monde sera beau. Si vous ne partagez pas ces dons, que vous les gardez cachés, ou si vous ne vous écoutez pas, ce sera la guerre. »
Le Créateur a confié à chacun un enseignement. Certaines nations racontent que le Créateur a donné à chaque frère des instructions sur une tablette, et que les tablettes sont cachées quelque part. Ces tablettes portent les enseignements originaux dont le partage devait permettre aux peuples de vivre en harmonie sur Terre. Selon la légende, si un seul des frères oubliait ou rejetait ces enseignements, tous les humains en souffriraient, et la Terre en mourrait. Les tablettes seraient cachées en Arizona, au Tibet, en Suisse et sur le mont Kenya.
Le frère noir a reçu le don de l’eau; même dans le désert, il saurait toujours trouver de l’eau et en extraire les bienfaits. Le frère jaune a reçu le don de l’air, dans lequel il pourrait puiser discipline et force. Le frère blanc a reçu le don du feu, qu’il pourrait dompter pour créer des moteurs et des machines. Le frère rouge a reçu le don de la Terre; il apprendrait tout de la Terre, des lois de la Nature et des façons de les régénérer.
Le Créateur a dit aux quatre frères qu’ils seraient dispersés aux quatre coins du monde pour maîtriser leur don, et que ce qui les séparerait les rassemblerait à nouveau. Ainsi, il a frappé la Terre de son bâton, et la Terre s’est fragmentée. Les fragments se sont éloignés, et les trous se sont remplis d’eau – cette même eau qui réunirait un jour les frères.

Présentation
La crise climatique mondiale est l’enjeu le plus pressant auquel fait face l’humanité. Activistes, Gardiens du savoir et scientifiques réclament une intervention climatique rapide et concertée à tous les échelons (UNICEF, s.d.; Onjisay Aki, 2017; EEAS, 2021). Or, avec leurs modèles ancrés dans l’inégalité, l’exploitation et la dégradation de l’environnement, les structures de politiques coloniales nuisent à la lutte climatique (Deranger, 2021), en plus d’être mal conçues pour s’attaquer véritablement aux enjeux d’actualité (Jackson et Victor, 2019). La conception de politiques climatiques efficaces est en outre entravée par la divergence entre les approches autochtones de lutte contre les changements climatiques, ancrées dans les lois Sacrées et de la Nature et dans la Cérémonie, et les structures de politiques coloniales, souvent cloisonnées et superficielles. Il est impératif que les peuples autochtones et les gouvernements coloniaux s’unissent dans cette lutte et laissent les voix et les perspectives autochtones guider les politiques climatiques. Bien plus qu’un enjeu environnemental, les changements climatiques touchent la société, l’économie et l’organisation industrielle à l’échelle mondiale (Turner, 2022; Kyle, 2021). Les peuples autochtones savent que nous ne faisons qu’un avec la Terre et que nous devons donc tous tendre vers des structures de politiques climatiques et des modes de vie propices aux approches globales et interconnectées. Et comme le montre cette étude de cas, la Cérémonie sera indispensable dans cette quête.
L’étude de cas répond à la question suivante : « Comment la Cérémonie des Premières Nations du territoire que l’on appelle la Colombie-Britannique devrait-elle influencer les politiques climatiques? » Dans sa préparation, nous avons examiné nos expériences et nos apprentissages du rassemblement des Gardiens du savoir spirituel sur les changements climatiques (Naqsmist et BCAFN, 2024a). Sous la forme d’une Cérémonie de gouvernance de deux jours et demi sur le territoire des Tsleil-Waututh, en novembre 2023, l’événement a rassemblé des Gardiens du savoir de partout en Colombie-Britannique pour discuter de la crise climatique, de ses causes profondes et de ses répercussions sur la Terre et tout être, ainsi que pour partager des Histoires, des chants et des rituels de guérison. Il a aussi marqué le début de l’élaboration conjointe d’un programme de leadership climatique autochtone par les Premières Nations de la Colombie-Britannique et le gouvernement fédéral, un processus coordonné par l’Assemblée des Premières Nations de Colombie-Britannique (BCAFN) et financé par Environnement et Changement climatique Canada et Relations Couronne-Autochtones et Affaires du Nord Canada. L’objectif est ici d’utiliser le savoir des Premières Nations de la province pour créer un programme stratégique qui orientera les politiques, les programmes et le financement climatiques du gouvernement canadien, au moyen d’un mémoire au Cabinet. Ce mémoire éclairera également les décisions budgétaires fédérales (BCAFN, 2024).1
Le rassemblement s’ancrait dans les lois Sacrées et de la Nature grâce au processus du cercle, qui assure la parole à tous (fondé sur le fait que, dans la Nature, chaque être est essentiel à la santé de l’écosystème)2. Étaient aussi à l’honneur la prière et la reconnaissance des ancêtres, des animaux et de toute chose vivante, ainsi que les chants, les danses et les Histoires qui représentent le monde naturel et permettent de l’incarner dans la gouvernance. Naqsmist, une société de conseil autochtone, a pris des notes et des enregistrements vidéo afin de faire un résumé et d’élaborer un mandat pour la suite du travail. Le tout a mené à la rédaction du rapport Spiritual Knowledge Keepers Gathering on Climate Change (Naqsmist et BCAFN, 2024a) et du mandat ci-dessous (figure 1) :

Le 14e point du mandat nous demande de « tracer une nouvelle voie à suivre en harmonie avec mère Nature. » C’est là le nœud fondamental que la cérémonie a le pouvoir de dénouer. Afin de mieux comprendre cette dynamique, nous examinons plus loin l’héritage et les limites des politiques coloniales et leur transformation possible à l’aide d’approches décoloniales ancrées dans la Cérémonie et dans les lois Sacrées et de la Nature.
La cérémonie et son rôle central dans les politiques climatiques
« Les cérémonies visent à susciter une réponse au plus profond de soi, de son âme et de son esprit. Elles ont une grande valeur intrinsèque; on ne peut plus les traiter comme une simple question de politique. Il est temps d’agir. Il est temps de se lever et de se faire entendre, de se faire écouter. » — Chef héréditaire Robert Joseph (Naqsmist et BCAFN, 2024a)
Véritable mode de vie, la Cérémonie autochtone célèbre d’abord et avant tout ce qui nous relie à la Terre et à la Création. Les cérémonies varient souvent selon le lieu et peuvent prendre plusieurs formes. Elles sont « un mode de transfert des connaissances et un rappel des responsabilités que nous avons dans notre relation avec la vie » (Cajete, 2000). Elles sont aussi un protocole d’appartenance – l’appartenance à une famille, à un peuple, à la Terre et au Sacré – qui favorise l’interconnexion, la réciprocité et le respect dans l’équilibre et le renouveau (Kimmerer, 2013; Naqsmist et BCAFN, 2024a; Cajete, 2000).
La Cérémonie, en harmonie avec les lois Sacrées et de la Nature, est à la fois une politique en soi (c’est-à-dire un cadre qui oriente les décisions) et un concept bien plus large (une façon d’être, un sentiment, un processus continu de découverte et d’action par les relations). Nous abordons la Cérémonie avec respect et révérence envers le Créateur, et sollicitons permission et protection auprès des lois Sacrées et de la Nature. Le fait de lui faire une place dans les politiques favorise les relations positives les uns envers les autres et envers la Terre. La Cérémonie nous rappelle de faire preuve d’humilité et de penser à notre devoir plutôt qu’à notre dû. Ainsi, elle transpose les connaissances relationnelles en paramètres (principes, valeurs et intention) qui guident les processus décisionnels et l’allocation de ressources : c’est ce que le gouvernement du Canada appelle des politiques (CHIN, 2021).
Les cérémonies de gouvernance sont une occasion de se rassembler et de partager des Histoires. Chez les peuples autochtones, c’est le savoir de ceux qui ont habité la Terre avant nous qui dicte la façon dont nous l’occuperons pour les quatre prochaines saisons. En appliquant cette approche aux politiques climatiques, nous parvenons à une compréhension globale qui contribue à inscrire les décisions dans des systèmes de pensées plus vastes. La Cérémonie est un protocole et une pratique qui nous donne accès à cette façon de penser et d’être.
Divergences entre cérémonie et politique
« Nous avions des politiques dans nos cérémonies, dans notre quotidien. Des politiques extraites du monde naturel et de la création. Or, des instructions originales nous avaient été données. Comment sommes-nous censés les suivre, maintenant? Comment pouvons-nous faire, dans un contexte colonial? Je pense qu’il faut retourner à la Terre, écouter nos jeunes. Écouter nos Aînés. Où veulent-ils nous emmener? » — Ginnifer Menominee (ICA, 2023)
Les peuples autochtones ont toujours su comment agir en relation avec la Terre. Ils savent que la crise climatique est causée par la rupture entre l’humain et la Terre. Les politiques permettent d’opérationnaliser les valeurs, ce qui en fait l’outil parfait pour intégrer les perspectives autochtones aux solutions climatiques. Mais elles ne sont qu’un outil, et entre les mauvaises mains, elles peuvent devenir des armes. D’où l’importance de s’interroger sur les valeurs qui sous-tendent leur utilisation.
Par le passé, les politiques du Canada visaient à assimiler et à éradiquer les peuples autochtones. Par exemple, certaines minaient la gouvernance autochtone en ciblant les pratiques cérémonielles. Notamment, les potlatchs, organisés sur la côte nord-ouest, ont été bannis par le gouvernement fédéral de 1885 à 1950 par une politique (Acte à l’effet de modifier de nouveau « l’Acte relatif aux Sauvages, 1880 », article 3, cité dans Indigenous Corporate Training, Inc., s.d.). Outre ses répercussions sur la gouvernance autochtone, cette loi a entravé l’expression culturelle et révélé la puissance des politiques comme outils d’oppression (Monkman, Lenard, 2017).
D’autres politiques ont déplacé les peuples autochtones vers les réserves, ce qui a limité leur accès à leurs Territoires et par le fait même érodé leurs pratiques culturelles et leur connexion à la Terre. Dans certains cas, les terres choisies pour les réserves (généralement jugées inférieures par les colonisateurs) ont entraîné une inadaptation aux changements climatiques : les familles déménagées sur des plaines inondables en vertu de la Loi sur les Indiens sont plus vulnérables aux inondations, comme on a pu le voir tout récemment lors de la rivière atmosphérique de 2021 en Colombie-Britannique (Chakraborty et coll., 2021; Alderhill Planning Inc., 2022; Yellow Old Woman-Munro et coll., 2021).
Les politiques permettent d’opérationnaliser les valeurs, ce qui en fait l’outil parfait pour intégrer les perspectives autochtones aux solutions climatiques.
Si certains gouvernements et ministères revoient leurs approches pour l’établissement et la gestion des relations avec les peuples autochtones, l’analyse des plans climatiques canadiens de Reed et coll. (2021) révèle des échecs répétés dans le respect des droits autochtones à l’autodétermination, au consentement préalable, donné librement et en connaissance de cause ou à des relations de nation à nation dignes de ce nom. Loin d’être le seul, le programme de leadership climatique autochtone des Premières Nations de Colombie-Britannique en est néanmoins un exemple parfait : il prévoit environ deux ans de « dialogue constructif » avec les Premières Nations pour élaborer un mémoire au Cabinet fédéral, dont la version provisoire fera probablement l’objet d’une consultation interministérielle (gouvernement du Canada, 2020) avant d’être soumise à l’examen du Cabinet pour une décision, un processus encadré par des règles de confidentialité. Bien que la confidentialité permette aux ministres de s’exprimer librement, ce qui favorise la bonne gouvernance (Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada, 2014), elle limite aussi la transparence des décisions qui se répercutent sur les peuples autochtones, et empêche les titulaires de droits et détenteurs de titres autochtones de participer à la décision, ce qui nuit aux visées collaboratives du dialogue constructif et de l’élaboration conjointe. Selon une personne consultée récemment, « le Canada n’atteint jamais ses objectifs d’inclusivité en raison de ce processus du Cabinet. Ce n’est que lorsque cet obstacle sera éliminé que le Canada pourra nous considérer comme des personnes à part entière et respecter nos droits » (Naqsmist et BCAFN, 2024b).
Cette exclusion marginalise les perspectives et la gouvernance autochtones, ainsi que la reconnaissance, la protection et l’application des droits autochtones, qui offrent pourtant des réponses aux questions sous-tendant nombre de politiques climatiques. Pour aller vers une approche qui aiderait les peuples autochtones au lieu de leur nuire – et qui lutterait réellement contre la crise climatique –, Indigenous Climate Action conclut que « les politiques doivent s’articuler autour de nos visions du monde et de nos approches de gouvernance diversifiées, [qui sont] fondées sur nos relations avec la Terre, notre savoir ancestral et notre souci des générations futures » (ICA, 2022). Afin de corriger le problème de gouvernance soulevé et de progressivement placer le savoir, la gouvernance et les façons d’être autochtones au cœur des politiques climatiques, il serait avisé d’ancrer l’élaboration et la mise en application des politiques climatiques dans la Cérémonie.
La lumière
« La Cérémonie concentre l’attention pour la transformer en intention. Le fait de nous unir pour revendiquer nos idées devant notre communauté nous responsabilise. Les cérémonies transcendent l’individu pour trouver un écho au-delà du monde humain. Ces actes de révérence sont puissamment pragmatiques; ce sont des cérémonies qui magnifient la vie. » — Robin Wall Kimmerer (2013)
Les Gardiens du savoir au rassemblement ont fait valoir que, pour régler la crise climatique, nous devrons nous acquitter de nos devoirs, les uns envers les autres, et envers la Création. Bien adaptée au contexte avec les protocoles convenables, la Cérémonie ouvre la porte à une façon d’être qui nous lie à tout ce qui nous entoure et nous aide à mieux voir, déléguer et assumer nos responsabilités.
Cette force de connexion de la Cérémonie rappelle la langue nsyilxcen (Syilx Okanagan), dans laquelle le mot tmixʷ se traduit approximativement par « toute chose vivante », et le mot tmxʷulaxʷ, par « Terre ». Selon Jeanette Armstrong, tmixʷ se traduit littéralement par « force vitale », et tmxʷulaxʷ, par « lieu de la force vitale ». Les humains font partie de la force vitale, « par le paradigme social de l’autochtonie [qui promeut] la réciprocité dans la régénération de toutes les formes de vie d’un lieu » (Armstrong, 2012).
C’est pourquoi la Cérémonie de gouvernance est davantage axée sur le processus que sur les résultats; elle aide à ancrer les participants dans une révérence incarnée pour la Terre et la Création. En honorant cette façon de vivre, l’esprit et les décisions s’harmonisent avec l’intention. Historiquement, chaque personne apportant sa propre intention, le groupe n’entreprenait la recherche de solutions qu’après avoir entendu tout le monde.
La Cérémonie représente la connexion à l’identité autochtone, à l’intention individuelle et collective dans le lieu de la force vitale. Le respect des droits autochtones passe par celui de la Cérémonie, qui favorise les relations avec la Terre et la Création. Ainsi, dans les espaces tant autochtones que coloniaux, les institutions, les organes de gouvernance et les structures et relations politiques, économiques et sociales doivent donc être fondés sur la Cérémonie.
Si l’on revient aux 13 premiers points du mandat des Gardiens du savoir à la lumière de ces informations, on constate que chacun s’inscrit dans une solution climatique plus vaste. La Cérémonie rend les relations entre les différents points plus importantes que les points pris individuellement. C’est que chacun d’entre nous, à titre de composantes du lieu de la force vitale, doit apporter sa contribution saine pour veiller à la santé du système tout entier. Cela nous encourage à transcender les barrières personnelles et structurelles pour atteindre l’interconnectivité au profit de toute chose.
Les enjeux en lien avec la Terre et les relations sont propres à chaque communauté; nous aurons donc besoin de solutions adaptées pour aborder efficacement notre relation complexe avec mère Nature. Le choix autodéterminé d’une Première Nation d’exécuter – et le soutien des gouvernements envers – l’un ou l’autre des points du mandat est une forme d’action climatique, car tous les points sont interreliés. Une approche fragmentée se limitant aux priorités climatiques coloniales ne respectera jamais réellement les droits autochtones. La Cérémonie nous rappelle pourquoi les approches autochtones, ancrées dans les traditions et les priorités de chaque communauté et dans la révérence envers la Terre, sont si essentielles.
Si la voie à suivre n’est pas toujours claire, nous savons néanmoins que rien n’est possible sans la Cérémonie; liant les humains à la Terre, elle est toute désignée pour servir de fondation aux politiques climatiques et pour tous nous y ancrer
La priorité qu’accorde la Cérémonie à la réciprocité et à la responsabilité, deux concepts qu’elle renforce, est critique. Elle nous rappelle notre rôle dans la Création : les lois Sacrées et de la Nature nous enseignent comment exister dans le monde et nous porter responsables et garants de nos actions. Si la voie à suivre n’est pas toujours claire, nous savons néanmoins que rien n’est possible sans la Cérémonie; liant les humains à la Terre, elle est toute désignée pour servir de fondation aux politiques climatiques et pour tous nous y ancrer.
La voie à suivre
Face à la crise climatique, la Cérémonie est nécessaire à l’adaptation et à l’atténuation parce qu’elle nous permet de nous replacer dans le contexte des lois Sacrées et de la Nature et d’harmoniser nos actions avec les besoins de mère Nature. Les processus d’élaboration de politiques doivent donc être éclairés par la Cérémonie et le savoir autochtone. La Cérémonie met au jour les lacunes des politiques proposées et nous aide à trouver les mots pour exprimer nos émotions en lien avec les échecs systémiques. Nous ne pouvons guérir sans reconnaître, et la Cérémonie nous permet de reconnaître certaines insuffisances des politiques climatiques canadiennes par rapport aux perspectives autochtones.
Sachant cela, l’élaboration de politiques climatiques efficaces requiert une approche holistique, ancrée avec intention dans le lieu et dans la Cérémonie. À partir des réflexions de Naqsmist sur le rassemblement, nous avons préparé les recommandations suivantes à l’intention des décideurs de toutes les cultures et de tous les ordres de gouvernement :
- Les politiques climatiques doivent s’appuyer sur l’application continue de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (DNUDPA).
