Étant donné les pressions climatiques croissantes, l’insatisfaction face aux approches coloniales pour évaluer les répercussions des grands projets, les Gitanyow exercent leur autorité et leur souveraineté sur leurs territoires avec l’aide d’un outil : le processus d’évaluation de la durabilité Wilp (WSAP) et le test climatique.
L’origine du test climatique des Gitanyow
Aujourd’hui, dans l’Ouest canadien, on constate une fusion continue entre le droit occidental et le droit autochtone pour gérer le développement de grands projets, la durabilité et le climat dans le contexte plus large de la réconciliation de l’histoire et des héritages coloniaux avec les peuples autochtones d’aujourd’hui, leurs droits et leurs intérêts. À titre d’exemple, en 2020, le peuple Gitanyow, dont le territoire ancestral se trouve dans la province de la Colombie-Britannique (C.-B.), a mis en place son processus d’évaluation de la durabilité Wilp (WSAP) afin de promouvoir et de protéger leurs droits et intérêts en ce qui concerne le développement de grands projets sur leur territoire ou qui l’affectent de quelque manière que ce soit. Le WSAP comprend le test climatique des Gitanyow, qui vise à évaluer le rendement des projets en matière d’impact climatique et qui est fondé sur le leadership autochtone en matière de climat.
Les changements climatiques menacent le mode de vie des Gitanyow, en affectant la quantité d’eau et, par conséquent, la pêche au saumon, qui est un élément clé de leur culture. Le test climatique visait à répondre à ces pressions. Élaboré en 2019 et affiné depuis 2023, il utilise une série de critères et une grille de notation pour éclairer la prise de décisions relatives à l’approbation des grands projets. Il ne s’agit que d’une des nombreuses tentatives des peuples autochtones au Canada pour exercer leur souveraineté dans un contexte juridique colonial et dans une économie fondée sur l’extraction des ressources naturelles.
Les Gitanyow sont un peuple autochtone, comme mentionné dans la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (DNUDPA), et un peuple autochtone tel que défini dans la constitution canadienne. La Gitanyow Huwilp (Nation) est un collectif de huit Wilp (groupes de maisons) avec 6 200 kilomètres carrés de Lax’yip (territoire) s’étendant sur des pans des bassins hydrographiques des rivières Skeena et Nass dans le nord-ouest de la Colombie-Britannique. Les Gitanyow sont les intendants de ce territoire depuis des millénaires; à l’instar d’autres Premières Nations en Colombie-Britannique, les Gitanyow n’ont jamais cédé, abandonné ou vendu leur territoire.
Expérience des Gitanyow avec les évaluations d’impact et environnementales coloniales
Le test climatique des Gitanyow, et son projet global WSAP, est né d’un mécontentement face à la manière dont l’évaluation d’impact (EI) des grands projets a géré les intérêts autochtones et le climat.
Entre environ 2009 et 2018, les Gitanyow ont participé à plusieurs évaluations environnementales provinciales et évaluations d’impact fédérales avant de développer le WSAP, et ont constaté que le résultat était toujours similaire : les projets étaient approuvés indépendamment des préoccupations soulevées par les peuples autochtones et d’autres.
Au cours de cette période, les Gitanyow, ainsi que de nombreuses autres Premières Nations en Colombie-Britannique, demandaient l’adoption et la mise en œuvre de la DNUDPA, et ses articles spécifiques relatifs au consentement libre, préalable et éclairé pour le développement industriel sur les terres autochtones, et aux droits associés à l’autonomie gouvernementale et à l’autodétermination.
