Cet article a précédemment été publié dans Corporate Knights.
Un des plus grands défis de la lutte contre les changements climatiques est qu’il est difficile d’en décrire le progrès.
Évidemment, nous savons que nous devons atteindre la carboneutralité d’ici 2050 : il en va de la composition chimique de l’atmosphère. Mais cet objectif est concrètement difficile à comprendre pour monsieur et madame Tout-le-Monde.
Le fait que 2050 est dans un quart de siècle ne fait que compliquer les choses. Quels indicateurs de progrès pouvons-nous surveiller d’ici là? Comment savoir si nous sommes sur la bonne voie? Et comment corriger la trajectoire au besoin?
Mesurer la réduction des émissions de gaz à effet de serre des pays est une option pour suivre le progrès.
L’historique Accord de Paris, qui a été adopté il y a 10 ans, vise à contenir l’augmentation de la température mondiale à un niveau inférieur à 2 °C par rapport aux niveaux de l’ère préindustrielle, et à continuer les efforts afin de limiter l’augmentation du réchauffement à 1,5 °C.
Les pays décident eux-mêmes des façons d’atteindre les objectifs de l’Accord. Leurs plans, appelés des contributions déterminées au niveau national (CDN), doivent constituer des « efforts ambitieux » en vue de « réaliser l’objet du présent Accord » qui « représenteront une progression dans le temps ». Ces contributions sont définies tous les cinq ans et consignées par l’Organisation des Nations Unies.
Comme bien d’autres nations, le Canada a inscrit ses engagements de l’Accord de Paris dans une loi nationale, la Loi canadienne sur la responsabilité en matière de carboneutralité, qui a été adoptée par le Parlement en 2021. Au titre de cette loi, le gouvernement fédéral a publié son Plan de réduction des émissions et le met régulièrement à jour.
Sans surprise, comme la communauté mondiale a consciemment structuré l’enjeu des changements climatiques autour de ces mesures annuelles de réduction des émissions, c’est principalement sous cet angle que le public comprend la discussion. Les grands titres sur les changements climatiques dans les médias traitent majoritairement de l’atteinte (ou non) de ces cibles.
Comprenez-moi bien : je crois que l’approche adoptée pour l’Accord de Paris a son utilité. Comme le Canada, la plupart des pays ont soigneusement catalogué la moindre émission de carbone et élaboré des cadres de politiques entiers pour les réduire. Ceci a permis une importante réduction du réchauffement futur prévu, soit de près d’un degré Celsius d’ici la fin du siècle.
Cependant, 10 ans après l’Accord de Paris, je ne crois pas que de communiquer au public la réussite ou l’échec en matière de progrès climatique en termes de mégatonnes de réduction de carbone – en le criant sur tous les toits à chaque fois – est la meilleure approche.
D’une part, comme je l’ai mentionné plus haut, ce n’est pas une mesure tangible ni facile à comprendre pour la plupart des gens.
D’autre part, il y a des façons plus efficaces et plus intéressantes de communiquer les bons coups et les mauvais. Prenons les véhicules électriques comme exemple. Au moment de la signature de l’Accord de Paris, moins d’un pour cent des véhicules neufs vendus dans le monde était électriques. Aujourd’hui, cette valeur est de plus de 25 %, et elle continue d’augmenter. Cette croissance fulgurante a entraîné une baisse de la demande en pétrole et donc des émissions de gaz à effet de serre. Notons que l’Agence internationale de l’énergie a évalué le nombre total de barils de pétrole remplacés par l’adoption des véhicules électriques à plus de 1,3 million par jour en 2024. Elle s’attend en outre à ce que ce nombre dépasse les 5 millions de barils par jour d’ici 2030.
Mais le plus intéressant est que les véhicules électriques sont tout simplement meilleurs que les voitures à essence. Toute personne qui en conduit un l’adore et économise à long terme (particulièrement quand le prix du pétrole s’envole en raison de conflits internationaux comme ceux dont nous sommes témoins en ce moment…).
Les thermopompes sont un autre exemple. En 2015, elles étaient généralement considérées comme une technologie marginale. Aujourd’hui, elles sont plus vendues que les chaudières au gaz aux États-Unis et ailleurs. Comme elles sont plus efficaces que les chaudières au gaz naturel et fonctionnent à l’électricité, leur contribution à la réduction des émissions de carbone est de plus en plus notable.
Le taux d’adoption des véhicules électriques et des thermopompes sont des mesures extrêmement importantes du progrès climatique, car contrairement aux réductions d’émissions, elles sont concrètes et visibles.
Afin de réaligner le débat des changements climatiques sur un axe positif, l’Institut climatique du Canada commencera au cours des prochains mois à faire le suivi d’indicateurs de progrès tels que les données sur la vente de véhicules électriques et de thermopompes.
Il s’agit également là d’une façon de demander des comptes aux gouvernements. Le premier ministre Carney a récemment annoncé que le gouvernement fédéral avait comme objectif que 75 % des nouveaux véhicules vendus soient électriques d’ici 2035. C’est une promesse claire et une occasion pour nous de nous assurer que les politiques déployées en ce sens sont suffisantes.
Comme je l’ai déjà mentionné sur cette tribune, la discussion sur les changements climatiques est davantage un marathon qu’un sprint. Elle a évolué au fil des décennies et continuera de le faire. Nous devons constamment repenser notre manière de parler de cet enjeu pour nous assurer qu’il reçoive toute l’attention nécessaire dans ce monde changeant et que notre public le comprenne bien.