Les articles suivants sont particulièrement pertinents pour nos recommandations : 1, 2, 3, 4, 5, 8, 11, 12, 13, 15, 18, 19, 20, 22, 24, 25, 26, 27, 29, 31, 32, 34, 35, 37, 38, 39, 43, 44 et 45. De manière générale, l’annexe de la DNUDPA doit guider l’application de ces articles pour assurer la convenance de cette approche du respect des droits autochtones (Organisation des Nations Unies, 2007).
- Les gouvernements fédéral et provinciaux doivent soutenir les Premières Nations et fournir des ressources ciblées pour des cérémonies respectueuses de la culture et autodéterminées.
Les Premières Nations et les autres groupes autochtones devraient continuer de pratiquer leurs cérémonies et de les promouvoir comme outil relationnel, entre les humains et avec la Terre. En outre, la Cérémonie doit faire partie intégrante et constante de tout processus d’élaboration conjointe ou de consultation entre les gouvernements canadiens et les Premières Nations. Toutes les parties impliquées dans la création de politiques devraient jouer un rôle actif ou d’observation dans la Cérémonie, selon le cas. Il faudra notamment financer la participation de Gardiens du savoir aux processus d’élaboration de politiques, en reconnaissance du savoir que leur confèrent leurs expériences spirituelles et avec la Terre, de même qu’appuyer les communautés dans leurs cérémonies et rites de passage à l’âge adulte, afin de créer de nouvelles générations de Gardiens du savoir qui préserveront et renforceront la connexion humaine avec la Terre. Toutefois, il faudra aussi prendre garde à ne pas dénaturer, panautochtoniser ou diluer les processus cérémonieux. La Cérémonie ne doit pas devenir un outil d’inclusivité de façade; elle doit être comprise et pratiquée comme une responsabilité continuelle envers les lois et les protocoles Sacrés et de la Nature.
- Les gouvernements fédéral et provinciaux doivent laisser les Premières Nations guider l’élaboration autochtone/allochtone de politiques et de lois climatiques.
Un processus guidé par les Premières Nations est un processus équitable et axé sur une participation respectueuse des droits qui favorise des espaces de discussion sûrs tenus par des éducateurs, des guides et des leaders spirituels autochtones (Shallard et Wale, 2023). Les peuples autochtones doivent exercer leur droit au consentement préalable, donné librement et en connaissance de cause lorsqu’une politique se répercute sur leur droit à leurs terres, à leurs territoires ou à leurs ressources; des pratiques cérémonielles adaptées à la culture et au contexte doivent être incorporées dès le début. Les processus d’élaboration de politiques pourraient entre autres incorporer des éléments de réflexion et de partage des réflexions, dans une optique de transparence sur l’inclusion et le respect du savoir autochtone, notamment sur les façons d’accroître cette inclusion et sur le poids de ce savoir dans les décisions. Qui plus est, nombre de Premières Nations et de groupes autochtones disposent déjà de lois (lois Sacrées et de la Nature, parfois sous forme de traditions écrites ou autres) en lien avec le climat, lois qui doivent être respectées dans les processus de gouvernance collaborative avec les gouvernements canadiens. Bien qu’il existe des obstacles systémiques majeurs aux relations de nation à nation sincères dans l’élaboration de politiques climatiques, y compris au sein du Cabinet fédéral, la Cérémonie permet aux perspectives autochtones de contextualiser et d’orienter les échanges, en plus de faciliter l’apprentissage interculturel et de promouvoir une approche axée sur le cœur et la Terre et pouvant évoluer graduellement.
- Au fil du temps, les gouvernements fédéral et provinciaux devront procéder à un changement de paradigme pour articuler l’élaboration de politiques climatiques autour de la santé de la Terre, grâce au respect et à l’incorporation de la Cérémonie et des lois Sacrées et de la Nature dans les processus décisionnels et les approches de mise en œuvre.
Autrement dit, comme le veut le 14e point du mandat, tous doivent travailler ensemble pour bâtir une nouvelle relation avec mère Nature. Ainsi, un changement de paradigme sera nécessaire dans la transition de décisions et de politiques axées sur la personne et le profit vers des décisions et des politiques axées sur la Terre, le climat et les lois Sacrées et de la Nature. Ce changement devra s’opérer dans des espaces tant coloniaux qu’autochtones; la Cérémonie est un outil rassembleur qui nous aide à mieux mener notre vie. Les ministères dont les mandats sont en conflit devraient s’unir et consulter les peuples autochtones de bonne foi sur les enjeux du monde naturel qui, comme nous l’a appris le présent document, touchent tous les ministères, car les humains font partie du monde naturel. La participation à la Cérémonie est un acte de bonne foi; puisqu’on la retrouve dans de plus en plus d’initiatives de gouvernance conjointe entre les peuples autochtones et les gouvernements canadiens, nous avons espoir de voir se produire de petits changements à l’échelle individuelle qui entraîneront éventuellement des changements systémiques pour le bien de tous et de la Terre. En outre, le financement d’initiatives de recherche sur les collaborations entre les communautés autochtones, le milieu universitaire et les gouvernements pourrait améliorer notre compréhension des façons dont la Cérémonie et les politiques peuvent se combiner pour promouvoir non seulement le leadership climatique des Premières Nations, mais aussi le changement de paradigme voulu. Nous espérons que, tranquillement, l’expansion de la Cérémonie dans les espaces de gouvernance réduira le fardeau de la participation des Autochtones à des initiatives isolées qui ne correspondent pas à leurs perspectives du monde et présentent une transparence et une responsabilisation lacunaires, et encouragera de meilleures relations et interrelations entre les Premières Nations, les autres communautés autochtones et les gouvernements canadiens.
Conclusion
C’est qu’avec le temps, la Cérémonie nous rappellera qui nous sommes
Nous croyons que les bons protocoles et la Cérémonie – même en l’absence d’une voie à suivre ou de résultats clairs – ont le pouvoir de continuer à dégager les éléments qui nous permettront de réformer les politiques climatiques coloniales pour entreprendre une lutte efficace contre la crise climatique. C’est qu’avec le temps, la Cérémonie nous rappellera qui nous sommes, et nos gestes refléteront cette nouvelle compréhension.
Au bout du compte, la valeur de la Cérémonie ne se trouve ni dans la pensée ni dans l’analyse logique, mais plutôt dans les expériences et la connexion qui appellent à l’action. Comme l’explique le Kukpi7 Fred Robbins, « nous devons connaître notre Territoire – l’endroit où le soleil se lève et se couche, les façons dont le vent souffle le matin et le soir. La Terre est une chose qui ne se possède pas, on ne peut qu’éprouver un sentiment d’appartenance envers elle » (Naqsmist et BCAFNa, 2024). Ce sentiment d’appartenance, c’est ce que les Gardiens du savoir cherchent à nous faire comprendre. Comme dans la prophétie des quatre frères, ils ont un don à partager. Mais ce don saura-t-il nous rassembler?
Références (cliquez pour agrandir)
Alderhill Planning Inc. 2022. Summary of First Nations and Local Government Engagements on the B.C. Flood Strategy Intentions Paper, province de la Colombie-Britannique. https://engage.gov.bc.ca/app/uploads/sites/797/2023/06/Alderhill_WWHR_FINAL_Mar-2023.pdf.
Armstrong, Jeannette C. 2009. Constructing Indigeneity: Syilx Okanagan Oriliture and Tmixwcentrism, thèse de doctorat, Université de Greifswald (Ernst-Moritz-Arndt), décembre. https://nbn-resolving.org/urn:nbn:de:gbv:9-001322-9.
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British Columbia Assembly of First Nations (BCAFN). 2024. BC First Nations Climate Leadership Agenda. Consulté le 28 février 2024. https://www.bcafn.ca/priority-areas/environment/climate-emergency/bc-fncl-agenda.
Cajete, Gregory. 2000. Native Science: Natural Laws of Interdependence, Santa Fe : Clear Light Publishers.
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Chakraborty, Liton, Jason Thistlethwaite et Andrea Minano. 2021. « Leveraging Hazard, Exposure, and Social Vulnerability Data to Assess Flood Risk to Indigenous Communities in Canada », International Journal of Disaster Risk Science, vol. 12, p. 821-838, décembre. https://doi.org/10.1007/s13753-021-00383-1.
Conférenciers du Onjisay Aki—Our Changing Earth—International Climate Summit (Onjisay Aki). 2017. Onjisay Aki International Climate Calls to Action. Consulté le 3 mars 2024. https://onjisay-aki.org/onjisay-aki-international-climate-calls-action.
Deranger, Eriel T. 2021. The Climate Emergency & the Colonial Response, Yellowhead Institute, 2 juillet. Consulté le 3 mars 2024. https://yellowheadinstitute.org/2021/07/02/climate-emergency-colonial-response/.
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Notes
Indigenous Climate Action
ᐋᖅᑭᒋᐊᕈᑎᖃᕐᓂᖅ ᐅᕙᑦᑎᓐᓂᑦ | Notre positionnement
Le présent travail est mené par l’Indigenous Climate Action (ICA), une organisation dirigée par des Autochtones qui œuvre pour soutenir les communautés autochtones dans le renforcement de leur rôle en tant que chefs de file dans la mise en œuvre de solutions au changement climatique. Nos programmes actuels sont conçus pour responsabiliser les communautés autochtones à agir contre le changement climatique et favoriser le développement de solutions communautaires ancrées dans les connaissances et les pratiques autochtones.
Le besoin de recherche a été déterminé dans les conversations que notre organisation a tenues avec des parents inuits par l’entremise de mobilisations informelles avec le comité de direction et le conseil consultatif de l’ICA. L’étude de cas offre à l’ICA l’occasion de critiquer sainement notre propre travail, en particulier dans le domaine de notre projet de Décolonisation de la politique climatique (DPC), qui vise à enquêter sur les insuffisances et les problèmes associés à la politique climatique canadienne tout en soutenant et en développant une politique climatique dirigée par des autochtones (ICA, 2024).
L’étude de cas est l’occasion pour l’ICA de réfléchir à ses méthodes de recherche et à son processus éthique. C’est un jalon pour les travaux futurs sur de meilleurs processus de mobilisation des Inuits, qui éclairera la DPC 3 et d’autres travaux pertinents.
ᑕᒪᓐᓇ ᐱᓕᕆᐊᖑᔪᖅ ᐊᐅᓚᑕᐅᓪᓗᓂ ᓄᓇᖃᖅᑳᖅᓯᒪᔪᐃᑦ ᓯᓚᐅᑉ ᐊᓯᔾᔨᐸᓪᓕᐊᓂᖓᓄᑦ ᐊᐅᓚᔾᔭᒋᐊᕈᑎᖃᕐᓂᕐᒧᑦ (ICA), ᓄᓇᖃᖅᑳᖅᓯᒪᔪᓄᑦ ᓯᕗᓕᖅᑕᐅᓪᓗᓂ ᑎᒥᐅᔪᖅ ᐱᔾᔪᑎᖃᖅᑐᓂ ᐃᑲᔪᖅᑐᐃᓂᕐᒥ ᓄᓇᖃᖅᑳᖅᓯᒪᔪᐃᑦ ᓄᓇᓕᖏᓐᓂᑦ ᐅᔾᔨᕈᓱᓕᖅᑎᒃᑲᓐᓂᖅᑐᒋᑦ ᓯᕗᓕᖅᑎᐅᔭᕆᐊᖃᕐᓂᖏᓐᓂᑦ ᐊᔭᐅᕆᓂᕐᒥ ᓯᓚᐅᑉ ᐊᓯᔾᔨᐸᓪᓕᐊᓂᖓᓄᑦ ᐋᖅᑭᒋᐊᕈᑕᐅᒍᓐᓇᖅᑐᓂᑦ. ᒫᓐᓇᒃᑯᑦ ᐱᓕᕆᐊᑦᓴᖁᑎᕗᑦ ᓴᓇᔭᐅᓯᒪᔪᑦ ᓴᙱᓕᖅᑎᑦᓯᒋᐊᕆᓂᕐᒥ ᓄᓇᖃᖅᑳᖅᓯᒪᔪᐃᑦ ᓄᓇᓕᖏᓐᓂᑦ ᐊᐅᓚᔾᔭᒋᐊᕈᑎᒋᓗᒍ ᓯᓚᐅᑉ ᐊᓯᔾᔨᐸᓪᓕᐊᓂᖓ ᑎᒍᓯᒋᐊᖅᑎᑦᓯᓪᓗᑎᓪᓗ ᐱᕙᓪᓕᐊᑎᑦᓯᓂᕐᒥ ᓄᓇᓕᖃᖅᑐᓄᓪᓗ ᓯᕗᓕᖅᑕᐅᔪᓂᑦ ᖃᓄᖅᑑᕈᑎᖃᕐᓗᑎᑦ ᑐᙵᕕᖃᖅᑐᓂᑦ ᓄᓇᖃᖅᑳᖅᓯᒪᔪᐃᑦ ᖃᐅᔨᒪᔭᑐᖃᖏᓐᓂᑦ ᐱᓕᕆᔾᔪᓯᑐᖃᖏᓐᓂᓪᓗ.
ᑕᒪᓐᓇ ᓇᓗᓇᐃᖅᑕᐅᓯᒪᔪᖅ ᖃᐅᔨᓴᕈᑕᐅᒋᐊᖃᕐᓂᖓᓂ ᐱᓯᒪᔪᖅ ᐅᖃᖃᑎᒌᒍᑕᐅᖃᑦᑕᖅᓯᒪᔪᓂᑦ ᑎᒥᖁᑎᑦᑎᓐᓄᑦ ᑲᑎᑎᑦᓯᓪᓗᑎᑦ ᐃᓄᓐᓂᑦ ᐃᓚᒌᑦᑐᓂᑦ ᑖᒃᑯᓂᖓ ᓄᓇᖃᖅᑳᖅᓯᒪᔪᐃᑦ ᓯᓚᐅᑉ ᐊᓯᔾᔨᐸᓪᓕᐊᓂᖓᓄᑦ ᐊᐅᓚᔾᔭᒋᐊᕈᑎᖃᕐᓂᕐᒧᑦ ᑲᑎᒪᔨᕋᓛᖏᓐᓄᑦ ᐊᒻᒪᓗ ᐅᖃᐅᔾᔨᒋᐊᕐᓂᕐᒧᑦ ᑲᑎᒪᔨᖏᓐᓂ. ᑕᒪᓐᓇ ᖃᐅᔨᓴᕈᑕᐅᓂᖓ ᐱᕕᑦᓴᖃᖅᑎᑦᓯᔪᖅ ᓄᓇᖃᖅᑳᖅᓯᒪᔪᐃᑦ ᓯᓚᐅᑉ ᐊᓯᔾᔨᐸᓪᓕᐊᓂᖓᓄᑦ ᐊᐅᓚᔾᔭᒋᐊᕈᑎᖃᕐᓂᕐᒧᑦ ᐃᓚᐅᑎᑦᓯᓂᕐᒥ ᕿᒥᕐᕈᔭᐅᓗᓂ ᖃᓄᖅ ᐋᖅᑭᒋᐊᖅᑐᑦᓴᐅᒻᒪᖔᖅ ᐱᓕᕆᐊᕆᓯᒪᔭᕗᑦ, ᐱᓗᐊᖅᑐᒥ ᐃᓗᓕᖃᖅᑐᑦ ᐱᓕᕆᐊᕆᓯᒪᔭᑦᑎᓐᓂ ᑎᒍᓯᒋᐊᕈᑎᖃᕐᓂᖅ ᐊᐅᓚᑦᓯᓂᕐᒥ ᓯᓚᐅᑉ ᐊᓯᔾᔨᐸᓪᓕᐊᓂᖓᓄᑦ ᐊᑐᐊᒐᓕᐅᕈᑎᖃᕐᓂᕐᒥ ᐱᓕᕆᐊᑦᑎᓐᓂ (DCP), “ᑐᕌᒐᖃᖅᑐᓂ ᖃᐅᔨᓴᕆᐊᕈᑎᖃᕐᓂᕐᒥ ᐱᑕᖃᙱᓗᐊᖅᓯᒪᔪᓂᑦ ᐱᓇᐃᓗᑕᕈᖅᓯᒪᔪᓂᓪᓗ ᐊᑦᑐᐊᓂᖃᖅᑐᓂ ᖃᓇᑕᐅᑉ ᓯᓚᐅᑉ ᐊᓯᔾᔨᐸᓪᓕᐊᓂᖓᓄᑦ ᐊᑐᐊᒐᓕᐅᕈᑎᒋᓯᒪᔭᖏᓪᓕ, ᐊᑕᐅᑦᓯᑯᑦᓴᐃᓐᓇᖅ ᐃᑲᔪᖅᑐᐃᓪᓗᓂ, ᐱᕙᓪᓕᐊᑎᑦᓯᓪᓗᓕᔾ; ᓄᓇᖃᖅᑳᖅᓯᒪᔪᓄᑦ-ᓯᕗᓕᖅᑕᐅᔪᓂᑦ ᓯᓚᐅᑉ ᐊᓯᔾᔨᐸᓪᓕᐊᓂᖓᓄᑦ ᐊᑐᐊᒐᓕᐅᕈᑎᖃᕐᓂᕐᒥ (ICA, 2024)”.
ᑖᓐᓇ ᖃᐅᔨᓴᕈᑕᐅᓯᒪᔪᖅ ᐱᕕᑦᓴᖃᕆᐊᖅᑎᑦᓯᕗᖅ ᓄᓇᖃᖅᑳᖅᓯᒪᔪᐃᑦ ᓯᓚᐅᑉ ᐊᓯᔾᔨᐸᓪᓕᐊᓂᖓᓄᑦ ᐊᐅᓚᔾᔭᒋᐊᕈᑎᖃᕐᓂᕐᒧᑦ ᑎᒥᖁᑎᖓᓐᓂ ᑕᑯᒋᐊᕐᓗᑎᑦ ᐃᒻᒥᓄᑦ ᖃᓄᖅ ᖃᐅᔨᓴᕈᑎᖃᖃᑦᑕᕐᒪᖔᑦᑕ ᐊᒻᒪᓗ ᒪᓕᑦᑕᐅᒋᐊᓕᓐᓂᑦ ᐊᑐᐊᒐᖃᑦᓯᐊᕋᓗᐊᕐᒪᖔᑦᑕ. ᐊᓪᓗᕆᐊᕐᕕᑦᓴᐅᓪᓗᓂ ᓯᕗᓂᑦᓴᑎᓐᓂ ᐱᓇᓱᐊᖃᑎᖃᑦᓯᐊᓂᖅᓴᐅᓗᑕ ᐃᓄᓐᓂᑦ, ᐃᓗᓪᓕᖅᑐᐃᒍᑕᐅᓂᐊᕆᓪᓗᓂ DCP 3 ᐊᒻᒪᓗ ᐊᓯᖏᓐᓂ ᐊᑦᑐᐊᓂᖃᖅᑐᓂᑦ ᐱᓇᓱᐊᕈᑕᐅᔪᓂᑦ.