Influence autochtone sur l’évaluation d’impact et l’évaluation d’impact dirigée par les Autochtones
Le contexte juridique actuel de l’évaluation d’impact au Canada est enraciné dans des siècles de colonisation européenne et d’institutionnalisation des pratiques d’extraction des ressources naturelles. Dans les années 1970, les intérêts autochtones étaient largement ignorés. L’Enquête Berger (1974-77) historique s’est écartée de cette approche, en offrant un espace pour une participation plus approfondie des peuples autochtones et en rehaussant leurs droits et intérêts dans la prise de décision canadienne en matière de ressources naturelles1. Même si l’enquête Berger reste un cas marquant, les succès subséquents des Autochtones devant les tribunaux ont progressivement renforcé la protection des droits et intérêts autochtones dans le droit canadien2. Plus récemment, on a assisté à un mouvement plus large vers la réconciliation des préjudices coloniaux passés et actuels et une position plus juste et équitable pour les peuples autochtones.
Sur le plan juridique, cela a été consacré dans les processus provinciaux et fédéraux d’évaluations d’impact et environnementales touchant les Gitanyow. La loi intitulée Environmental Assessment Act (2018) de la Colombie-Britannique et la Loi sur l’évaluation d’impact (2019) [LEI] du Canada exigent toutes deux de consulter les peuples autochtones concernés et l’intégration des connaissances autochtones dans la prise de décision.
En parallèle à cette évolution du droit canadien, l’évaluation d’impact dirigée par les Autochtones (EIDA) a fait surface comme un moyen par lequel les nations autochtones réaffirment leurs propres valeurs et procédures pour prendre leurs propres décisions sur le développement de grands projets et reprendre le contrôle de leurs territoires3. D’un point de vue juridique, l’EIDA illustre un pluralisme juridique naissant, une tendance qui est source de beaucoup de mépris et d’opposition de la part de certains segments de la société4.
Le British Columbia Law Institute définit le pluralisme juridique comme une description du fonctionnement de deux ordres juridiques ou plus au sein de la même administration géographique ou du même espace social5. Le pluralisme juridique peut être reconnu et accepté officiellement, ou peut être affirmé et reconnu de manière plus contestée et ad hoc, comme c’est le cas au Canada.
Évaluation de l’impact climatique au Canada et dans le monde
Les changements climatiques ont été pris en compte pour la première fois dans l’EI fédérale canadienne dans les directives de 2003, un an après la ratification canadienne du Protocole de Kyoto et plus d’une décennie après l’accord mondial sur la Convention-cadre sur les changements climatiques des Nations Unies6. En 2006, la situation a changé : Les Canadiens ont élu le gouvernement de Stephen Harper, qui était déterminé à développer les hydrocarbures. Puis, en 2011, le Canada s’est retiré du Protocole de Kyoto et, un an plus tard, il avait adopté une loi plus favorable aux hydrocarbures, la Loi canadienne sur l’évaluation environnementale (2012).
Dans ce contexte, l’EI sur le climat était faible, au mieux7. Une erreur fondamentale dans les méthodes d’EI sur le climat a fait surface à cette époque : ce qu’on appelle l’astuce de l’échelle. Essentiellement, il s’agit d’une approche qui compare les émissions d’un projet à l’ensemble des émissions de l’administration hôte, aboutissant inévitablement à un ratio très faible et diminuant ainsi efficacement toutes les préoccupations.
La politique climatique a gagné en importance avec l’adoption de l’Accord de Paris à la fin de l’année 2015, et au cours des trois années suivantes, les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Association internationale pour l’évaluation d’impact ont publié des directives sur l’analyse d’impact climatique8. Notamment, les directives britanniques n’utilisaient pas l’argument de l’astuce de l’échelle, et ont au contraire suggéré que toutes les émissions soient considérées comme significatives étant donné la concentration dangereusement élevée de gaz à effet de serre (GES) dans l’atmosphère9.
Un changement de gouvernement au Canada en 2015 a conduit à un climat politique beaucoup plus favorable à la participation des Autochtones à l’évaluation d’impact. Cherchant à influencer l’élaboration des politiques à venir, Doelle (2018) a constaté que la prise de décision inadéquate concernant les grands projets peut entraîner des répercussions climatiques verrouillées pendant de longues périodes, des actifs bloqués, ou les deux10. Doelle et Gibson (2018) ont proposé des critères pour évaluer la pertinence climatique des projets11.
