La tarification du carbone industriel ne fait pas grimper la facture d’épicerie

Pourquoi la tarification du carbone industriel a-t-elle si peu d’effet sur le prix des aliments?

Cet article a précédemment été publié dans La Presse.

Comme consommateur, je suis aussi préoccupé par le prix des aliments. Comme pour beaucoup de gens, c’est l’une des dépenses les plus importantes de mon budget mensuel. Mais comme chercheur en politiques climatiques, je suis consterné de lire et d’entendre que la tarification du carbone industrielle est en partie responsable de la hausse du prix du panier d’épicerie, alors que cette politique n’a pratiquement aucun effet sur les prix des produits en épicerie. 

Une analyse de l’Institut climatique du Canada démontre que la tarification du carbone industriel en place partout au Canada, sauf au Québec, a un effet négligeable sur le prix des aliments, estimé à environ 0,1 %. C’est l’équivalent d’un cent de plus pour deux cartons d’œufs. 

Nous ne sommes pas les seuls à parvenir à cette conclusion. D’autres chercheurs ont montré que l’effet de la tarification du carbone industriel représente une infime fraction du prix des aliments. 

Ces preuves contredisent l’argument (erroné) qui circule actuellement, selon lequel la tarification du carbone industriel augmente le coût des carburants, des engrais et du matériel agricole, entraînant une hausse des prix à l’épicerie. Bien que cela puisse paraître intuitif, ce n’est pas vrai. 

Pourquoi la tarification du carbone industriel a-t-elle si peu d’effet sur le prix des aliments? 

D’abord, cette tarification ne s’applique ni aux particuliers ni à une grande partie de la chaîne d’approvisionnement alimentaire. Une vaste proportion  de nos aliments sont importés et ne sont donc pas concernés par la tarification canadienne du carbone. Les agriculteurs et les entreprises de transport au pays ne sont pas de leur côté assujettis à la tarification du carbone industriel.

La situation est légèrement différente au Québec, où tous les carburants sont soumis au système de plafonnement et d’échange de droits d’émission., Mais même là, les études montrent que les coûts de ce système représentent une fraction d’un pour cent du prix des aliments. 

Quant aux coûts indirects, ils sont minimes. La tarification du carbone industriel ne s’applique qu’aux grands émetteurs industriels, et même dans ce cas, elle a un effet atténué (et parfois même positif) sur les livres comptables, avec peu ou pas de coûts qui se répercutent sur les chaînes d’approvisionnement.

En effet, la tarification du carbone industriel vise à réduire les émissions tout en limitant les coûts pour l’industrie. Les entreprises ne paient pas pour la totalité de leurs émissions, mais seulement pour celles qui dépassent un certain seuil. En réduisant leurs émissions sous ce niveau, elles peuvent générer des revenus vendant des crédits carbone.

Et le carburant utilisé dans les exploitations agricoles, pour les camions transportant des marchandises sur les autoroutes et pour la machinerie utilisée dans la transformation des aliments? La tarification du carbone industriel n’a pas d’incidence importante sur le prix de ce carburant. Dans le secteur des sables bitumineux, notre analyse indique que la tarification du carbone coûte actuellement aux producteurs environ 9 cents par baril de pétrole. Si le protocole d’entente entre le Canada et l’Alberta entraîne une hausse de la tarification du carbone, ce coût pourrait atteindre près de 50 cents par baril, soit le prix d’un Timbit, d’ici 2030. C’est peu, considérant étant donné qu’un baril de pétrole brut de sables bitumineux vaut l’équivalent d’environ 400 Timbits à l’heure actuelle.

Pour ce qui est des engrais azotés, une analyse de Clean Prosperity révèle que le producteur moyen tire en réalité profit de la tarification du carbone. Les prix des engrais ont augmenté pour de nombreuses raisons, notamment la flambée des prix du gaz naturel, mais pas à cause de la tarification du carbone. 

Pour ce qui est de l’acier utilisé dans la machinerie agricole, une hausse de son coût liée à la tarification carbone aurait un effet négligeable sur le prix d’une moissonneuse-batteuse ou d’une camionnette. Par exemple, une tarification du carbone de 170 $ la tonne (bien supérieure au prix actuel) sur l’acier ajouterait moins de 16 $ au prix d’un Silverado de Chevrolet, ou environ 0,03 % du prix du modèle de base.

Les causes réelles de l’inflation alimentaire ne sont pas difficiles à identifier. Selon un rapport récent, les principaux facteurs sont les perturbations des chaînes d’approvisionnement, la pénurie de main-d’œuvre, la politique commerciale américaine perturbatrice et, vous l’aurez deviné, les changements climatiques. La sécheresse dans l’Ouest canadien a fait grimper le prix du bœuf, les grandes chaleurs endommagent les cultures de café et toute une série de phénomènes météorologiques extrêmes et imprévisibles ont contribué à la flambée des prix des laitues, de l’huile d’olive et du chocolat.

Plusieurs raisons expliquent le prix élevé des produits d’épicerie, mais la tarification du carbone industriel n’en est pas une. 

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