ᓄᐃᑎᑦᓯᒋᐊᙵᐅᑎ | Introduction
Nous savons que différents environnements créent différents contextes dans lesquels se déroule la crise climatique. Par conséquent, les réponses à la crise climatique varient selon les communautés autochtones en raison de facteurs socioéconomiques, géopolitiques, culturels et historiques.
Les peuples et communautés autochtones ont été et continuent d’être structurellement exclus de la création et de la mise en œuvre du cadre actuel de la politique climatique du Canada. Cela viole notre droit à l’autodétermination ainsi que le droit au consentement préalable, donné librement et en connaissance de cause (CPLCC), qui est le droit inhérent des communautés autochtones à pouvoir accepter ou refuser tous les projets de développement susceptibles d’affecter les droits collectifs de leurs communautés (What is FPIC, s.d.). Dans la phase 1 de la Décolonisation de la politique climatique, nous avons souligné l’échec du gouvernement fédéral à respecter les engagements envers une relation de nation à nation et Inuit-Couronne, en citant des exemples de violations du droit des peuples autochtones à l’autodétermination et au consentement préalable, donné librement et en connaissance de cause dans la rédaction du Cadre pancanadien sur la croissance propre et les changements climatiques ainsi que du plan pour un environnement sain et une économie saine.
Les Inuits ont été et continuent d’être activement engagés dans l’atténuation des impacts du changement climatique sur leurs terres malgré leur exclusion structurelle du développement des politiques climatiques fédérales. Le but de cette étude est de valoriser la richesse et la validité des savoirs inuits et de souligner l’importance des points de vue inuits dans les politiques climatiques. Ce travail exploratoire est essentiel pour comprendre comment Indigenous Climate Action peut participer et contribuer à une mobilisation et à une représentation appropriées des connaissances et de la vision du monde inuites dans les politiques climatiques. Nous commençons par exposer certains des obstacles auxquels les Inuits sont confrontés pour participer aux politiques climatiques. Ensuite, nous apprenons comment les Inuits répondent à ces obstacles. Enfin, nous explorons comment nous pouvons aller de l’avant dans l’inclusion équitable des points de vue inuits dans les politiques climatiques en tant que camarades œuvrant pour la vision partagée de la justice climatique.
Voici les objectifs de l’étude de cas :
- Développer une compréhension des approches inuites des politiques climatiques dans l’ensemble du Canada selon leurs propres enseignements, lois et vision du monde.
- Rechercher et soutenir des recommandations qui garantissent que les droits, visions du monde et lois inuits soient représentés équitablement dans le projet de Décolonisation de la politique climatique de l’ICA. Un sous-objectif de cet objectif est d’encourager d’autres organisations environnementales et ordres de gouvernement à entreprendre des efforts similaires.
- Renforcer la relation entre Indigenous Climate Action et les Inuits vivant dans l’Inuit Nunangat.
ᖃᐅᔨᒪᕗᒍᑦ ᐊᔾᔨᒌᙱᓐᓂᖃᖅᑐᑦ ᐊᕙᑏᑦ ᐊᔾᔨᒌᙱᑦᑑᑎᓂᑦ ᐊᑐᖅᐸᓪᓕᐊᒻᒪᑕ ᓯᓚᐅᑉ ᐊᓯᔾᔨᐸᓪᓕᐊᓂᖓᓄᑦ. ᐱᔾᔪᑎᒋᓪᓗᒍ, ᑭᐅᔾᔪᑎᑦᓴᓕᐊᕆᔭᐅᓯᒪᔪᑦ ᓯᓚᐅᑉ ᐊᓯᔾᔨᐸᓪᓕᐊᓂᖓᓄᑦ ᓄᓇᖃᖅᑳᖅᓯᒪᔫᖃᑎᒌᓂ ᐊᔾᔨᒌᙱᓐᓂᖃᓪᓛᔪᖅ ᐱᔾᔪᑎᒋᓪᓗᒋᑦ ᐃᓅᖃᑎᒌᑦᑐᑦ-ᑮᓇᐅᔭᓕᐅᕈᓐᓇᕐᓂᖏᑦ, ᓄᓇᖏᑕ ᒐᕙᒪᓄᑦ ᐊᐅᓚᑕᐅᓂᖏᑦ, ᐃᓕᖅᑯᓯᖃᖃᑎᒌᙱᓐᓂᕐᒧᑦ ᐊᒻᒪᓗ ᐊᔾᔨᒌᙱᑦᑐᓂᑦ ᐊᑑᑎᓯᒪᓂᖏᓐᓂᑦ.
ᓄᓇᖃᖅᑳᖅᓯᒪᔪᐃᑦ ᐊᒻᒪᓗ ᓄᓇᓕᖏᑦ ᐃᓚᐅᑎᑕᐅᙱᓐᓇᓕᒫᖅᑐᑦ ᐋᖅᑭᓱᖅᓯᒪᔪᑎᒍᓪᓗ ᐃᓚᐃᓐᓈᖅᑕᐅᓪᓗᑎᑦ ᓴᓇᔭᐅᓂᖏᓐᓄᑦ ᐊᑐᓕᖅᑎᑕᐅᕙᓪᓕᐊᓂᖏᓐᓂᓪᓗ ᑲᓇᑕᐅᑉ ᓯᓚᒥ ᐊᓯᔾᔨᐸᓪᓕᐊᓂᕐᒧᑦ ᐊᑐᐊᒐᓕᐊᕆᕙᑦᑕᖏᓐᓄᑦ. ᑕᒪᓐᓇ ᓯᖁᒥᑦᓯᓂᐅᔪᖅ ᐱᔪᓐᓇᐅᑎᖃᕐᓂᕐᒥ ᓇᒻᒥᓂᖅᓱᕈᓐᓇᓂᕐᒧᑦ ᐱᖃᓯᐅᓪᓗᒍᓪᓗ ᐱᔪᓐᓇᐅᑎᖃᕐᓂᖅ ᐊᑭᖃᙱᑦᑐᒥᒃ, ᓯᕗᓂᐊᒍᑦ ᑐᑭᓯᒪᑎᑕᐅᑦᓯᐊᕐᓗᑎᑦ ᐊᖏᕈᑕᐅᒋᐊᖃᕐᓂᖓᓂ, ᐱᑖᕆᓯᒪᒐᒥᐅᒃ “ᐱᔪᓐᓇᐅᑎᖃᕐᓂᖅ ᓄᓇᖃᖅᑳᖅᓯᒪᔪᓄᑦ ᐊᖏᕈᓐᓇᕐᓗᑎᑦ ‘ᐄ’ ᐅᑉᕙᓘᓐᓃᑦ ‘ᐋᒡᒐ’ ᐱᕙᓪᓕᐊᑎᑕᐅᒐᓱᐊᖅᑐᓕᒫᕐᓂᑦ ᐊᑦᑐᐃᓂᖃᕈᓐᓇᖅᑐᓂᑦ ᐱᔪᓐᓇᐅᑎᖃᕐᓂᖏᓐᓂ ᓄᓇᓕᖏᑦᑕ (ᓱᓇᐅᓂᖓ FPIC, n.d.)”. ᐱᓕᕆᐊᖑᓂᖓ ᓯᕗᓪᓕᕐᒥ (1) ᑎᒍᓯᒋᐊᕈᑎᖃᕐᓂᖅ ᐊᐅᓚᑦᓯᓂᕐᒥ ᓯᓚᐅᑉ ᐊᓯᔾᔨᐸᓪᓕᐊᓂᖓᓄᑦ ᐊᑐᐊᒐᓕᐅᕈᑎᖃᕐᓂᕐᒥ, ᐊᓚᒡᒐᐃᒋᐊᒃᑲᓐᓂᖅᑎᓚᐅᖅᑕᕗᑦ ᒐᕙᒪᑐᖃᒃᑯᑦ ᐊᑐᕐᓂᐊᕐᓂᕋᖅᓯᒪᔭᒥᓂᑦ ᒪᓕᙱᑦᓯᒪᓂᕆᔭᖓ ᑲᓇᑕᓕᒫᕐᒥ ᐃᓄᐃᑦ ᒐᕙᒪᑐᖃᒃᑯᓪᓗ ᐱᓇᓱᐊᖃᑎᒌᓐᓂᖏᑕ, ᐆᑦᑑᑎᖃᖅᑐᖅ ᓯᖁᒥᑦᓯᓯᒪᓂᖏᑕ ᓄᓇᖃᖅᑳᖅᓯᒪᔪᐃᑦ ᐱᔪᓐᓇᐅᑎᖏᓐᓂᑦ ᓇᒻᒥᓂᖅᓱᕈᒪᓂᕐᒧᑦ ᐊᒻᒪᓗ ᐊᑭᖃᙱᑦᑐᒥᒃ, ᓯᕗᓂᐊᒍᑦ ᑐᑭᓯᒪᑎᑕᐅᑦᓯᐊᕐᓗᑎᑦ ᐊᖏᕈᑕᐅᒋᐊᖃᕐᓂᖓᓂ ᑎᑎᕋᖅᑕᐅᕙᓪᓕᐊᓂᖓ ᑲᓇᑕᓕᒫᕐᒨᖓᔪᖅ ᐱᓇᓱᐊᕐᓂᕐᒧᑦ ᐊᑐᐊᒐᖅ ᓴᓗᒪᔪᓂᑦ ᐱᕈᖅᐸᓪᓕᐊᒍᑎᖃᕐᓗᑎᑦ ᐊᒻᒪᓗ ᓯᓚᐅᑉ ᐊᓯᔾᔨᐸᓪᓕᐊᓂᖓᓄᑦ ᐱᖃᓯᐅᓪᓗᒍ ᖃᓄᐃᙱᑦᓯᐊᖅᑐᒥ ᐊᕙᑎᖃᕆᐊᖃᕐᓂᖅ ᐊᒻᒪᓗ ᑮᓇᐅᔭᓕᐅᕋᓱᐊᕈᑎᖃᕐᓂᕐᒧᑦ ᐸᕐᓇᐅᑎᒥ.
ᐃᓄᐃᑦ ᐃᓚᐅᖃᑕᐅᖏᓐᓇᖅᑐᑦ ᐊᑐᓕᖅᑎᑦᓯᑦᑕᐃᓕᓂᕐᒥ ᐊᑦᑐᖅᑕᐅᒍᑕᐅᒍᓐᓇᖅᑐᓄᑦ ᓯᓚᐅᑉ ᐊᓯᔾᔨᐸᓪᓕᐊᓂᖓᓄᑦ ᓄᓇᖏᓐᓂ ᓱᓇᒃᑯᑖᒻᒪᕆᓂ ᐱᑕᖃᖅᑎᑕᐅᙱᒃᑲᓗᐊᕋᒥᑦ ᒐᕙᒪᑐᖃᒃᑯᑦ ᐊᑐᐊᒐᓕᐊᕆᕙᑦᑕᖏᓐᓄᑦ. ᑕᒪᑐᒪ ᖃᐅᔨᓴᕆᐊᕐᓂᐅᑉ ᐱᔾᔪᑎᖓ ᒪᑭᑎᑦᓯᒋᐊᒃᑲᓐᓂᕈᒪᓪᓗᑎᑦ ᐱᑕᖃᓪᓚᕆᓐᓂᕆᔭᖓᓂᑦ ᓈᒻᒪᑦᓯᐊᕐᓂᕆᔭᖏᓐᓂᓪᓗ ᐃᓄᐃᑦ ᐱᔾᔪᓯᖏᑦ ᖃᐅᔨᒪᓂᕐᒧᑦ, ᐊᒻᒪᓗ ᑐᓴᖅᑎᑦᓯᒋᐊᒃᑲᓐᓂᕈᒪᓪᓗᑕ ᐱᒻᒪᕆᐅᓂᖏᓐᓂᑦ ᐃᓄᐃᑦ ᑕᑯᓐᓇᕐᓂᕆᔭᖏᑦ ᓯᓚᐅᑉ ᐊᓯᔾᔨᐸᓪᓕᐊᓂᖓᓄᑦ ᐊᑐᐊᒐᓕᐅᖃᑦᑕᓂᕐᒥ. ᑐᑭᓯᓇᑦᓯᐊᖅᑐᓂᑦ ᐃᓕᔾᔪᑎᑦᓴᖃᖅᑐᖅ ᒫᓐᓇᒃᑯᑦ ᐱᑕᖃᙱᓗᐊᕐᓂᖏᓐᓄᑦ ᐃᓚᐅᑎᑦᓯᒋᐊᕐᓂᕐᒧᑦ ᐱᓕᕆᔾᔪᓯᐅᕙᑦᑐᑦ ᐊᒻᒪᓗ ᐊᑐᐊᒐᓕᐅᖅᐸᓪᓕᐊᓂᕐᒧᑦ. ᐃᓄᐃᑦ ᐅᖃᐅᓯᖃᖃᑦᑕᐃᓐᓇᖅᓯᒪᔪᑦ ᓇᒻᒥᓂᖅ ᓯᕗᓪᓕᐅᑎᒍᒪᔭᕐᒥᓂᑦ ᐊᑐᐊᒐᓕᐅᕐᓂᕐᒧᑦ ᐃᓚᐅᑎᑦᓯᒋᐊᕐᓂᕐᒧᓪᓗ, ᑐᑭᓯᑎᑦᓯᒋᐊᖅᑐᑎᑦ ᐊᑑᑎᖃᓪᓚᕆᑦᑐᓂᑦ ᐃᒫᖓᐃᕆᐊᕈᑕᐅᒍᓐᓇᖅᑐᓂᓪᓗ. ᓄᓇᖃᖅᑳᖅᓯᒪᔪᐃᑦ ᓯᓚᐅᑉ ᐊᓯᔾᔨᐸᓪᓕᐊᓂᖓᓄᑦ ᐊᐅᓚᔾᔭᒋᐊᕈᑎᖏᑦ, ᐱᖃᓯᐅᓪᓗᒋᑦ ᐊᓯᖏᑦ ᐊᕙᑎᓕᕆᓂᕐᒧᑦ ᑎᒥᐅᔪᑦ, ᐃᓕᑦᑐᓐᓇᖅᑐᑦ ᐃᓕᑦᑕᕆᐊᖃᖅᑐᑎᓪᓗ ᑕᒪᒃᑯᓂᖓ ᐊᐅᓚᑦᓯᑦᓯᐊᕐᓂᕐᓴᐅᒍᓐᓇᖁᓪᓗᒋᑦ ᑲᑎᒪᓂᐅᔪᓂᑦ, ᑐᙵᕕᖃᕐᓂᖅᓴᓂᑦ ᖃᐅᔨᓴᕈᑎᖃᖅᐸᓪᓗᑎᑦ ᐊᑐᐊᒐᓕᐅᕈᑕᐅᓂᐊᖅᑐᓄᑦ ᐱᔾᔪᑎᒋᓪᓗᒍ ᑖᓐᓇ ᖃᐅᔨᓴᕈᑕᐅᔪᖅ.
ᑕᒪᓐᓇ ᕿᒥᕐᕈᔭᐅᕙᓪᓕᐊᔪᖅ ᑐᑭᓯᒋᐊᕈᑕᐅᒍᓐᓇᖅᑐᓂᑦ ᐱᓇᓱᐊᕈᑎᖃᕐᓂᖅ ᐱᒻᒪᕆᐅᔪᖅ ᑐᑭᓯᒪᖁᓪᓗᑕ ᖃᓄᖅ ᓄᓇᖃᖅᑳᖅᓯᒪᔪᐃᑦ ᓯᓚᐅᑉ ᐊᓯᔾᔨᐸᓪᓕᐊᓂᖓᓄᑦ ᐊᐅᓚᔾᔭᒋᐊᕈᑎᒋᓯᒪᔭᖏᑦ ᓈᒻᒪᑦᓯᐊᖅᑐᓂᑦ ᐃᓚᐅᑎᑦᓯᓂᕐᒥ ᑭᒡᒐᑐᖅᑕᐅᓗᑎᓪᓗ ᐃᓄᐃᑦ ᖃᐅᔨᒪᔭᑐᖃᖏᑦ ᓄᓇᕐᔪᐊᒥᓪᓗ ᑕᑯᓐᓇᕈᓯᖏᑦ ᓯᓚᒨᖓᔪᓂᑦ ᐊᑐᐊᒐᓕᐅᕈᑕᐅᕙᑦᑐᓄᑦ? ᐱᒋᐊᕈᑎᖃᖅᑯᒍᑦ ᓇᓗᓇᐃᔭᖅᑐᒋᑦ ᐃᓚᖏᑦ ᐊᐳᖅᑕᕈᑕᐅᕙᑦᑐᑦ ᐃᓄᓐᓄᑦ ᐃᓚᐅᖃᑕᐅᓂᕐᒥ ᓯᓚᐅᑉ ᐊᓯᔾᔨᐸᓪᓕᐊᓂᖓᓄᑦ ᐊᑐᐊᒐᓕᐅᕐᓂᕐᒥ. ᐃᓕᒍᑎᒋᓂᐊᕆᓪᓗᑎᒍᓪᓗ ᖃᓄᖅ ᐃᓄᑦ ᑭᐅᔾᔪᑎᖃᖅᐸᓪᓕᐊᒻᒪᖔᑕ ᑕᒪᒃᑯᓄᖓ ᐊᐳᕈᑕᐅᕙᑦᑐᓄᑦ. ᑭᖑᓪᓕᕐᐹᕐᒥ, ᕿᒥᕐᕈᒋᐊᕐᓂᖃᖅᑯᒍᑦ ᖃᓄᖅ ᓯᕗᒧᐊᒋᐊᕈᓐᓇᕐᒪᖔᑕ ᐃᓚᐅᑎᑕᐅᑦᓯᐊᕐᓗᑎᑦ ᓇᓕᒧᒌᓐᓂᒃᑯᑦ ᐃᓄᐃᑦ ᑕᑯᓐᓇᕐᓂᕆᔭᖏᑦ ᓯᓚᐅᑉ ᐊᓯᔾᔨᐸᓪᓕᐊᓂᖓᓄᑦ ᐊᑐᐊᒐᓕᐅᕐᓂᒥ ᐱᓇᓱᐊᖃᑕᐅᑦᓯᐊᕐᓗᑎᑦ ᑖᑦᓱᒥᖓᑦᓴᐃᓐᓇᖅ ᑕᐅᑐᒐᖃᓕᕐᓗᑎᑦ ᓯᓚᐅᑦ ᐊᓯᔾᔨᐸᓪᓕᐊᓂᖓᓄᑦ ᐋᖅᑭᒋᐊᕈᑕᐅᔪᓄᑦ.