Luke et Noble (2018) ont examiné l’EI sur le climat dans les demandes de gaz naturel liquéfié (GNL) en Colombie-Britannique et ont découvert le fractionnement des projets, où les composants du projet sont évalués de manière isolée les uns des autres, et un lien insuffisant avec la politique climatique, entre autres lacunes12. La Colombie-Britannique a instauré sa politique climatique phare CleanBC en 201813, a promulgué la loi intitulée Environmental Assessment Act en 2018 et a révisé la loi intitulée Climate Change Accountability Act (SBC 2007 c.42) en 2018 afin d’inclure des objectifs juridiques de réduction des émissions.
En 2019, le gouvernement canadien a adopté sa LEI actuelle, qui instaure un test climatique explicite dans la loi fédérale sur l’EI, parallèlement à d’autres annonces de politiques climatiques14. En vertu des articles 22 et 63 de la LEI, les promoteurs doivent évaluer le potentiel de leur projet à « port[er] atteinte ou contribu[er] à la capacité du gouvernement du Canada à respecter ses engagements à l’égard des changements climatiques »15.
En 2023, la Colombie-Britannique a continué à faire avancer la politique climatique en introduisant des exigences climatiques plus strictes16. Ces exigences comprenaient l’obligation pour toutes les installations de GNL proposées de réussir un test d’émissions avec un plan crédible de carboneutralité d’ici 2030, et l’établissement d’un plafond réglementaire d’émissions pour l’industrie pétrolière et gazière afin de garantir que la Colombie-Britannique atteigne ses objectifs de réduction des émissions pour 2030.
Néanmoins, l’examen de 2020 par Hetmanchuk des EI sur le climat à l’échelle du Canada n’en a trouvé qu’une seule qui concluait qu’il y aurait des effets climatiques significatifs, ce qu’elle attribue à l’utilisation de l’astuce de l’échelle17. Le co-auteur de l’étude, Chris Joseph, a qualifié l’astuce de l’échelle d’argument de minimisation et a fait remarquer que le seuil d’importance mondiale de 350 parties par million de dioxyde de carbone (les niveaux atmosphériques considérés comme sûrs par certains scientifiques du climat) avait déjà été dépassé.
Joseph a suggéré que les projets ayant un impact sur le climat pourraient encore être justifiables en fonction d’autres avantages pour la société, et Doelle et Sinclair (2021) ont proposé de même plusieurs critères pour déterminer quand les répercussions climatiques pourraient être considérées comme justifiées18. Peloffy et coll. (2022) ont cerné diverses lacunes et insuffisances dans l’EI sur le climat canadienne, proposant un critère axé sur la compatibilité avec les voies de décarbonisation et les parts équitables du budget carbone mondial19.
Cet engagement peu fiable du gouvernement colonial en faveur de l’action climatique s’ajoute à la méfiance générale à l’égard des processus et des approches actuels de l’EI et aide à mettre en contexte l’émergence du WSAP et du test climatique des Gitanyow.
Les Gitanyow et le processus d’évaluation
Les Gitanyow ont lancé le WSAP en 2019 après des décennies d’expérience dans la participation à des évaluations d’impact coloniales qui ne tenaient qu’à peine compte des répercussions sur le climat. Le WSAP est un exemple non seulement d’EIDA, mais aussi du pluralisme juridique qui existe en Colombie-Britannique et au Canada au croisement du développement de grands projets, du climat et de la réconciliation.
Depuis le contact avec les Européens à la fin du XVIIIe, les Gitanyow ont défendu le Lax’yip par des actions directes et légales, des négociations et la diplomatie. L’effort pour défendre le Lax’yip a été et demeure dirigé par le Simgigyet’m Gitanyow (chefs héréditaires ou GHC) qui travaillent au nom du WILP20.