ᑐᕌᒐᕆᔭᖏᑦ ᑕᒪᑐᒪ ᖃᐅᔨᓴᕈᑕᐅᔫᑉ ᒪᑯᐊᖑᔪᑦ:
- ᑐᑭᓯᕙᓪᓕᐊᒍᑎᒋᓗᒋᑦ ᐃᓄᐃᑦ ᐊᑐᕆᐊᖅᐸᑦᑕᖏᓐᓂᑦ ᓯᓚᐅᑉ ᐊᓯᔾᔨᐸᓪᓕᐊᓂᖓᓄᑦ ᐊᑐᐊᒐᓕᐅᕐᓂᕐᒥ ᑲᓇᑕᓕᒫᕐᒥ ᒪᓕᓪᓗᒋᑦ ᐃᓕᓴᖅᑕᐅᒍᑎᒋᓯᒪᔭᖏᑦ, ᐱᖁᔭᓕᕆᔾᔪᓯᖏᑦ ᐊᒻᒪᓗ ᓄᓇᕐᔪᐊᕐᒥ ᑕᑯᓐᓇᕐᓂᕆᔭᖏᑦ.
- ᐃᑲᔪᖅᑐᖅᑕᐅᒍᒪᓪᓗᑕ ᐱᖁᔨᕗᖔᓕᐅᖅᑎᓪᓗᑕ ᐃᓄᐃᑦ ᐱᔪᓐᓇᐅᑎᖏᑦ, ᓄᓇᕐᔪᐊᕐᒥ ᑕᑯᓐᓇᕐᓂᕆᔭᖏᑦ ᐊᒻᒪᓗ ᐱᖁᔭᖏᑦ ᑭᒡᒐᑐᖅᑕᐅᑦᓯᐊᐊᓗᐊᕐᒪᖔᑕ ᓄᓇᖃᖅᑳᖅᓯᒪᔪᐃᑦ ᓯᓚᐅᑉ ᐊᓯᔾᔨᐸᓪᓕᐊᓂᖓᓄᑦ ᐊᐅᓚᔾᔭᒋᐊᕈᑎᒋᓯᒪᔭᖏᑎᒍᓯᒋᐊᕈᑎᖃᕐᓂᖅ ᐊᐅᓚᑦᓯᓂᕐᒥ ᓯᓚᐅᑉ ᐊᓯᔾᔨᐸᓪᓕᐊᓂᖓᓄᑦ ᐊᑐᐊᒐᓕᐅᕈᑎᖃᕐᓂᕐᒥ ᐱᓕᕆᐊᕆᔭᖓᓂ. ᐱᔭᐅᖃᓯᐅᑎᒍᒪᒻᒥᔪᖅ ᑕᒪᑐᒪᓂ ᑐᕌᒐᕆᔭᐅᔪᒥ ᑲᔪᖏᖅᑐᖅᑕᐅᓗᑎᑦ ᐊᓯᖏᑦ ᐊᕙᑎᓕᕆᓂᕐᒧᑦ ᑎᒥᐅᔪᑦ ᒐᕙᒪᐅᔪᓪᓗ ᑕᐃᒫᑦᓴᐃᓐᓇᒐᓚᒃ ᐱᓇᓱᐊᕈᑎᖃᕐᓗᑎᑦ.
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Méthodologie
Reconnaissant les paysages géopolitiques uniques, les histoires particulières et les cultures diverses qui façonnent les Inuits dans leur ensemble, comme l’a articulé Kuokkanen (2007), cette étude se concentre délibérément au Canada. Il est important de noter que le contexte canadien diffère de celui de la Scandinavie ou du Groenland, et ces distinctions jouent un rôle crucial dans la compréhension de l’autodétermination dans les différentes régions.
En tant que seule organisation autochtone de lutte contre le changement climatique au Canada, l’ICA a la responsabilité de faciliter une mobilisation concrète de nos proches dans le développement de nos offres organisationnelles afin de ne pas risquer de reproduire les fonctions d’une approche pan-autochtone du développement des connaissances. S’éloigner d’un discours eurocentrique et se tourner vers un discours enraciné dans la réappropriation, la réécriture et la recherche à partir de nos propres façons distinctes de savoir nous permet de nourrir et de renforcer les visions du monde autochtones.
Par conséquent, nous avons mené cette recherche en utilisant un paradigme de résurgence autochtone. Comme le suggère le chercheur cherokee Jeff Corntassel (2021), un paradigme de résurgence autochtone reformule la colonisation : les priorités ne sont plus liées à l’État mais se concentrent plutôt sur les relations entre l’identité nationale autochtone, les pratiques basées sur le lieu et centrées sur la communauté qui travaillent à revitaliser les actes de renouveau et de régénération. Il n’y a pas d’approche unique à la résurgence, elle est constamment réimaginée et réenvisagée en fonction des paysages terrestres et marins autochtones ancrés dans le contexte. Cependant, le chercheur cherokee Jeff Corntassel met en évidence quatre éléments interconnectés qui se distinguent des mobilisations résurgentes passées et de la littérature émergente (Corntassel 2021, p. 74) :
1. Mettre au centre l’identité nationale autochtone et la gouvernance basée sur la terre/l’eau;
2. Honorer et pratiquer les responsabilités relationnelles, qui forment la base de l’autorité autochtone qui s’autodétermine;
3. Se détourner de l’État et décentrer la politique de reconnaissance, d’hétéropatriarcat et de colonialisme des colons;
4. S’engager dans des actes quotidiens de renouveau, de mémoire et de régénération.
La méthodologie retenue repose sur notre compréhension que le besoin de stratégies contextuellement ancrées dans les façons de savoir inuites ne peut être sous-estimé. Quels sont les différents endroits où nous pourrions développer des relations avec des personnes ou des lieux dans la recherche de connaissances? À quoi ressemblent les méthodes de production de connaissances contextuellement ancrées? Ce sont là quelques-unes des questions que nous nous posons dans l’application d’un paradigme de résurgence autochtone.
Au cours de cette étude de cas, nous avons entrepris une analyse critique de la littérature existante centrée sur les approches inuites du changement climatique. Nous avons consulté un large éventail de sources pour bien comprendre la situation, notamment :
- les politiques fédérales,
- les organisations représentatives inuites,
- les pratiques communautaires et les enseignements culturels.
Dans le cadre d’un paradigme de résurgence autochtone, nous avons principalement recherché une littérature axée sur les relations entre l’identité nationale, les relations basées sur le lieu et les pratiques centrées sur la communauté. D’un point de vue géographique, la littérature était centrée sur le Canada; cependant, nous reconnaissons que des organisations comme l’Inuit Tapiriit Kanatami (ITK), une organisation internationale non gouvernementale représentant les Inuits d’Alaska, du Canada, du Groenland et de Russie, sont au service des Inuits à l’échelle internationale.
De plus, nous avons interviewé des participants inuits familiers des offres de l’ICA afin d’élargir notre travail de Décolonisation de la politique climatique pour garantir que les droits, les points de vue et les approches des Inuits soient inclus et trouvent une place centrale. Tout au long de cette analyse, nous avons recherché des thèmes sur la manière dont la crise climatique est décrite, les insuffisances des politiques actuelles, les valeurs et les relations qui devraient être mises en avant à l’avenir et les solutions proposées.

Pourquoi les cadres politiques actuels posent des obstacles importants à la participation des Inuits
La crise climatique, déjà sévère, est aggravée pour les Inuits de tout l’Inuit Nunangat (composé de quatre régions : l’Inuvialuit [Territoires du Nord-Ouest et Yukon], le Nunavik [Nord du Québec], le Nunatsiavut [Labrador] et le Nunavut), en raison de sa localisation éloignée, de ses conditions environnementales uniques et de l’héritage persistant du colonialisme. Ainsi, les Inuits sont confrontés aux effets exacerbés du changement climatique, tels que le dégel du pergélisol, la fonte de la banquise et des conditions météorologiques extrêmes.
Le cadre de la politique climatique fédérale du Canada continue de poser des obstacles importants à la mobilisation concrète des Inuits. En premier lieu, le cadre actuel de la politique climatique fédérale ne différencie pas les régions nord des régions sud, et ainsi ne parvient pas à créer des stratégies pour aborder correctement le changement climatique en fonction des différentes régions géographiques. C’est ce que confirme une femme inuite, Bryanna Brown, qui explique :
« Le manque de compréhension de la manière dont nous vivons dans le Nord est vraiment différent de celle du Sud. Donc parfois, beaucoup de choses ne sont pas prises en compte, par exemple, les problèmes que nous avons avec l’infrastructure et le pergélisol, et comment cela cause des difficultés avec des problèmes comme la plomberie et la gestion des déchets. Ou les problèmes de capacité dans divers départements et les problèmes d’insécurité alimentaire et comment cela a des répercussions sur les gens et sur leur capacité à continuer à travailler. » (B. Brown, communication personnelle, 4 avril 2024)
Une compréhension approfondie des expériences de la colonisation et de la manière dont elles se sont manifestées différemment d’un océan à l’autre, ainsi que des impacts qui en ont découlé, est nécessaire pour soutenir l’autodétermination des Inuits. Un autre obstacle évident à la mobilisation concrète des Inuits dans le cadre fédéral existant est la nature symbolique de la mobilisation des peuples autochtones, les communautés étant souvent consultées pour la forme plutôt qu’en tant que partenaires égaux dans les processus de prise de décision. Par exemple, lors de l’élaboration du Cadre pancanadien, il y avait une absence flagrante de mécanismes pour garantir que l’Assemblée des Premières Nations (APN), l’ITK et le Ralliement national des Métis (RNM) puissent recueillir des avis pertinents sur le Cadre au nom des peuples autochtones qu’ils sont censés représenter (DPC, 2019). Comme le souligne Russel Diabo (2017), cette omission a permis au Canada d’induire le public en erreur sur l’étendue de la participation des peuples autochtones et a créé une façade de consentement préalable, donné librement et en connaissance de cause (CPLCC).
les Inuits sont confrontés aux effets exacerbés du changement climatique, tels que le dégel du pergélisol, la fonte de la banquise et des conditions météorologiques extrêmes.
Un autre exemple flagrant peut être observé dans le cadre de l’élaboration du Plan de réduction des émissions (PRE) pour 2030, dont le rapport d’étape 2023 a indiqué que les peuples autochtones estimaient que les délais de mobilisation dans le cadre du PRE 2030 étaient inadéquats et « ont souligné la nécessité de leur participation précoce, concrète et cohérente dans les politiques et programmes climatiques fédéraux » (Rapport d’étape du PRE, p. 58).
Un phénomène connu sous le nom de « cloisonnement » exacerbe ces défis en donnant la priorité à la mobilisation des organisations politiques dirigées par des Autochtones plutôt que des organisations de la base et communautaires, ce qui entrave encore la participation des peuples autochtones en excluant des points de vue essentiels. Pour en savoir plus sur les obstacles existants aux solutions climatiques dirigées par des Autochtones, consultez notre DPC Phase 2 Partie 1 récemment publié.
Résultats
Les Inuits ont constamment plaidé pour la protection de leurs terres, de leurs eaux et de leurs moyens de subsistance par divers moyens, notamment la gouvernance inuite, l’organisation communautaire et les actions directes de la base. La présente section approfondira les stratégies de plaidoyer employées dans l’ensemble de l’Inuit Nunangat et soulignera l’importance de la mobilisation appropriée de l’ICA (et d’autres ONG environnementales) de ces stratégies.
Les organisations de gouvernance représentatives des Inuits ont fourni des voies claires et des étapes concrètes pour assurer l’inclusion des connaissances inuites. En 2019, l’Inuit Tapiriit Kanatami a introduit la Stratégie nationale inuite sur les changements climatiques (SNICM) qui visait à cerner les priorités climatiques dans l’ensemble de l’Inuit Nunangat. Cette organisation a fourni un point de départ pour que les gouvernements provinciaux et fédéraux, les instances internationales et les organisations non gouvernementales coordonnent les stratégies climatiques au sein de l’Inuit Nunangat. L’objectif était de façonner les politiques climatiques aux niveaux local, régional, national et international, en favorisant la recherche, l’élaboration de politiques et les actions dirigées par les Inuits grâce à des partenariats éthiques qui répondent aux besoins uniques, urgents et divers (ITK, 2019).
La stratégie met en lumière des actions visant à accroître l’accessibilité de l’information grâce à des transferts de connaissances pour et avec les Inuits, ainsi qu’à la recherche dirigée par les Inuits. Voici les cinq principales priorités d’action relevées :
- « Renforcer la capacité des Inuits et l’utilisation des connaissances inuites dans la prise de décision climatique.
- Améliorer les résultats liés à la santé et au bien-être des Inuits et de l’environnement par des politiques et des initiatives intégrées en matière de santé, d’éducation et de climat pour les Inuits.
- Réduire la vulnérabilité des réseaux alimentaires des Inuits et du marché.
- Combler le fossé infrastructurel avec des constructions neuves à l’épreuve du climat, la mise aux normes des constructions existantes et des adaptations inuites aux infrastructures naturelles changeantes.
- Soutenir les solutions énergétiques régionales et communautaires conduisant à l’indépendance énergétique des Inuits. » (ITK 2019, p. 19)
Bien que non spécialisé dans le climat, l’organisation nationale représentant les droits et les intérêts des Inuits vivant au Canada, l’Inuit Circumpolar Council, a publié en 2023 un rapport intitulé Circumpolar Inuit Protocols for Equitable and Ethical Engagement (protocoles inuits circumpolaires pour une mobilisation équitable et éthique). Ce rapport décrit les pratiques exemplaires pour les chercheurs, les décideurs et les autres parties intéressées par la promotion des droits interreliés, interdépendants et indivisibles des Inuits. On distingue huit protocoles :
- « Rien sur nous sans nous » — Toujours mobiliser les Inuits
- Reconnaître les connaissances autochtones en tant que telles
- Pratiquer une bonne gouvernance
- Communiquer avec intention
- Faire preuve de responsabilité — Construire la confiance
- Établir des partenariats concrets
- Partage, propriété et permissions des informations et des données
- Financer équitablement la représentation et les connaissances inuites (ICC 2023, p. 14).
Ces protocoles fournissent une voie collective pour la mobilisation des Inuits dans la poursuite de la justice climatique, appelant le gouvernement fédéral à aborder cette mobilisation avec la reconnaissance que les Inuits ont un droit à l’autodétermination qui doit être respecté dans le cadre de tout programme, politique ou service climatique mis en œuvre sur leur territoire (ITK, 2019). De plus, ils soulignent que les voix et les points de vue des aînés, des femmes, des jeunes, des enfants et des personnes handicapées inuits doivent être au centre des initiatives climatiques (ITK, 2019).
Au cours de notre discussion, Bryanna Brown a souligné les avantages d’un front uni parmi les organisations représentatives inuites. Ces organisations ont mis en place des mécanismes de coopération qui, selon elle, offrent une voie prometteuse pour l’intégration efficace des politiques climatiques, car elles facilitent des processus décisionnels apparemment plus rapides (communication personnelle, 4 avril 2024).
Cependant, des processus décisionnels plus rapides ne sont pas avantageux s’ils n’incluent pas toutes les voix de la communauté, ce qui est souvent le cas dans les relations entre la Couronne et les Inuits où la représentation se limite souvent aux affiliés des organisations politiques. Un des jeunes Inuits interviewés a estimé que la mobilisation inclusive devrait aller au-delà des organisations politiques :
« Les personnes qui devraient être incluses sont celles qui vivent dans la communauté et qui vivent directement les changements. La question n’est pas qui est présent mais qui n’est pas présent dans les espaces de décision » (M. Dicker, communication personnelle, 5 avril 2024).
Par exemple, les jeunes, qui subissent de manière disproportionnée les conséquences du changement climatique, sont souvent exclus des processus décisionnels. Les jeunes apportent des dons, des connaissances et des points de vue pour répondre à la crise climatique. Il est impératif de les encourager à devenir des participants actifs. Pour ce faire, nous devons aller au-delà d’une simple invitation aux tables de décision et nous assurer que leurs points de vue sont valorisés et mis en œuvre dans les mesures prises.
Les organisateurs de la base et communautaires ont des points de vue vitaux en raison de leur nature ancrée dans le lieu. Il est essentiel d’établir un lien avec le lieu pour vraiment comprendre les répercussions de la crise climatique : « Si les gens ne vivent pas quelque chose directement, ou n’ont pas de lien avec un lieu… ils ne vivent pas les mêmes choses. Il pourrait être plus facile de le repousser ou de laisser faire » (M. Dicker, communication personnelle, 5 avril 2024).
Examiner les stratégies de mobilisation produites par les organisations représentatives inuites met en lumière l’importance pour l’ICA et d’autres ONG environnementales d’employer des approches inclusives pour la mobilisation et la prise de décision. Compléter cet examen par des interviews montre combien il peut être difficile de s’assurer que les bonnes voix sont incluses dans le processus de mobilisation, malgré des appels explicites à prioriser les points de vue des aînés, des femmes, des enfants et des jeunes Inuits dans la stratégie de mobilisation de l’ITK. En adoptant les protocoles tout en reconnaissant les obstacles à leur mise en œuvre, des organisations comme l’ICA peuvent être plus attentives à leurs voies de mobilisation afin de contribuer à des efforts plus efficaces et inclusifs en faveur de la justice climatique dirigée par les Inuits.
Voie à suivre
Les plus grandes menaces aux droits fonciers et à la réalisation des solutions climatiques dirigées par les Autochtones sont les systèmes de colonisation, le financement et les soutiens inadéquats en cours, et l’absence de diffusion directe d’informations critiques aux communautés. Essentiellement, il y a un manquement au respect du consentement préalable, donné librement et en connaissance de cause : on maintient les communautés dans l’ignorance, en soutenant les processus de recherche effectués sur nos communautés plutôt que par ou pour nos communautés. Il y a de toute évidence un manque d’information, un manque de financement et d’accès aux espaces décisionnels qui laissent nos communautés en déficit, ajoutant une couche écrasante de complexité à l’avancement de nos solutions.