Le développement de grands projets, l’activité humaine continue telle que la foresterie et le changement environnemental mondial ont tous transformé le Lax’yip. Les changements climatiques sont un excellent exemple de ce dernier, qui se manifeste dans le Lax’yip par la fonte des glaciers, des incendies de forêt de plus en plus graves et des changements écosystémiques, qui se font tous sentir sur la culture, les moyens de subsistance et le bien-être des Gitanyow.
En réponse, les Gitanyow ont promulgué plusieurs Ayookxw (lois) pour définir le développement dans le Lax’yip ou touchant celui-ci, y compris le WSAP21. Le WSAP oriente les décisions des Gitanyow en ce qui concerne les propositions de développement de grands projets, qui supposent une participation précoce et un examen des projets, une évaluation détaillée, des rapports, la prise de décision et la surveillance (figure 1). Les Gitanyow mènent le WSAP indépendamment des décisions de toute nation autochtone voisine, et à ce jour, trois projets ont été évalués dans le cadre de ce processus.
Figure 1. Processus d’évaluation de la durabilité Wilp de Gitanyow

Le premier WSAP a été élaboré par Gitanyow Hereditary Chiefs et la première auteure de cette étude de cas, Tara Marsden/Naxginkw, en 2020 pour le GHC avec le soutien de West Coast Environmental Law. Il comprenait un test climatique préliminaire à deux volets : si la conception d’un projet réduit au minimum sa pollution par le carbone et comment un projet peut se faire sentir sur les capacités de la Colombie-Britannique et du Canada à respecter l’Accord de Paris. La portée limitée et l’articulation vague de ces deux critères ont mené le GHC en 2023 à amorcer l’expansion et l’élaboration du test climatique. C’est alors que le deuxième auteur, Chris Joseph, est entré en jeu.
Méthodes d’élaboration du test climatique des Gitanyow
À partir de 2023, nous avons réexaminé et élargi le test préliminaire dans le cadre d’un processus en cinq étapes. Premièrement, nous avons réexaminé l’objectif du critère, clarifié les objectifs et exploré les lacunes dans le test existant et dans l’EI sur le climat colonial. Deuxièmement, nous avons examiné la littérature pertinente et consulté plusieurs experts du domaine (Robert Gibson, Université de Waterloo; Graeme Reed, Assemblée des Premières Nations; Thomas Green, Fondation David Suzuki) afin de cerner des possibilités. Troisièmement, nous avons résumé la recherche pour l’utiliser dans la rédaction du nouveau test et d’un guide d’évaluation pour les évaluateurs. Quatrièmement, nous avons consulté les chefs et les représentants des Gitanyow pour recueillir leurs commentaires. Finalement, nous avons mis en application le nouveau test à deux projets d’étude de cas (la mine Eskay Creek et le projet de GNL Ksi Lisims); les résultats préliminaires ont été présentés aux chefs et aux représentants des Gitanyow, et parachevés.
Nouveau test climatique des Gitanyow
Le nouveau test est une réponse à un certain nombre de lacunes dans les approches actuelles de l’EI sur le climat de la Colombie-Britannique et du Canada. Premièrement, ces gouvernements ont un bilan médiocre en matière de réduction des émissions. Les trajectoires d’émissions provinciales et fédérales sont essentiellement les mêmes depuis le milieu des années 1990, malgré le lancement par les deux ordres de gouvernement de politiques comprenant des exigences législatives de réduction des émissions, un résultat prévisible étant donné l’approbation répétée de projets liés aux combustibles fossiles22. Une régression supplémentaire ne sera pas surprenante dans l’environnement politique actuel23. Deuxièmement, les Gitanyow reconnaissent le décalage entre les objectifs négociés politiquement et les systèmes biophysiques de la Terre—les objectifs fixés politiquement ne suffisent actuellement pas à contenir la hausse des températures. Troisièmement, les Gitanyow constatent que les projets approuvés ont fait peu de progrès sur le plan climatique et que l’EI sur le climat n’a aucune incidence importante dans l’ensemble. Quatrièmement, les Gitanyow ont constaté une inattention dans les tests climatiques limités de la Colombie-Britannique et du Canada à plusieurs dimensions du changement climatique24. Ainsi, les Gitanyow ont cherché à faire fond sur leur test climatique initial pour éclairer de façon optimale leur prise de décisions, définir la trajectoire des changements climatiques et ses effets sur les Lax’yip dans la mesure du possible et renforcer leur souveraineté25.
Conformément au WSAP, ainsi qu’aux bonnes pratiques en matière d’EI26, le nouveau testa été mis au point en tenant compte de plusieurs principes :
- Rigueur, transparence et utilisation des meilleures preuves disponibles;
- Simplicité et pragmatisme afin de réduire au minimum les contraintes et de maximiser la volonté des analystes des Gitanyow et des promoteurs de projets de développement;
- Applicabilité à tous les types de projets;
- Multidimensionnalité afin de mieux éclairer la prise de décision tout en réduisant au minimum les chevauchements;
- Un contrôle plus approfondi pour les projets à risque élevé27;
- Exiger des promoteurs qu’ils démontrent que le projet a des répercussions mineures28.
Le test est utilisé pendant le WSAP, qui entre en jeu lorsqu’un projet qui se trouve dans le territoire des Gitanyow Huwilp ou Lax’yip ou qui peut les toucher déclenche un examen en vertu de la loi sur l’EI de la Colombie-Britannique ou du gouvernement fédéral. Une fois qu’un promoteur soumet un rapport de description initiale des activités aux Gitanyow, le WSAP commence et le test climatique est lancé en parallèle. Les Premières Nations Wilp et les chefs héréditaires peuvent également déclencher le WSAP pour les grands projets que les gouvernements provinciaux et fédéraux n’ont pas jugés dignes d’un examen en vertu de leur loi respective, ce qui peut maintenant se produire plus fréquemment en raison de l’adoption accélérée des lois et des exemptions aux exigences d’examen des projets.
Le test comprend trois volets : 1) examen initial d’un projet proposé, 2) évaluation test par critère, y compris la collecte de renseignements supplémentaires, l’évaluation et la documentation des résultats; et 3) résumé des résultats de l’évaluation dans son ensemble dans un rapport sur l’impact sur le climat (figure 2).
Figure 2. Trois étapes du test climatique des Gitanyow

La première étape de l’examen initial a une portée et une profondeur vastes. Elle couvre : la nature du projet proposé, la qualité des preuves, les hypothèses, les incertitudes et les risques29, la portée de l’évaluation (par exemple, s’il y a un fractionnement du projet)30, les plans d’atténuation et questions techniques pertinentes (par exemple, utilisation d’horizons temporels appropriés pour les GES)31.
La deuxième étape examine le projet critère par critère en utilisant un total de 13 critères et sous-critères (tableau 1), ainsi qu’une grille de notation qui définit les notes bonnes, moyennes et mauvaises pour chacun32. Des instructions détaillées sont fournies pour chacun des problèmes sous-jacents à chaque test pour aider les évaluateurs à effectuer leur évaluation. Les évaluateurs qui utilisent le test peuvent faire appel à des experts techniques indépendants et le personnel et la direction des Gitanyow. Les questions clés énumérées au tableau 1 visent à communiquer de manière succincte les problèmes examinés pour les évaluateurs et le lecteur du test et des résultats du test.