Les plus grandes menaces aux droits fonciers et à la réalisation des solutions climatiques dirigées par les Autochtones sont les systèmes de colonisation, le financement et les soutiens inadéquats en cours, et l’absence de diffusion directe d’informations critiques aux communautés.
Comme on l’a vu ci-dessus, les Inuits ont pris le temps de poser les bases de leur mobilisation efficace sur la politique climatique. Nous devons respecter et honorer ce travail en nous y engageant et en l’appliquant à notre approche.
La voie à suivre pour l’ICA dans la représentation inclusive des connaissances et des visions du monde inuites dans notre travail nécessite une approche contextuellement ancrée. Il faut pour cela reconnaître et respecter les facteurs socioéconomiques, géopolitiques, culturels et historiques uniques auxquels les Inuits sont confrontés. Il s’agit de favoriser une mobilisation inclusive des Inuits à tous les niveaux, qui intègre toutes les expériences vécues. L’ICA s’engage et prévoit de s’engager dans ce travail par les actions et initiatives suivantes :
Réaliser les droits des Inuits par le développement et le partage accrus des connaissances
L’ICA est en train de revoir ses méthodes de recherche et son processus éthique. La présente étude de cas est un jalon pour les travaux futurs sur de meilleurs processus de mobilisation avec les Inuits, qui éclairera la DPC 3 et d’autres travaux pertinents.
Centrer les systèmes de connaissances inuites en continuant à prioriser les pratiques exemplaires, à inclure les voix marginalisées et à contrer la désinformation
La recherche sert d’outil pour promouvoir diverses formes d’impérialisme économique et culturel en façonnant et en approuvant des relations de pouvoir injustes (Smith, 2019). Les connaissances autochtones sont souvent perçues comme secondaires par rapport à la validité présumée des connaissances occidentales, ce qui conduit à leur détournement et à leur exploitation. Ce sentiment se reflète souvent dans les méthodes de mobilisation qui facilitent la collecte de données des chercheurs.
Les connaissances autochtones sont souvent perçues comme secondaires par rapport à la validité présumée des connaissances occidentales, ce qui conduit à leur détournement et à leur exploitation
La légitimité accordée aux politiques par la recherche souligne l’importance de la mobilisation inclusive dans le processus de recherche. Adopter une approche contextuellement ancrée pour la collecte de données inclut l’adoption d’une approche contextuellement ancrée pour la mobilisation, ce qui signifie aller au-delà des idées occidentales sur les voix qui devraient être incluses. Pour que les politiques soient adaptées aux communautés locales, elles doivent fournir une compréhension complète des défis et opportunités uniques existants, qui ne peuvent provenir que de l’expérience vécue.
Le processus de centrage des systèmes de connaissances inuites exige également que nous priorisions les relations avec la terre. La structure du comité consultatif de l’ICA était intentionnellement composée de représentants de chacun des cinq biomes. Les biomes sont caractérisés par leurs conditions climatiques distinctes et leurs combinaisons uniques de caractéristiques biotiques et abiotiques (DPC Phase 2 : Partie 1, 2023). Notre inspiration a été tirée de notre désir d’intégrer les connaissances autochtones de différentes terres et leurs communautés humaines et non humaines. Tout au long du projet colonial, les peuples autochtones ont été regroupés de manière à nous priver de notre relationnalité les uns avec les autres, avec nos proches non humains et avec la terre. Les processus décisionnels qui tirent parti des observations et des efforts des communautés locales fournissent une compréhension plus holistique de la crise climatique.
Le processus de centrage des systèmes de connaissances inuites exige également que nous priorisions les relations avec la terre.
Soutenir les Inuits dans le développement de stratégies climatiques pertinentes et efficaces au-delà des solutions réactives, remplacées par des solutions dirigées par la communauté
Il est évident qu’une analyse plus approfondie des avantages potentiels des approches contextuellement ancrées pour réduire la crise climatique est nécessaire. Mais la réalité est que les mécanismes de financement pour soutenir ce travail à l’échelle requise sont inadéquats. Une autre façon de faire est de fournir les ressources et les délais adéquats pour que les Inuits puissent contribuer de manière concrète, ainsi que de soutenir les solutions dirigées par la communauté et les observations locales de la terre.
Conclusion
Dans le cadre d’un paradigme de résurgence autochtone, la présente étude de cas visait à comprendre comment l’ICA et d’autres ONG environnementales peuvent participer et contribuer à une mobilisation et à une représentation appropriées des connaissances et de la vision du monde inuites dans les politiques climatiques.
Ce que nous avons constaté, c’est que cela exige une compréhension globale des facteurs uniques qui façonnent la communauté inuite, ainsi qu’une approche contextuelle de l’élaboration des politiques. En centrant les voix inuites, l’ACI et d’autres ONG environnementales peuvent contribuer à des efforts plus efficaces et inclusifs en faveur d’une justice climatique dirigée par les Inuits.
La voie à suivre consiste à déployer des efforts concertés pour éliminer les obstacles structurels et favoriser la mobilisation inclusive des Inuits à tous les niveaux, qui intègre toutes les expériences vécues. Cette étude sert d’appel à l’action pour Indigenous Climate Action et d’autres ONG environnementales, dans le but de renforcer leurs relations avec les Inuits, d’élever les systèmes de connaissances des Inuits et de promouvoir des politiques fondées sur l’autodétermination et les notions de consentement préalable, donné librement et en connaissance de cause.
Sources (cliquer pour agrandir)
Aporta, Claudio & Bishop, Breanna & Choi, Olivia & Wang, Weishan. 2020. Knowledge and Data: An Exploration of the Use of Inuit Knowledge in Decision Support Systems in Marine Management.
Canada. (2023). Rapport d’étape 2023 sur le Plan de réduction des émissions pour 2030 : Partie I. Extrait de https://www.canada.ca/fr/services/environnement/meteo/changementsclimatiques/plan-climatique/survol-plan-climatique/reduction-emissions-2030/rapport-etape-2023/partie-1.html
Canada. (s.d.). Le partenariat du Canada avec les peuples autochtones sur le climat. Extrait de https://www.canada.ca/fr/environnement-changement-climatique/services/changements-climatiques/partenariat-autochtone.html
Corntassel, J. (2021). Life Beyond the State: Regenerating Indigenous International Relations and Everyday.Challenges to Settler Colonialism. Vol. 2021 No. 1 (2021): The Politics of Indigeneity, Anarchist Praxis, and Decolonization.
Indigenous Climate Action. (2023). Décolonisation de la politique climatique au Canada Rapport de la première phase. Extrait de https://static1.squarespace.com/static/5e8e4b5ae8628564ab4bc44c/t/6086ca7897326e3f522e608c/1619446397209/pcf_critique_FR_FINAL.pdf
Indigenous Climate Action. (2023). Decolonizing Climate Policy: Phase 2, Part 1. Extrait de https://www.indigenousclimateaction.com/programs/decolonizing-climate-policy
Indigenous Climate Action. (2024). Decolonizing Climate Policy. Extrait de https://www.indigenousclimateaction.com/programs/decolonizing-climate-policy
Indigenous Climate Action. (2024). Decolonizing Climate Policy: Phase 2 Part 2. À venir.
Inuit Circumpolar Council. (s.d.). À propos de l’ICC. Extrait de https://www.inuitcircumpolar.com/about-icc/
Inuit Circumpolar Council. (2022). Circumpolar Inuit Protocols for Equitable and Ethical Engagement. Extrait de https://www.inuitcircumpolar.com/project/circumpolar-inuit-protocols-for-equitable-and-ethical-engagement/
Inuit Tapiriit Kanatami. (2019). Stratégie nationale inuite sur les changements climatiques. Extrait de https://www.itk.ca/wp-content/uploads/2019/07/ITK_Climate-Change-Strategy_French-Online.pdf
Kuokkanen, R. (2007). Indigenous self-government in the Arctic: Assessing the scope and legitimacy in Nunavut, Greenland, and Sápmi.
Smith, L. T. (2019). Decolonizing Methodologies. Bloomsbury.
« What is FPIC? » s.d. Extrait de https://whatis.fpic.info/#:~:text=Free%2C%20Prior%20%26%20Informed%20Consent%20is,collective%20rights%20of%20their%20communities
Conservation autochtone des semences et adaptation des semences aux changements climatiques
CONSERVATION AUTOCHTONE DES SEMENCES : UNE PRATIQUE DE L’ALIMENTATION CULTURELLE ET DE L’ADAPTATION AUX CHANGEMENTS CLIMATIQUES
Si l’agriculture ne fait pas partie des systèmes et pratiques alimentaires de toutes les collectivités autochtones, les systèmes alimentaires ancestraux de nombreuses collectivités intègrent des pratiques de conservation des semences et de culture. Pour certaines collectivités autochtones, la conservation des semences et l’agriculture étaient historiquement absentes de leurs systèmes alimentaires, mais elles le sont désormais, notamment en raison de la mobilité et des déplacements des peuples autochtones d’une région à l’autre, des changements climatiques qui perturbent les conditions de croissance des territoires, ainsi que du partage des connaissances entre les collectivités. Les peuples autochtones ne sont pas les seuls à conserver et à adapter les semences, mais ils le font selon des méthodes culturellement distinctes, fondées sur l’appartenance intergénérationnelle à un lieu et fondées sur la science, l’économie, la spiritualité, l’égalité des sexes, la gestion de l’environnement, les lois et la gouvernance des collectivités autochtones.
Les gardiens de semences autochtones conservent des semences depuis des générations pour créer, maintenir ou restaurer des variétés de semences ancestrales et culturellement importantes, mais aussi pour adapter les variétés existantes et les nouvelles variétés aux conditions de croissance de la région. Les pratiques autochtones liées aux semences sont soumises à une éthique des responsabilités et jouent un rôle particulier sur le plan culturel, auquel on fait souvent référence en parlant de « conservation autochtone des semences » ou de « gardiens des semences autochtones ». Les gardiens de semences autochtones gèrent les cultures vivrières qui occupent une place importante dans l’alimentation des collectivités et qui contribuent aux pratiques spirituelles ou culturelles. Ces rapports avec des variétés de semences particulières sont porteurs d’une signification culturelle, de nombreuses collectivités ayant des histoires, des chansons, des danses, des jeux, des cérémonies, une langue propre, des technologies de transformation des aliments ou des recettes liés à des cultures et à des variétés particulières. Traditionnellement et encore aujourd’hui, certaines collectivités se spécialisent dans des cultures et des variétés particulières, qu’elles échangent avec d’autres collectivités avec qui elles entretiennent des alliances économiques réciproques pour d’autres aliments. Les semences ont traversé et continuent de traverser les territoires en empruntant des routes commerciales et des réseaux d’échange, donnant lieu à la biodiversité des semences et des aliments que nous connaissons aujourd’hui. Depuis toujours, les gardiens de semences autochtones adaptent et sélectionnent des variétés de semences pour de nouveaux climats et de nouvelles conditions de culture, ainsi les variétés qui prospèrent sur un territoire donné avec le temps deviennent importantes pour le régime alimentaire et la culture alimentaire d’une famille ou d’une collectivité. Une prise de décision axée sur l’adaptation permet aux variétés de semences de mieux s’adapter aux conditions de croissance affectées par les changements climatiques, ce qui se traduit par des semences plus résistantes et des récoltes plus fructueuses.



La conservation autochtone des semences et la souveraineté alimentaire agricole sont fragilisées à la fois par les changements climatiques et le colonialisme. En effet, les gardiens de semences autochtones doivent préserver les variétés de semences culturelles menacées pour assurer la survie de leur culture, mais aussi adapter ces variétés à l’évolution des facteurs climatiques pour permettre l’approvisionnement en aliments d’aujourd’hui et de demain. Des facteurs liés aux changements climatiques perturbent les conditions et les saisons de croissance et déstabilisent les connaissances culturelles sur les cycles de plantation. Par conséquent, les gardiens de semences autochtones sont aux prises avec des problèmes de rendement des cultures et de pertes de semences. Les peuples autochtones qui cultivent pour produire des aliments subissent les mêmes conséquences, car les cultures de semences importantes sur le plan culturel sont soumises à des variables environnementales de plus en plus imprévisibles, affectant la santé, l’accès à l’alimentation, la sécurité alimentaire et les cultures vivrières des collectivités.
La conservation autochtone des semences et la souveraineté alimentaire agricole sont fragilisées à la fois par les changements climatiques et le colonialisme.
Ces pressions climatiques sont aggravées par l’impact historique et actuel de la colonisation sur les cultures et les pratiques alimentaires autochtones. La dépossession des terres et les déplacements, la réglementation fédérale de l’identité, l’imposition assimilatrice de l’agriculture européenne et industrielle, la famine forcée et la restriction de l’accès des Autochtones au capital et à l’équité sont autant d’influences nocives sur la santé de la souveraineté alimentaire autochtone (Carter 2019; Robin et coll. 2020). En outre, la colonisation continue d’entraver l’accès autodéterminé des gardiens de semences autochtones à des terres saines, les empêchant ainsi de pratiquer l’agriculture vivrière et l’adaptation culturelle des semences. Le colonialisme se manifeste par d’autres aspects qui privent les peuples autochtones de leurs relations avec leurs aliments culturels et leurs systèmes de connaissances alimentaires, comme la législation et la criminalisation des pratiques alimentaires, la biopiraterie des semences et l’appropriation des connaissances, ainsi que l’enlèvement des enfants et la séparation des familles à travers les pensionnats, la rafle des années 60, l’incarcération et le système actuel de protection de l’enfance, entre autres (Robin et coll. 2021; Simpson 2004). Historiquement, les musées, les collectionneurs privés et les entreprises se sont approprié les variétés de semences autochtones, et nombre de ces semences demeurent dans les archives institutionnelles et les inventaires d’entreprises non autochtones. Les semences sont souvent conservées ou vendues sans le consentement des collectivités qui les ont conçues. Bien que les gardiens de semences autochtones poursuivent la gestion de ces variétés, la diminution des stocks et les obstacles à la culture ont nui à la santé et à la stabilité génétiques des variétés. Cumulés, ces facteurs ont entraîné la perte de variétés de semences et des ruptures dans la transmission des connaissances entre les générations.
En tant que gardiens des cultures vivrières et de l’adaptation au climat, les gardiens de semences et les cultivateurs autochtones jouent un rôle de premier plan dans leur autodétermination par leur résistance au colonialisme et à la perte de biodiversité. Malgré le manque d’informations sur la biodiversité des cultures au Canada, au cours du siècle dernier, la biodiversité des cultures vivrières a diminué de 75 % à l’échelle mondiale, et aujourd’hui, seules 9 à 12 cultures représentent 75 % de l’alimentation mondiale basée sur les cultures (FAO 2004; FAO 1997; Khoury et coll. 2021). Cette tendance est inquiétante compte tenu de l’importance de la biodiversité des semences, tant sur le plan culturel que sur le plan alimentaire, pour les peuples autochtones et les populations du monde entier, ainsi que de l’importance cruciale pour les cultivateurs d’assurer une plus grande sécurité alimentaire et une meilleure résilience du système alimentaire. La diversité des gènes et des caractères des variétés de semences offre également aux gardiens de semences un plus grand choix de solutions régionales et génétiques pour adapter les cultures vivrières sensibles au climat.
MÉTHODOLOGIE
Sovereign Seeds, une organisation nationale autochtone vouée à la souveraineté alimentaire en matière de semences et d’agriculture, œuvre en faveur des efforts autochtones en matière de semences en revitalisant les connaissances liées à la conservation des semences et en soutenant l’adaptation des cultures pour lutter contre les changements climatiques. Les connaissances acquises dans le cadre des activités de Sovereign Seeds ont été recueillies sur une période de trois ans, anonymisées et analysées pour en dégager les thèmes et les tendances récurrents.
Ces connaissances ont été documentées, avec l’accord des participants, dans le cadre de diverses activités virtuelles et en personne portant sur l’adaptation aux changements climatiques, notamment des programmes communautaires collaboratifs, des séances de visualisation collective et des communications fondées sur des partenariats. Cette analyse a porté sur 16 événements de réflexion, ainsi que sur des courriels et des appels téléphoniques, avec la participation de 52 personnes au total. Les participants à l’événement de réflexion étaient des individus, des familles, des initiatives locales, des organisations et des entreprises autochtones, la majorité des individus et des groupes agissant à des fins non lucratives. Une grande partie des contributions ont été apportées entre 2022 et 2023. Toutefois, certaines idées recueillies en 2021 ont fait l’objet d’un consentement rétrospectif en vue de leur inclusion dans l’analyse. Les territoires ancestraux des participants étaient très variés, particulièrement dans le cas des groupes situés en milieu urbain et lors d’événements et de conversations multigroupes et multicommunautaires. Les localités étaient situées en Colombie-Britannique, en Alberta, au Manitoba, en Ontario et au Québec. Les connaissances ont été recueillies et analysées à l’aide de méthodologies et de cadres de recherche autochtones. Cette étude de cas fait partie de plusieurs mesures organisationnelles de responsabilité relationnelle en tant que méthodologie de recherche autochtone appliquée en réponse aux demandes exprimées par les collectivités en faveur d’un soutien multisectoriel à la souveraineté alimentaire agricole autochtone et à l’action d’adaptation des semences aux changements climatiques. Ces enseignements permettent de mieux comprendre les liens entre la souveraineté alimentaire autochtone et l’adaptation autochtone aux changements climatiques, qui sont intimement ressentis et vécus par les peuples autochtones, mais qui sont souvent négligés par les acteurs non autochtones et par ceux qui exercent une influence sur les leviers du pouvoir.
Comme la documentation publique sur ces sujets est limitée, le langage utilisé et les limites de l’étude de cas doivent être reconnus (voir le glossaire et les notes sur le langage de l’étude de cas). Les perspectives et expériences autochtones ne sont pas toutes représentées ici. Les activités autochtones à but lucratif sont sous-représentées par rapport aux activités à but non lucratif, tandis que les réalités importantes du genre, de la sexualité et de l’identité multiraciale ne sont pas prises en compte.