Tableau 1. Critères du nouveau test climatique des Gitanyow
| Numéro | Critère | Sous-critère | Question clé |
|---|---|---|---|
| 1 | Conception du projet et atténuation | Conception ambitieuse33 | La conception reflète-t-elle l’ambition de répondre à la crise climatique? |
| 2 | Respect de la hiérarchie d’atténuation34 | La prévention est-elle priorisée? | |
| 3 | Plan d’amélioration35 | Existe-t-il un plan authentique et solide pour améliorer le rendement climatique du projet tout au long de sa durée de vie? | |
| 4 | Surveillance de la mise en œuvre et de l’efficacité36 | Y a-t-il une surveillance appropriée du rendement climatique et une réponse à celui-ci? | |
| 5 | Confiance dans l’explication37 | Les renseignements fournis inspirent-ils confiance quant à un rendement climatique positif? | |
| 6 | Verrouillage climatique38 | Le projet va-t-il verrouiller les impacts des répercussions climatiques pendant de longues périodes? | |
| 7 | Répercussions climatiques | Comparaison avec les pairs39 | Comment les émissions de GES du projet se comparent-elles à celles des pairs? |
| 8 | Rendement de la portée 340 | Quelle est l’étendue des émissions de GES du cycle de vie du projet? | |
| 9 | Objectifs et budgets climatiques41 | Le projet aide-t-il ou entrave-t-il les objectifs climatiques de l’administration hôte? | |
| 10 | Autres effets climatiques42 | Y a-t-il des répercussions ou des retombées indirectes de nature climatique? | |
| 11 | Inégalités de répartition43 | Y a-t-il des groupes qui seront touchés de manière disproportionnée par les répercussions climatiques du projet? | |
| 12 | Viabilité économique44 | L’atténuation des changements climatiques est-elle abordable pour le promoteur? | |
| 13 | Facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) du promoteur | Le comportement et le bilan de l’entreprise du promoteur inspirent-ils confiance en matière de rendement climatique? | |
La troisième étape est de documenter les résultats selon les critères d’inclusion dans le WSAP élargi. Les résultats préliminaires sont présentés aux promoteurs et aux dirigeants des Gitanyow, puis parachevés en fonction de tout nouveau renseignement qui pourrait faire surface. Le rapport d’évaluation final est ensuite utilisé par la direction de Gitanyow pour prendre ce qu’on appelle une « décision d’importance », c’est-à-dire une décision sur l’acceptabilité d’un projet proposé.
Études de cas
Les auteurs ont maintenant mis en application le nouveau test climatique à trois projets : la mine en friche industrielle d’Eskay Creek, le projet de GNL de Ksi Lisims, et plus récemment un troisième projet qui n’est pas décrit ici. Ce sont les premières applications d’un test climatique des Gitanyow, car le test initial n’a jamais été utilisé pour évaluer un projet.
Eskay Creek
Skeena Resources a récemment demandé l’approbation du gouvernement provincial pour rouvrir la mine d’or et d’argent d’Eskay Creek, actuellement fermée, située au nord-ouest du territoire des Gitanyow. Son trafic de camions passerait par le territoire des Gitanyow, ce qui pose un certain nombre de risques pour les écosystèmes sensibles et la faune comme ceux des orignaux et des grizzlis.
Skeena a accepté en 2022 de participer au WSAP des Gitanyow et a fourni des renseignements pour l’évaluation, qui a été achevée en 2024. Même si ce projet ne pose pas en soi de nombreuses répercussions climatiques négatives, le test climatique a été appliqué dans le cadre de l’évaluation plus large du WSAP. Dans l’ensemble, le projet a reçu neuf notes « bonnes » et quatre notes « moyennes » (figure 3)45. Afin d’expliquer deux de ces notes pour illustrer le fonctionnement du test climatique, le projet a reçu une note « bonne » pour la comparaison avec les pairs en raison de sa faible intensité en GES anticipée (en raison de la teneur élevée en minerai, de la disponibilité d’électricité propre et de son emplacement sur le site d’une ancienne mine, également appelée friche industrielle), tandis qu’une note « moyenne » a été attribuée pour son rendement de portée 3 en raison de l’estimation floue des émissions de Skeena et de son intérêt limité pour l’atténuation. Le rendement de portée 3 fait référence aux émissions liées à un projet en amont dans la chaîne d’approvisionnement ou en aval de l’utilisation du produit.