Les semences d’aliments sauvages ou issus de la cueillette provenant des écosystèmes des collectivités sont également des espèces alimentaires culturellement importantes, mais cette étude de cas se limite aux variétés vivrières cultivées dans des contextes de jardins et d’exploitations agricoles. Par ailleurs, la dépossession des terres et les déplacements sont les principaux obstacles à l’adaptation des semences autochtones et à l’action climatique, mais cet obstacle n’a pas pu être traité de manière adéquate dans le cadre de cette étude de cas. De même, des préoccupations et des recommandations concernant les mécanismes de gouvernance internationale ont été exprimées lors d’événements de réflexion, mais ne sont pas non plus abordées dans cette étude de cas pour des raisons de brièveté. Les événements de réflexion ont permis de mettre en lumière certaines priorités autochtones et de lancer des appels à l’action en matière de souveraineté agricole, alimentaire et semencière qui ne sont pas repris ici parce qu’ils relèvent de conversations inter- ou intra-autochtones. Enfin, cette étude de cas ne prétend pas être un exposé complet des impacts historiques et actuels de la colonisation et du système alimentaire industriel mondialisé dominant sur la souveraineté alimentaire des peuples autochtones et leurs efforts d’adaptation aux changements climatiques.
PRINCIPAUX ÉCHANGES ET CONSTATATIONS THÉMATIQUES
Les conclusions des événements organisés par Sovereign Seeds ont mis en évidence les obstacles et les besoins en matière d’adaptation aux changements climatiques des cultures vivrières culturelles selon les contextes historiques, environnementaux, géographiques et politiques des collectivités et des régions. L’évaluation globale a permis de dégager des thèmes communs liés à la souveraineté alimentaire et à l’adaptation des semences et de l’agriculture autochtones, notamment la revitalisation et la transmission des connaissances, le financement de la souveraineté semencière et des efforts d’adaptation des semences aux changements climatiques, ainsi que la gouvernance et le leadership.



La revitalisation des connaissances autochtones menée par les Autochtones est urgente pour lancer, renforcer et poursuivre les mesures d’adaptation aux changements climatiques. La transmission des connaissances sur les semences ayant été interrompue par la colonisation, rares sont les personnes qui, au sein des familles et des réseaux communautaires, possèdent les connaissances culturelles et les souvenirs de la conservation des semences et qui ont une expérience de plusieurs décennies, ou ce que beaucoup appellent les « détenteurs du savoir sur les semences » ou les « aînés des semences ». Ce nombre relativement restreint de détenteurs du savoir spécialisé dans les semences sont les principaux praticiens de l’adaptation des semences aux changements climatiques et encouragent les nouveaux gardiens de semences à prendre des mesures pour lutter contre les changements climatiques. Les gardiens de semences nouveaux et émergents, qui forment la majorité, souhaitent vivement revitaliser ces pratiques culturelles d’adaptation aux changements climatiques, mais ils estiment que les connaissances et les compétences nécessaires à l’adaptation des semences sont supérieures à celles qu’ils possèdent actuellement.
Tous les apprenants et leaders en matière de semences ont indiqué qu’une base solide de connaissances culturellement ancrées en matière de jardinage et de conservation des semences est indispensable pour être en mesure d’adapter les variétés de cultures vivrières aux conditions climatiques changeantes. Les gardiens de semences, tant nouveaux qu’expérimentés, ont exprimé le besoin d’un meilleur accès à des possibilités d’apprentissage des semences culturellement pertinentes, réservées aux Autochtones, afin que les nouveaux gardiens de semences puissent acquérir les connaissances de base et l’expérience appliquée nécessaires pour entreprendre l’adaptation des semences. Les gardiens de semences nouveaux et émergents ont cité le temps, la capacité et le manque de soutien financier pour l’apprentissage comme étant des obstacles. Les gardiens de semences expérimentés ont exprimé des inquiétudes quant à leurs capacités personnelles, citant le stress financier et le manque de ressources pour financer leur temps et celui de leurs assistants comme des obstacles à l’enseignement. De nombreux détenteurs du savoir sur les semences ont également évoqué des expériences négatives avec des acteurs non autochtones institutionnels, gouvernementaux, à but non lucratif et de l’agriculture durable à petite échelle, qui ont abouti à l’appropriation de leurs connaissances et de leurs idées, à la sous-rémunération de leur travail ou encore à une participation symbolique lorsqu’ils ont été invités à participer.
Les gardiens de semences ont expliqué que le colonialisme a eu et continue d’avoir des répercussions sur les semences et la transmission des connaissances autochtones, et que les changements climatiques, qui menacent déjà les semences et les cultures vivrières, ont également un impact sur la transmission des connaissances, une activité indispensable pour prendre des mesures d’adaptation aux changements climatiques. La transmission des connaissances est une nécessité importante et urgente pour l’adaptation climatique des semences autochtones, compte tenu du fait que de nombreux gardiens de semences autochtones expérimentés vieillissent et que les gardiens de semences autochtones expérimentés, jeunes et moins jeunes, se heurtent à de multiples défis structurels et liés au climat en matière d’apprentissage et d’enseignement.
Les gardiens de semences ont expliqué que le colonialisme a eu et continue d’avoir des répercussions sur les semences et la transmission des connaissances autochtones, et que les changements climatiques, qui menacent déjà les semences et les cultures vivrières, ont également un impact sur la transmission des connaissances, une activité indispensable pour prendre des mesures d’adaptation aux changements climatiques.
L’adaptation des semences implique une action climatique pluriannuelle. Cet engagement à long terme place les gardiens de semences autochtones dans une situation de précarité financière due à la nécessité de mettre en place et d’entretenir des infrastructures, de la main-d’œuvre, des équipements et un accès durable et autodéterminé à la terre. Cette précarité nuit à la planification stratégique à long terme et à l’action nécessaire pour adapter les variétés de semences aux changements climatiques. Les aînés et les détenteurs du savoir en matière de semences reconnaissent la responsabilité qui leur incombe d’assurer la survie des variétés de semences à risque importantes sur le plan culturel au sein de leurs réseaux communautaires, tout en enseignant aux autres les pratiques culturelles de conservation des semences et d’adaptation aux changements climatiques. Dans ce contexte, aggravé par le manque de ressources, la possibilité pour les gardiens de semences expérimentés de réduire leurs efforts, de s’occuper de leur bien-être ou d’innover, sans parler de surmonter une saison de croissance difficile et un faible rendement en semences, est très limitée. Le cumul de ces pressions signifie que les nouveaux gardiens de semences bénéficient de peu de possibilités d’apprentissage et n’ont pas le droit à l’erreur en ce qui concerne les semences de culture à risque, tandis que les gardiens de semences plus expérimentés n’ont ni le temps, ni les capacités, ni les ressources nécessaires pour assurer la succession des stocks de semences et le transfert des responsabilités à d’autres personnes.
Reconnaître et financer les efforts de transmission des connaissances et d’adaptation
Les participants à l’événement de réflexion (tant à but lucratif qu’à but non lucratif) ont massivement cité la pertinence de l’octroi et du prêt, ainsi que l’accès aux voies de ressources gouvernementales et philanthropiques, comme des obstacles importants à la conservation des semences et à l’adaptation des variétés.
Les participants ont exprimé leur frustration concernant les acteurs qui octroient des subventions et des prêts qui ne reconnaissent pas la complexité de la revitalisation de l’alimentation agricole et culturelle autochtone et de l’adaptation alimentaire, qui ne sont pas simplement des pratiques de production et de distribution alimentaires ou de surveillance du climat. Les participants ont noté que, dans tous les secteurs, les organismes de financement et les prêteurs ne comprenaient pas ou n’appréciaient pas l’importance des semences et de leur conservation pour la culture, l’éducation, la sécurité alimentaire, la santé et l’action en faveur du climat. La question était particulièrement difficile pour les personnes engagées dans des activités à but non lucratif, car elles avaient l’impression que les organismes de financement jugeaient les projets centrés sur les semences sans intérêt pour les priorités d’octroi de subventions. Les personnes engagées dans des activités à but lucratif ont constaté un manque de reconnaissance et de compréhension des obstacles et des besoins particuliers qu’elles connaissent pour démarrer, maintenir ou accroître des activités à but lucratif, en raison des obstacles historiques et permanents propres au contexte autochtone auxquels elles sont confrontées. Les participants ont exprimé leur inquiétude concernant les financements souvent accordés à des initiatives et à des entités dont les activités correspondent aux critères restrictifs et aux solutions cloisonnées des organismes de financement et des prêteurs non autochtones.
Les personnes engagées dans des activités non lucratives de revitalisation des semences et des produits agricoles et d’adaptation aux changements climatiques ont cité l’approche et la mise en œuvre du financement comme des obstacles. Les participants issus du secteur non lucratif ont indiqué que les organismes de financement préfèrent les nouveaux projets et les nouvelles idées aux activités existantes et qu’ils offrent principalement des engagements de financement à court terme et non renouvelables, une approche inadaptée aux projets autochtones de conservation des semences, qui nécessitent souvent des engagements de soutien pluriannuels. Les participants ont également relaté des expériences où les organismes de financement donnent la priorité aux investissements dans des entités autochtones très médiatisées, bien financées et bien dotées en personnel, avec une infrastructure de gouvernance substantielle, des entités qui ont des partenariats non autochtones, et des entités qui prônent la réconciliation et qui n’expriment pas ouvertement des points de vue critiques. Ces participants ont également mentionné le manque de possibilités de financement sans restriction comme un défi à relever. Les participants ont indiqué le besoin d’une plus grande autodétermination en matière de dépenses, d’une plus grande accessibilité des demandes et des rapports, d’une plus grande flexibilité des délais, d’évaluations moins prescriptives, d’un langage culturellement approprié et accessible, et d’une réduction des exigences en matière de demandes et de rapports.
Les Autochtones qui participent à des activités à but non lucratif et à des activités à but lucratif ont vivement exprimé la nécessité pour les organismes de financement et les prêteurs de s’éloigner des modèles de financement prescriptifs et paternalistes.
Certaines organisations et entreprises d’alimentation culturelle autochtones ne participent pas directement aux initiatives d’adaptation des semences autochtones, mais les soutiennent et les soutiennent par l’utilisation ou l’achat de leurs produits et de leurs récoltes de semences. Ces participants ont évoqué des conflits avec les organismes de financement et les prêteurs en ce qui concerne l’approvisionnement en produits ou en services : de nombreux participants tiennent à s’approvisionner auprès de producteurs autochtones, tandis que les organismes de financement ou les prêteurs accordent la priorité au profit. Les initiatives de production à but lucratif d’aliments autochtones, durables sur le plan environnemental ou adaptées au climat, ont constaté un conflit entre leur priorité de soutenir les valeurs culturelles de responsabilité sociale et environnementale en matière de semences et de production alimentaire et la priorité économique des organismes de financement et des prêteurs, qui dévalorisent ou discréditent l’éthique culturelle. Ces entreprises se sentent délaissées au profit d’entreprises qui correspondent davantage aux marchés capitalistes occidentaux, telles que les activités d’agriculture industrielle et les initiatives agricoles sans objectifs culturels ou sociaux axés sur la réciprocité.
Les Autochtones qui participent à des activités à but non lucratif et à des activités à but lucratif ont vivement exprimé la nécessité pour les organismes de financement et les prêteurs de s’éloigner des modèles de financement prescriptifs et paternalistes. Les participants issus des deux types d’activité ont signalé des problèmes liés aux conditions d’admissibilité et ont noté que l’achat de terrains, d’équipements et d’infrastructures devrait être considéré comme une dépense subventionnée. L’admissibilité des bénéficiaires constituait également une préoccupation. Les critères d’admissibilité de nombreuses subventions gouvernementales et philanthropiques à but non lucratif excluaient plusieurs participants de l’accès aux ressources, et pour les projets à but lucratif des participants, les activités à petite échelle étaient souvent disqualifiées en raison d’une contribution insuffisante en capital et d’un potentiel de génération de revenus et d’expansion perçu comme insuffisant.
Gouvernance des semences, renforcement du leadership, compréhension et accès à l’élaboration des politiques
Bien que certaines initiatives soient financées par des programmes provinciaux et fédéraux, le mouvement de souveraineté alimentaire autochtone et les efforts d’adaptation des variétés de semences autochtones se déroulent pour la plupart en dehors des politiques et des programmes du gouvernement canadien. Les participants à l’événement de réflexion ont largement accordé la priorité à la souveraineté et à la gouvernance autochtones et ont exprimé un certain degré de méfiance ou de frustration à l’égard de tous les échelons du gouvernement canadien. La majorité des gardiens de semences ont souligné les limites de la reconnaissance du gouvernement et du changement de politique, ainsi que le fait que les processus gouvernementaux sont conçus pour être inaccessibles aux petits acteurs. Les participants ont également estimé que, même si des changements ne seront pas principalement obtenus par l’engagement politique, les politiques nationales et provinciales ont un impact sur leurs semences, leurs systèmes alimentaires, leur action en faveur du climat, leurs cultures et leurs territoires. Plusieurs ont insisté sur la nécessité de faire participer les peuples autochtones de manière concrète en tant que nations souveraines et des dirigeants, et non en tant que parties prenantes ou groupes d’intérêt, et sur l’insuffisance de leur participation actuelle et de la traduction des politiques, plans et programmes gouvernementaux. Les obstacles cités sont notamment les voies de participation qui excluent, les politiques et programmes inaccessibles, les interactions et solutions culturellement inappropriées et la perpétuation de la colonisation par le biais de la réglementation gouvernementale de l’identité, des systèmes alimentaires et des territoires. Par ailleurs, l’engagement préférentiel avec les organes représentatifs autochtones reconnus par le gouvernement a eu pour effet d’effacer la voix des cultivateurs sur le terrain.



La Stratégie nationale d’adaptation (SNA) du Canada, publiée en 2023, constitue la première stratégie pour les objectifs d’adaptation aux changements climatiques et a été accompagnée par la republication du Plan d’action pour l’adaptation du gouvernement du Canada, qui décrit les engagements financiers fédéraux pour l’adaptation aux changements climatiques entre les gouvernements provinciaux, territoriaux et autochtones (gouvernement du Canada 2023a; 2024). Le degré de participation concrète et adéquate des peuples autochtones à la stratégie et au plan d’action est discutable. Environnement et Changement climatique Canada (ECCC) a organisé un forum sur la visualisation de la Stratégie nationale d’adaptation en 2021 afin d’élaborer la SNA. Sur les plus de 60 participants engagés dans le forum, seuls deux organismes autochtones nationaux (OAN) ont participé, sans être identifiés, et aucune autre participation autochtone n’a été mentionnée (gouvernement du Canada, 2023b). La SNA ne mentionne pas l’importance de la biodiversité des semences de cultures vivrières et de l’adaptation des semences pour la résilience climatique, l’adaptation des semences en tant qu’action climatique, le leadership autochtone en matière d’adaptation des cultures, la production agricole culturelle de produits alimentaires et les facteurs ayant un impact sur ces activités, ainsi que la relation entre les peuples autochtones et l’agriculture culturelle dans son ensemble. De même, la Stratégie nationale 2020 pour la biodiversité (SNB) du Canada présente l’agriculture durable comme une solution pour réduire les effets de l’agriculture industrielle sur la biodiversité, mais elle n’aborde que brièvement le rôle des semences et uniquement dans le contexte des plantes indigènes non cultivées telles que les arbres, sans mentionner l’adaptation des semences des cultures vivrières (gouvernement du Canada 2024a). Qui plus est, bien qu’elle ait fait appel à des organes directeurs autochtones reconnus par le gouvernement fédéral, la SNB n’a fait participer aucun groupe autochtone œuvrant pour la souveraineté alimentaire en matière de semences ou d’agriculture à ses séances de mobilisation (gouvernement du Canada, 2024a).
Les programmes fédéraux qui financent les efforts d’adaptation aux changements climatiques ne reconnaissent pas suffisamment l’adaptation des variétés de semences autochtones et n’y consacrent pas les ressources nécessaires. Le Programme d’adaptation aux changements climatiques des Premières Nations, un programme d’intervention sur les changements climatiques de la Couronne et du ministère des Relations Couronne-Autochtones et Affaires du Nord, a été conçu pour aider les collectivités et les organisations des Premières Nations situées au sud du 60e parallèle à évaluer les effets des changements climatiques, ainsi qu’à concevoir et à prendre des mesures d’intervention sur les changements climatiques (gouvernement du Canada, 2023 c). Sans se limiter à ces domaines d’action, le programme a largement mis l’accent sur l’atténuation des catastrophes naturelles liées au climat et sur les interventions, comme l’ont demandé les groupes des Premières Nations, encore non identifiés, mobilisés par ECCC et Ressources naturelles Canada dans le cadre de la conception du programme. Parmi les 40 projets financés dans le cadre du cycle 2022-2023, aucun n’était consacré à l’adaptation des produits alimentaires (gouvernement du Canada 2023d). Par ailleurs, le Programme sur le changement climatique et l’adaptation du secteur de la santé des Services aux Autochtones Canada, aujourd’hui fermé, a financé plusieurs projets communautaires importants dans le domaine de l’alimentation agricole dans le cadre d’un volet sur la sécurité alimentaire, mais l’adaptation des semences et l’adaptation des cultures aux changements climatiques n’étaient des activités prévues dans aucun des projets financés (gouvernement du Canada 2023e; Climate Telling 2021).
L’effacement du leadership autochtone sur l’adaptation des aliments aux changements climatiques dans les conversations gouvernementales sur le climat s’étend également aux réponses fédérales aux défis et aux solutions agricoles. Plus particulièrement, la Stratégie pour une agriculture durable (SAD) d’Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC) a été conçue sans la participation adéquate des dirigeants autochtones du secteur de l’agriculture et de l’alimentation et de leurs priorités. Parmi les 22 entités invitées à former le Comité consultatif sur la SAD (CC-SAD), AAC n’a invité qu’un seul membre autochtone, la Fédération des Métis du Manitoba (FMM) (gouvernement du Canada, 2022). Le CC-SAD n’est pas un comité investi d’un pouvoir de décision, mais il a été créé pour formuler des recommandations pour orienter le CC-SAD (Union nationale des fermiers, 2023). Une participation plus importante du grand public a été acceptée dans le cadre du processus de consultation, mais le délai de participation était court, et aucun des participants à l’événement de réflexion engagés au cours de cette période n’était informé de l’élaboration de la SAD, et encore moins des possibilités offertes au grand public d’apporter sa contribution. Le document de discussion de la SAD cite l’adaptation et la résilience aux changements climatiques comme l’un des cinq domaines prioritaires et reconnaît expressément que les programmes de recherche appliquée sur l’adaptation aux changements climatiques, adaptés à chaque région, constituent une solution essentielle. Le rapport 2023 de la SAD, « Ce que nous avons entendu », fait ressortir les obstacles et les priorités que les gardiens de semences ont également mentionnés lors de nos événements de réflexion, mais le processus de consultation de la SAD n’a pas mobilisé suffisamment d’expériences et de leadership autochtones du secteur de l’agriculture durable. Le rapport représente de manière disproportionnée les perspectives des producteurs alimentaires autochtones à but lucratif et le langage du document de la SAD souligne dans l’ensemble les activités de production commerciale et étudie l’adaptation pour augmenter les rendements commerciaux et la qualité des produits commerciaux. Cette perspective axée sur le marché néglige les nombreuses perspectives fondées sur les valeurs culturelles que les acteurs autochtones du secteur des semences et de l’agriculture ont sur l’économie autochtone appliquée. Ainsi, les initiatives et les activités autochtones à but non lucratif, qui constituent la majorité du leadership en matière d’adaptation aux changements climatiques et des connaissances culturelles alimentaires des semences autochtones, sont largement sous-représentées et sous-évaluées dans la SAD.
L’effacement du leadership autochtone sur l’adaptation des aliments aux changements climatiques dans les conversations gouvernementales sur le climat s’étend également aux réponses fédérales aux défis et aux solutions agricoles.
Cette absence d’adaptation aux changements climatiques des cultures autochtones dans les plans d’action et les programmes nationaux révèle les priorités de financement des gouvernements et les définitions des activités d’adaptation aux changements climatiques. Elle reflète également ce que les participants ont vivement dénoncé lors des événements organisés par Sovereign Seeds, notamment les questions de mobilisation et de consultation, les priorités de financement et l’accès au financement dans les domaines du climat, de la culture et de l’agriculture. Plusieurs participants estiment que les réponses du gouvernement favorisent la participation au marché à but lucratif et la production alimentaire sectorielle comme solutions à l’insécurité alimentaire des Autochtones et à l’adaptation aux changements climatiques. Les participants ont qualifié cette approche de culturellement inappropriée et d’assimilationniste, une approche qui aggrave les pressions économiques, qui oppose la culture à la survie et qui crée des divisions entre les peuples autochtones au sein du mouvement pour la souveraineté alimentaire. Bien que les participants conviennent largement de la nécessité de soutenir les producteurs agricoles culturels autochtones à but lucratif et les acteurs du marché agroalimentaire qui agissent de manière durable et dans le respect des valeurs culturelles, nombreux sont ceux qui estiment que les réponses des gouvernements et les priorités politiques négligent les contributions et les perspectives des leaders autochtones de l’alimentation qui protègent la biodiversité des cultures et mènent une adaptation agricole durable aux changements climatiques en dehors du secteur de la production alimentaire à but lucratif.
RECOMMANDATIONS
Favoriser la transparence et la responsabilité des processus et du soutien, et renforcer la participation et l’influence des dirigeants autochtones
L’imposition du fédéralisme canadien à la gouvernance autochtone a entraîné un engagement préférentiel avec des organes représentatifs autochtones privilégiés par le gouvernement, qui ne représentent pas les gardiens de semences et les cultivateurs. Qui plus est, la responsabilité bureaucratique est passée d’une autorité provinciale à une autorité fédérale, d’une manière qui ne favorise pas la gouvernance territoriale et traditionnelle autochtone ni les négociations de nation à nation. La souveraineté alimentaire et la gouvernance des semences autochtones, ainsi que les lois culturelles et locales qui sous-tendent cette gouvernance, sont souveraines et légitimes, indépendamment de leur reconnaissance par les gouvernements et le droit canadiens et internationaux. Dans les cadres de gouvernance occidentaux, la conservation autochtone des semences et la réponse aux changements climatiques liés aux semences relèvent de la stratégie climatique, de la propriété intellectuelle, de la biodiversité, des droits culturels et des droits des peuples autochtones. La collaboration de nation à nation dans le domaine de l’agriculture autochtone et de l’adaptation aux changements climatiques requiert un meilleur accès aux processus décisionnels, une démystification des mécanismes et des processus de décision, ainsi que davantage de temps pour la préparation et la participation. Sans se substituer au leadership communautaire et à la gouvernance autochtone qui existent indépendamment de la reconnaissance du gouvernement colonial, les modèles dirigés par les Autochtones peuvent générer des politiques et des programmes qui sont plus responsables et mieux adaptés aux priorités de la communauté. Notre analyse a permis de dégager des recommandations et des pistes pour améliorer la participation et l’amplification des groupes communautaires sur le terrain dans les secteurs de la souveraineté alimentaire, de l’agriculture et de l’agroalimentaire, de la revitalisation culturelle et de l’action en faveur du climat :
- Déployer un modèle de collaboration dirigé par les Autochtones pour favoriser la transparence de la prise de décision, l’accès et des délais de traitement appropriés. Ce modèle permettrait de mettre en place, dans tous les ministères et organes consultatifs concernés, des agents de liaison autochtones dont la mission serait d’assurer la transparence et la traduction des processus, des documents et des décisions pour les dirigeants et les praticiens de l’agriculture culturelle. L’objectif d’un tel modèle n’est pas d’assimiler les processus de négociation et de prise de décision autochtones au sein d’organes de gouvernance non autochtones fondés sur les droits, par le biais de l’emploi d’Autochtones, mais plutôt de mieux faciliter et rendre opérationnelle la gouvernance de nation à nation.
- Soutenir le leadership autochtone sur le terrain concernant l’alimentation et l’adaptation climatique de l’alimentation par des engagements pluriannuels et la formation de coalitions indépendantes dirigées par des Autochtones et composées d’Autochtones. Une meilleure amplification du leadership par ces mesures permettrait d’aborder les questions transversales de la souveraineté alimentaire, de l’agriculture et de l’agroalimentaire, de la revitalisation culturelle, de l’assainissement des sols et de l’action climatique. Pour assurer la responsabilité et la représentation, ces organismes doivent être organisés, dirigés et représentés par des producteurs régionaux de produits alimentaires, des cultivateurs et des détenteurs du savoir, à but lucratif ou non, indépendants des conseils de bande et des agences de services financées par le gouvernement (bien qu’ils puissent être soutenus par eux). Ces organismes chargés de l’organisation collective peuvent assurer la liaison avec les services gouvernementaux compétents pour favoriser les changements de politique, en proposant des programmes adaptés aux besoins des membres et en rendant des comptes sur leurs priorités.
- Mettre en place des mécanismes de recrutement d’Autochtones au sein des différents échelons du gouvernement canadien afin de mettre au point et de déployer des consultations, des programmes, des politiques et des stratégies dirigés par des Autochtones, dans le respect des principes de partenariat de nation à nation. Privilégier les priorités, les calendriers et les protocoles de gouvernance des coalitions communautaires et des dirigeants sur le terrain.
- Améliorer la participation et la consultation des peuples autochtones dans les stratégies gouvernementales et la conception des programmes afin de garantir une représentation équilibrée des activités à but lucratif et non lucratif, une meilleure participation de base et des calendriers de mobilisation et des communications plus accessibles pour faciliter la participation des peuples autochtones. Dans le cas de la SAD, par exemple, les révisions ultérieures et les programmes associés doivent mieux reconnaître la conservation autochtone des semences comme une action active d’adaptation aux changements climatiques ayant un impact unique, et impliquer davantage les gardiens de semences autochtones et les praticiens de la souveraineté alimentaire autochtone à but non lucratif en tant qu’acteurs essentiels de l’agriculture durable et de la réponse aux changements climatiques.
- Renforcer le soutien à la création de contenus rédigés par des Autochtones, y compris des analyses politiques et des recherches élaborées par des personnes et des initiatives autochtones dédiées aux semences et à la souveraineté alimentaire, indépendamment des organismes de représentation autochtone privilégiés par le gouvernement fédéral. Le soutien financier et l’accès au pouvoir politique sont nécessaires pour permettre aux centres de recherche et d’éducation, aux programmes et aux groupes communautaires, nouveaux et existants, qui s’intéressent à la souveraineté alimentaire autochtone et à l’adaptation climatique de l’alimentation autochtone, de générer des contributions collaboratives responsables et adaptées à la communauté.
- Renforcer l’autorité et la légitimité des contributions autochtones dans les secteurs de la culture et de la création qui ne reflètent pas la recherche et les travaux de recherche occidentaux. Les publications autochtones doivent être valorisées en tant que contributions importantes à l’élaboration de politiques et de programmes au sein des gouvernements et des organisations philanthropiques.
Multiplier les occasions et améliorer les processus de distribution de ressources sans obstacle, pluriannuelles et autodéterminées pour les entités à but non lucratif et à but lucratif.
Les engagements pluriannuels permettent de mieux réparer les relations et les systèmes alimentaires et de faire évoluer les initiatives de la survie vers le succès et la durabilité à long terme, tout en laissant la place à l’exploration et à l’innovation, conformément aux traditions autochtones de savoir, d’être et d’agir. Les organisations et entreprises non autochtones à but lucratif et non lucratif devraient envisager des politiques de contribution pluriannuelle et sans obstacle pour diriger des ressources vers des initiatives de semences et d’aliments issus de l’agriculture culturelle autochtone par des dons sans restriction ou des possibilités de subventions pluriannuelles et sans obstacle. Ce financement doit être flexible, dirigé ou orienté par des Autochtones, doté d’un personnel autochtone, accessible et culturellement pertinent, avec un conseil consultatif, un conseil d’administration ou une représentation du personnel possédant une expérience sur le terrain en matière d’alimentation culturelle et de lutte contre les changements climatiques. Notre analyse a permis de cerner les principaux besoins et de formuler des recommandations pour promouvoir ces améliorations :
- Accroître le soutien financier sans obstacle et dirigé ou orienté par les Autochtones de la part des fondations de financement gouvernementales et non gouvernementales pour les groupes à but non lucratif dirigés par les Autochtones qui s’occupent de l’adaptation agricole aux changements climatiques, des efforts en matière de semences et de la transmission des connaissances sur l’agriculture culturelle. Cela s’applique à tous les acteurs du financement, notamment aux grandes sources de financement disposant de plus de ressources, tel que les fondations de financement et les programmes de financement gouvernementaux pluriannuels.
- Augmenter les engagements de financement flexibles, dirigés ou orientés par des Autochtones, de la part de partenaires respectueux des valeurs, avec des exigences administratives considérablement réduites pour les efforts sans but lucratif à l’échelle locale, tels que les bibliothèques ou les banques de semences, les jardins communautaires et les programmes de formation à la souveraineté alimentaire culturelle.
- Améliorer les investissements sans obstacle de la part des organes directeurs et des organismes de financement autochtones et non autochtones pour les initiatives et le leadership en matière de conservation des semences et de production alimentaire culturelle autochtones à but lucratif et non lucratif.
- Renforcer le soutien apporté par tous les échelons du gouvernement, les dirigeants locaux, les organismes de financement et les institutions d’investissement et de prêt aux initiatives autochtones à but lucratif dans le domaine des semences et de l’alimentation, notamment pour les horticulteurs maraîchers, les producteurs d’aliments culturels et les entreprises d’agritourisme, ainsi que pour les petits entrepreneurs et les entreprises familiales.
- Faciliter l’accès au financement et aux subventions pour les initiatives autochtones à but lucratif qui entreprennent l’adaptation des semences, ainsi que pour les initiatives autochtones à but lucratif qui soutiennent ces initiatives et qui soutiennent les activités et les modèles d’entreprise qui reflètent les économies et l’éthique autochtones.
- Veiller à ce que les ressources consacrées aux efforts d’adaptation de l’agriculture culturelle aux changements climatiques soient culturellement pertinentes, de la conception à la mise en œuvre. Des ressources adaptées et efficaces passent par la garantie que les individus, les familles, les entités et les groupes formels et informels autochtones qui effectuent le travail sur le terrain définissent et évaluent le succès et façonnent les processus de financement de la revitalisation des systèmes alimentaires et de l’adaptation aux changements climatiques.
- Améliorer les facteurs et sensibiliser les acteurs qui exercent une influence sur le statut des bénéficiaires qualifiés et sur l’octroi de l’admissibilité aux initiatives à but non lucratif. De grands changements sont nécessaires pour lutter contre les disparités de pouvoir et l’exploitation auxquelles les initiatives autochtones se heurtent en tant qu’initiatives de base qui fonctionnent à la fois indépendamment et sur des plateformes partagées et dans le cadre de relations intermédiaires, pour supprimer les obstacles auxquels les initiatives autochtones se heurtent pour accéder aux ressources et pour renforcer leur capacité administrative.
- Mettre en place des engagements pluriannuels en matière de subventions et de prêts pour toutes les initiatives autochtones d’adaptation des semences et de l’alimentation agricole, qu’elles soient à but lucratif ou non. L’efficacité des projets dépend d’une planification et d’une action pluriannuelles.
- Améliorer l’accès au financement sans restriction des engagements de subvention et de prêt pour toutes les initiatives autochtones d’adaptation des semences et de l’alimentation agricole, qu’elles soient à but lucratif ou non. Les critères d’admissibilité des dépenses doivent favoriser l’autodétermination des Autochtones en offrant un financement sans restriction pour les priorités établies par les Autochtones, telles que l’équipement et l’infrastructure, le fonctionnement et l’administration, le perfectionnement du personnel et de l’organisation, ainsi que l’accès aux terres, leur restitution et leur acquisition.
Reconnaître la conservation des semences, la culture alimentaire et la spiritualité dans la politique d’adaptation des aliments et les ressources.
Pour alléger le fardeau que représente la collecte de fonds pour les initiatives autochtones qui défendent des solutions informées par la communauté et culturellement appropriées, les organismes de financement doivent avoir une conscience opérationnelle forte du rôle des approches holistiques dans les solutions d’adaptation alimentaire autochtones et des préjudices historiques et continus subis par les systèmes alimentaires autochtones. Notre analyse a permis de définir des recommandations visant à promouvoir une politique et des programmes d’octroi de subventions et de prêts adaptés aux besoins des collectivités et aux spécificités culturelles :
- Améliorer la formation et la sensibilisation à la lutte contre l’oppression de tous les acteurs des secteurs gouvernementaux et philanthropiques sur l’histoire, la politique, les perspectives et l’éthique de la souveraineté alimentaire autochtone. Les formations qui privilégient l’apprentissage des pratiques alimentaires culturelles autochtones par des acteurs non autochtones, plutôt que ces priorités d’apprentissage, ne tiennent pas compte des déséquilibres de pouvoir inhérents aux relations de financement, risquent de reproduire l’histoire de l’extraction des connaissances culturelles et ne sensibilisent pas aux aspects systémiques et structurels nécessaires pour créer des changements sectoriels tangibles.
- Les entités gouvernementales et non gouvernementales doivent reconnaître la conservation autochtone des semences comme une pratique d’adaptation aux changements climatiques. Ces entités doivent également reconnaître les pratiques associées telles que la guérison, la culture alimentaire et les activités d’apprentissage des langues comme des priorités pertinentes indissociables de la conservation des semences et de l’action de lutte contre les changements climatiques. Les activités de revitalisation et de transmission des connaissances spirituelles, culturelles et techniques sont nécessaires à l’adaptation aux changements climatiques des systèmes alimentaires menés par les Autochtones.
- La reconnaissance doit transcender les apparences et appliquer la justice du travail dans les stratégies et les programmes gouvernementaux et non gouvernementaux pour assurer une compensation éthique du travail d’apprentissage et d’enseignement des semences et de l’investissement dans les efforts d’adaptation des semences. Pour assurer la prospérité des systèmes alimentaires autochtones, les leaders et les apprenants autochtones doivent bénéficier de conditions propices à leur épanouissement.
CONCLUSION
La conservation autochtone des semences et la souveraineté alimentaire autochtone sont soumises aux pressions de la survie au sein d’un système économique capitaliste imposé, du système alimentaire industriel mondialisé, des changements climatiques et de l’insécurité alimentaire créée par les colonisateurs. L’action autochtone d’adaptation des semences aux changements climatiques, fruit de l’action et de l’autodétermination face à ces oppressions, se situe également à l’intersection des mouvements de revitalisation des connaissances, de la gouvernance décoloniale, de l’organisation communautaire anticapitaliste, de l’entrepreneuriat et des économies culturelles réimaginées. Malgré ces intersections qui engendrent des tensions politiques et culturelles entre les gardiens de semences autochtones et les pouvoirs gouvernementaux, philanthropiques et commerciaux qui entravent leurs efforts, les apprenants et les leaders de l’adaptation autochtone des semences continuent d’appliquer des solutions climatiques réactives. Pour y parvenir, les apprenants et les dirigeants s’appuient sur leurs connaissances approfondies de la terre et sur la collaboration communautaire qui a permis aux systèmes alimentaires autochtones de survivre à la colonisation et aux changements climatiques. Les pressions pour faire correspondre les connaissances et les stratégies autochtones aux modèles philanthropiques et gouvernementaux occidentaux ne font pas seulement obstacle au leadership autochtone en matière d’alimentation et de climat, mais sont assimilatrices et contre-productives pour la biodiversité des semences, la surveillance du climat agricole et l’adaptation. Le mouvement d’adaptation de l’alimentation autochtone aux changements climatiques doit être reconnu comme une action climatique essentielle et les producteurs de semences et d’aliments autochtones doivent être engagés en tant qu’acteurs de première ligne de la lutte contre les changements climatiques. Pour une adaptation des aliments autochtones aux changements climatiques qui soit juste et efficace, les acteurs gouvernementaux et à but non lucratif doivent mieux s’en remettre aux définitions autochtones de la réussite et aux évaluations holistiques menées par les Autochtones des activités et des ressources dont ils ont besoin pour agir.La gouvernance et l’autodétermination autochtones doivent orienter l’élaboration et la mise en œuvre des programmes de financement et d’investissement, ainsi que l’élaboration de plans d’action stratégiques et de politiques liées aux changements climatiques et à l’agriculture qui ont un impact sur les peuples autochtones.Les idées thématiques qui ressortent de l’analyse de cette étude de cas soulignent l’interconnexion de la souveraineté autochtone, de la biodiversité des semences et des aliments et de la résilience climatique, ainsi que le besoin profond de restitution du leadership et des ressources en vue d’un avenir de souveraineté alimentaire juste et résilient face aux changements climatiques.
La conservation autochtone des semences et la souveraineté alimentaire autochtone sont soumises aux pressions de la survie au sein d’un système économique capitaliste imposé, du système alimentaire industriel mondialisé, des changements climatiques et de l’insécurité alimentaire créée par les colonisateurs.
GLOSSAIRE ET NOTES SUR LE LANGAGE DE L’ÉTUDE DE CAS (cliquer pour agrandir)
Les opinions des Autochtones divergent quant aux thèmes de l’étude de cas et aux définitions qui y sont associées. Ces termes et définitions ne reflètent pas toutes les perspectives autochtones.
Agriculture : L’« agriculture » et la « production agricole » sont des termes aliénants pour de nombreux peuples autochtones du Canada en raison de leur association avec les efforts coloniaux visant à assimiler les peuples autochtones à travers l’agriculture occidentale et sa relation contemporaine avec l’agriculture industrielle (AFAC 2021). L’assimilation forcée et l’oppression par les méthodes agricoles des colons s’étendent aux pensionnats, aux colonies agricoles gérées par l’Église, aux fermes de recherche expérimentale et aux fermes de travail forcé, ainsi qu’aux politiques de permis et de laissez-passer, entre autres. Les termes préférés sont « souveraineté alimentaire », « culture » et « jardinage ». Dans d’autres contextes, le terme « agriculture » inclut l’élevage, l’alimentation du bétail, l’aquaculture et d’autres activités de production alimentaire. Dans cette étude de cas, les termes « agriculture » et « agriculture culturelle » sont utilisés de manière interchangeable pour parler des cultures destinées à l’alimentation et fondées sur des enseignements et des méthodes culturelles.
Canada : L’utilisation du terme Canada ne reflète pas les perspectives de nombreux participants sur la politique de reconnaissance de l’État canadien, beaucoup préférant utiliser « ce que l’on appelle le Canada », « ce qui est connu sous le nom colonial du Canada » et « dans les frontières coloniales du Canada » pour reconnaître l’occupation coloniale et le déplacement des Autochtones, mais aussi pour exprimer dans la langue la souveraineté autochtone.
Collectivités : Les termes « collectivités » et « partenaires communautaires » désignent et englobent les collectivités, les organisations, les initiatives locales et les groupes informels autochtones vivant en milieu urbain ou rural, à l’intérieur ou à l’extérieur d’une réserve.
Variétés de semences culturellement importantes : Dans cette étude de cas, les variétés de semences et les semences culturellement importantes désignent les variétés de cultures vivrières avec lesquelles les peuples autochtones entretiennent des relations historiques ou actuelles comme partie intégrante de leurs systèmes d’alimentation culturelle. Il s’agit principalement de variétés de semences qui ont été conçues par les ancêtres autochtones voici des centaines d’années et qui pourraient ou non perdurer aujourd’hui, mais ce terme peut également inclure d’autres variétés de semences que les familles et les collectivités ont récemment conçues ou adoptées dans leurs systèmes alimentaires et avec lesquelles elles ont créé un sens culturel au cours des dernières décennies.
Autochtone : Dans cette étude de cas, le terme « Autochtone » fait référence aux personnes originaires de ce que l’on appelle en anglais l’Amérique du Nord.
RÉFÉRENCES (cliquer pour agrandir)
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(2e édition). Montréal : McGill-Queen’s University Press,
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Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). 2004. What is Happening to Agrobiodiversity? Building on Gender, Agrobiodiversity and Local Knowledge. Rome,
Italie : Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). https://www.fao.org/3/y5609e/y5609e02.htm
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Gouvernement du Canada. Relations Couronne-Autochtones et Affaires du Nord Canada. 2023 d. Programme d’adaptation aux changements climatiques des Premières Nations : projets financés de 2022 à 2023. https://www.rcaanc-cirnac.gc.ca/fra/1698771955468/1698771985864
Gouvernement du Canada. Services aux Autochtones Canada. 2023e. Programme sur le changement climatique et l’adaptation du secteur de la santé. https://www.sac-isc.gc.ca/fra/1536238477403/1536780059794
Gouvernement du Canada. Environnement et ressources naturelles. 2024. Le Plan d’action pour l’adaptation du gouvernement du Canada. https://www.canada.ca/fr/services/environnement/meteo/changementsclimatiques/plan-climatique/strategie-nationale-adaptation/plan-action.html
Gouvernement du Canada. Environnement et ressources naturelles. 2024a. Stratégie nationale 2030 pour la biodiversité du Canada. https://www.canada.ca/fr/environnement-changement-climatique/services/biodiversite/strategie-canadienne-biodiversite/document-etape.html
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Simpson, Leanne, 2004. Anticolonial Strategies for the Recovery and Maintenance of Indigenous Knowledge. American Indian Quarterly, 28(3) : p. 373 à 384.
La taxonomie des investissements climatiques du Canada, un moteur de la transition énergétique
On le sait, l’atteinte des cibles climatiques nationales passe par des réductions majeures des émissions de ses secteurs historiquement polluants comme le pétrole et le gaz. De plus, s’il veut atteindre ses objectifs climatiques, le Canada doit majorer ses investissements privés et publics dans les projets de croissance propre de 80 à 110 milliards de dollars par an. En mars 2023, le Conseil d’action en matière de finance durable (CAFD), un groupe nommé par le gouvernement fédéral, a recommandé l’établissement, par les gouvernements canadiens, d’une taxonomie des investissements climatiques qui aiderait à diriger les fonds vers les secteurs nécessaires. Cette taxonomie ferait office de cadre normalisé pour les marchés financiers cherchant à évaluer quels projets et investissements contribueraient à réduire les émissions de combustibles fossiles des secteurs difficiles à décarboniser conformément aux objectifs climatiques du Canada et aux scénarios mondiaux de 1,5 °C.
Mais comment le Canada devrait-il accélérer la transition des projets pétroliers et gaziers dans sa taxonomie? Nous avons regardé le cadre proposé dans le Rapport sur la feuille de route de la taxonomie du CAFD et avons mis au point une approche pour catégoriser les projets pétrogaziers qui réduisent les émissions.
Comment des projets pétrogaziers peuvent-ils s’inscrire dans une taxonomie canadienne des investissements climatiques?
Le cadre de taxonomie élaboré par l’Institut climatique du Canada s’emploie en grande partie à définir les investissements et les projets dits « verts ». La quasi-totalité des plus de 30 pays qui ont élaboré ou sont en train d’élaborer des taxonomies se concentre d’ailleurs sur la définition de cette catégorie, qui comprend généralement des activités et des projets qui s’inscrivent déjà dans un avenir carboneutre, tels que l’électricité renouvelable, les batteries et le stockage, les véhicules électriques et l’hydrogène propre. Pour ce genre de projets, le CAFD recommande de s’inspirer des cadres et des pratiques novatrices d’ailleurs, notamment de l’Union européenne.
Contrairement à celui d’autres pays et régions, le cadre de taxonomie de l’Institut climatique du Canada définit une catégorie « de transition ». Cette catégorie vise à répertorier les sources de financement et à débloquer des fonds pour des trajectoires crédibles permettant de décarboniser rapidement les secteurs à forte empreinte carbone du Canada, comme le secteur pétrogazier.
Pourquoi inclure des projets pétroliers et gaziers dans une taxonomie des investissements climatiques?
L’intégration des activités pétrogazières à la taxonomie soulève des inquiétudes bien légitimes quant à la préservation de sa crédibilité. La science du climat est sans équivoque : la production et la consommation de combustibles fossiles doivent baisser drastiquement et rapidement si l’on veut que le réchauffement mondial moyen demeure sous 1,5 °C.
Pourtant, c’est précisément en raison du profil d’émissions élevées du secteur pétrogazier qu’il est impératif d’avoir une catégorie de transition pour évaluer les projets de décarbonisation du secteur. Dans un contexte où la demande mondiale pour les combustibles fossiles commence à diminuer au cours de la présente décennie, il faudra investir à grande échelle pour décarboniser la production de pétrole et de gaz en amont afin d’atteindre les objectifs climatiques nationaux et de maintenir la compétitivité du secteur.
La figure 1 résume les critères d’admissibilité des projets à la catégorie de transition de la taxonomie du CAFD. Pris dans leur globalité, ces critères proposent une solution réaliste pour repérer, dans le secteur pétrolier et gazier, les projets admissibles à la catégorie de transition de la taxonomie, et donc à des conditions de prêts préférentielles.

Catégorisation des investissements pétroliers et gaziers dans la taxonomie
Pour déterminer si un projet pétrolier ou gazier est admissible à la catégorie de transition proposée dans la taxonomie du CAFD, nous nous sommes penchés sur trois questions :
- À quel moment les émissions de portée 3 d’un projet particulier sont-elles considérées comme le principal risque de transition?
- Quelle est la définition d’une nouvelle installation pétrogazière par rapport à une installation existante?
- De quelle façon la taxonomie peut-elle déterminer si la durée de vie et la réduction des émissions des projets sont conformes aux trajectoires vers les 1,5 °C?

La catégorisation des projets pétrogaziers selon la taxonomie des investissements climatiques du Canada, gage d’une transition harmonieuse montre que ces questions peuvent être utilisées pour confirmer quels projets entrent dans la catégorie de transition et fait état des points forts et des défis de cette approche.
Dans l’ensemble, cet article propose de placer la barre haut pour déterminer les types de projets pétroliers et gaziers admissibles à la catégorie de transition qui garderont le Canada sur une trajectoire lui permettant d’atteindre ses cibles climatiques. En utilisant des critères et des indicateurs détaillés, l’étiquette de transition parvient à concilier la promotion d’investissements transformateurs et la prévention des freins à la décarbonisation.
Une taxonomie climatique efficace et crédible doit viser haut et loin. Avec la proposition d’une catégorie de transition, le Canada a une occasion unique de s’ériger en chef de file mondial des taxonomies des investissements climatiques. Il est en passe de montrer aux autres pays qu’une taxonomie peut contribuer à la transition des secteurs difficiles à décarboner. Cette taxonomie peut également aider l’économie canadienne à demeurer concurrentielle dans un monde sobre en carbone.
Renverser la vapeur en matière de risques d’inondation
L’amélioration des pratiques de transparence liée aux risques d’inondation peut être un moteur d’équité au Canada.
Les changements climatiques continuent d’accroître les risques d’inondation, et les collectivités ont besoin d’aide pour renforcer leur résilience. L’amélioration de la transparence liée aux risques d’inondation – par la cartographie, la divulgation et la tarification de ces risques – joue un rôle essentiel dans les efforts de protection des gens et des collectivités du Canada. Elle peut aider ces derniers à décider des meilleurs moyens d’éviter, de réduire ou d’éponger les dommages et les pertes dus aux inondations.

Cependant, dans de nombreux cas, les pratiques de transparence en matière de risques d’inondation peuvent avoir des effets négatifs disproportionnés, notamment sur les groupes méritant l’équité. Ces groupes sont plus enclins à vivre en zone inondable et ont plus de difficulté à accéder à des renseignements sur les risques d’inondation. Ils sont également plus susceptibles d’être désavantagés par la tarification fondée sur les risques d’inondation et souvent incapables de se permettre d’habiter dans des zones moins à risque.
Quelles sont les mesures que pourraient prendre les gouvernements afin d’alléger les conséquences disproportionnées et inéquitables de la transparence en matière de risques d’inondation pour les personnes méritant l’équité?
Cartographie des risques d’inondation
Les cartes des risques d’inondation sont des outils incontournables pour comprendre et atténuer les risques d’inondation. Les données actuelles et prospectives précieuses sur ces risques qu’elles présentent peuvent influencer les décisions d’achat, d’investissement et d’adaptation.
Pourtant, ces cartes sont difficiles à trouver, particulièrement pour les endroits où les groupes méritant l’équité sont surreprésentés. Celles qui existent sont souvent désuètes depuis 25 ans ou plus, difficiles d’accès ou trop complexes pour des gens sans compétences techniques.
En 2020, le gouvernement fédéral a annoncé qu’il commencerait à mettre à jour les cartes disponibles et s’est engagé à le faire pour tout le pays dans le cadre du programme d’identification et de cartographie des aléas d’inondation de son Plan d’action pour l’adaptation. C’est un bon pas vers l’avant, mais rien n’indique que les cartes mises à jour refléteront les effets des changements climatiques.
L’inexactitude ou l’absence de cartes des risques d’inondation peuvent poser problème à toute collectivité. Celles où les groupes méritant l’équité sont surreprésentés pourraient avoir plus de difficulté à se remettre d’une inondation. Les gens de ces collectivités ont souvent moins d’économies pour compenser les répercussions et y perdent en général une plus grande part de leur patrimoine global.
Pour que les considérations liées à l’équité soient intégrées efficacement à la cartographie, des consultations publiques sont nécessaires, incluant la mobilisation des parties prenantes et des détenteurs de droits afin de comprendre le contexte local et les répercussions disproportionnées.
Divulgation des risques d’inondation
Pour que la cartographie des zones inondables permette l’atténuation des risques, il faut une divulgation rapide, exhaustive et accessible des renseignements sur les propriétés.
Le principal mécanisme de divulgation des risques d’inondation pendant les transactions immobilières est la déclaration relative à l’immeuble (ou son équivalent). Elle sert à présenter à l’acheteur tout risque lié à la propriété. Par contre, le détail de ce qui doit être communiqué varie selon le territoire, et ces incohérences peuvent empêcher les acheteurs de prendre des décisions éclairées quant aux risques, notamment ceux d’inondation.
Au Canada, les propriétaires ne sont pas actuellement tenus de divulguer les dangers et les risques au sujet de leurs propriétés au cours des transactions de location. Louer un appartement au sous-sol ou dans un quartier sans infrastructures d’eaux usées et de ruissellement adéquates est particulièrement risqué, vu la grande probabilité d’inondation. Les communautés méritant l’équité sont grandement touchées, comme elles sont surreprésentées parmi les locataires.
Les contrats d’assurance de biens et d’assurance locataire ne permettent pas encore d’aviser efficacement les acheteurs et locataires potentiels des risques d’inondation pesant sur la propriété convoitée, et les répercussions sont plus graves pour les communautés méritant l’équité, qui sont surreprésentées dans les zones inondables. Compte tenu de l’essor croissant du marché de l’assurance contre les inondations, les agents devraient être tenus d’aviser leurs clients des dangers et des risques d’inondation associés aux propriétés. Les organismes locaux responsables de la gestion des inondations pourraient également recevoir des modèles d’inondation utilisés dans l’industrie de l’assurance pour souscrire une couverture contre les inondations et s’occuper plus activement de mettre les résidents au courant des répercussions potentielles des dangers d’inondation pour leurs biens et leur assurance.
Tarification
La tarification fondée sur les risques d’inondation peut avoir un effet sur les coûts de l’immobilier, d’assurance et de location, ce qui peut toucher de façon disproportionnée les membres des groupes méritant l’équité.
La compréhension qu’ont les assureurs des risques et des prix concurrentiels influence les primes d’assurance de biens. À mesure que les assureurs gagnent une meilleure connaissance des risques d’inondation, qui sont aggravés par les répercussions climatiques, le coût des assurances grimpe. Au Canada, les primes d’assurance habitation ont augmenté de 20 à 25 % entre 2015 et 2019. Plus de la moitié de cette augmentation est attribuable aux dommages causés par les inondations. En l’absence d’intervention gouvernementale, la protection peut devenir inabordable pour les membres des groupes méritant l’équité vivant dans des zones inondables.
Pour les propriétaires, la divulgation des risques d’inondation peut avoir un effet sur la valeur des propriétés. La valeur des logements et des biens immobiliers peut être considérablement réduite par les inondations catastrophiques, ce qui réduit les économies et limite les options pour la retraite.
La tarification fondée sur les risques d’inondation peut aussi faire grimper les loyers, car les propriétaires font payer la hausse de leurs primes d’assurance à leurs locataires. Ce phénomène touche lui aussi de façon disproportionnée les groupes méritant l’équité, plus susceptibles d’être locataires. Les locataires pourraient se retrouver forcés de déménager ou d’accepter de fortes augmentations de loyer. En réduisant le coût relatif des logements dans les zones inondables et en l’augmentant dans les zones moins inondables, la tarification fondée sur les risques d’inondation pourrait enfermer les groupes méritant l’équité dans un cercle vicieux, ceux-ci se retrouvant obligés de s’installer dans des quartiers plus à risque.
Approche de transparence transformationnelle
Le gouvernement fédéral, ainsi que plusieurs gouvernements provinciaux, territoriaux et autochtones, investissent dans des programmes de cartographie des inondations, mais il reste de grandes lacunes, qui devraient être comblées par des programmes et des stratégies mobilisant les groupes méritant l’équité et prenant en compte la vulnérabilité sociale. À court terme, on pourrait créer des comités de partage des connaissances qui intégreraient divers points de vue dans les initiatives de cartographie. À long terme, les gouvernements devraient passer à l’élaboration conjointe de programmes de cartographie des inondations. En incluant de manière significative les membres des groupes méritant l’équité dans la conception et la mise en œuvre des programmes de cartographie des inondations, on s’assure que les valeurs, les préoccupations et les priorités tiennent compte de la diversité des communautés cartographiées.
Les cartes des risques d’inondation doivent aussi être conçues pour être accessibles par le public, dont les groupes méritant l’équité. Par exemple, les données doivent être faciles à comprendre pour que les gens puissent prendre des décisions éclairées sur la préparation et la résilience aux inondations.
Enfin, le renforcement et la normalisation des exigences et des lignes directrices qui s’appliquent à la divulgation d’informations sur les inondations pour les biens immobiliers et les loyers contribueraient à alléger une partie du fardeau disproportionné imposé aux communautés méritant l’équité.
Résilience accrue contre les risques d’inondation
La mise en place de mécanismes de résilience contre les risques d’inondation est une mesure importante de protection des Canadiens contre les conséquences croissantes des changements climatiques. Pour faire un pas dans la bonne direction, il faudrait améliorer la transparence liée aux risques d’inondation, pour que les gens et les collectivités puissent prendre des décisions plus éclairées.
Découvrez comment des réponses stratégiques peuvent aider à relever les défis liés à l’équité quant à la transparence liée aux risques d’inondation.