Figure 3. Résultats des tests climatiques pour la mine Eskay Creek (les notes « bon » sont en vert et les notes « acceptable » sont en jaune)

Projet de GNL de Ksi Lisims
Le projet de GNL de Ksi Lisims comprend un oléoduc proposé qui traverserait le territoire des Gitanyow, ainsi qu’une installation d’exportation proposée située au nord-ouest de celui-ci. Les multiples promoteurs du projet de GNL de Ksi Lisims n’ont pas accepté de participer au WSAP des Gitanyow, mais le projet a néanmoins été évalué en 2024 et 2025 au moyen de renseignements accessibles au public.
En tant que développement de combustibles fossiles, le projet a soulevé des problèmes évidents d’impact climatique et le test climatique a été une partie importante de l’évaluation des Gitanyow. Dans l’ensemble, le projet a reçu une note « bon », cinq notes « acceptable » et sept notes « mauvais » (figure 4)46. Pour aller plus loin, le projet a obtenu une note « acceptable » en ce qui concerne l’adhésion à la hiérarchie d’atténuation, car l’électrification du processus de liquéfaction évitera une proportion substantielle des impacts climatiques du projet, même si le promoteur prévoit de s’appuyer principalement sur la compensation jusqu’à ce que l’électrification soit possible.
Figure 4. Résultats des tests climatiques pour le projet de GNL de Ksi Lisims (les notes « bon » sont indiquées en vert, les notes « acceptable », en jaune, et les notes « mauvais », en orange).

Conclusion
Les changements climatiques se font déjà sentir profondément sur le territoire et les habitants de Gitanyow, qui, par conséquent, se sentent obligés d’agir. Du point de vue des Gitanyow, les gouvernements provinciaux et fédéraux ne parviennent pas à réaliser des progrès en matière de climat. Le test climatique dans le cadre du WSAP joue un rôle important dans la gestion du territoire par le peuple Gitanyow pour les générations futures, en comblant les lacunes de l’évaluation d’impact coloniale et de l’action climatique, en assurant la transparence des répercussions des grands projets et en stimulant le changement.
L’avènement et la mise en œuvre du test climatique des Gitanyow dans le WSAP élargi montrent l’évolution du contexte juridique en matière d’évaluation des répercussions et d’atténuation des changements climatiques au Canada. En Colombie-Britannique en particulier, le pluralisme juridique évolue avec le chevauchement des compétences des lois coloniales provinciales et fédérales, en plus des nombreuses nations autochtones indépendantes et souveraines.
L’évaluation d’impact dirigée par les Autochtones joue de plus en plus un rôle dans l’évaluation des projets, leur approbation et l’influence sur les conditions d’approbation. Les peuples autochtones en particulier, dont les cultures, les modes de vie et les économies sont axés sur l’environnement naturel, sont particulièrement impliqués dans le changement de la manière dont les projets proposés sont évalués en ce qui concerne leurs impacts climatiques.
L’EI, la réconciliation avec les Autochtones et l’activisme en matière de politique climatique sont étroitement liés et évoluent, malgré les résistances de certains intérêts opposés.
L’évaluation par le test climatique de Gitanyow a maintenant été réalisée pour trois projets depuis sa présentation initiale en 2020 et sa révision subséquente en 2023. Les Gitanyow demeurent ouverts à une révision ultérieure du test climatique en fonction de nouvelles méthodes scientifiquement prouvées et des meilleures informations disponibles.
Même si la relation des Gitanyow avec la terre et son intendance ne sont pas nouvelles, le test climatique et le WSAP sont des expressions récentes des lois autochtones. La mise en œuvre des lois autochtones face à l’incursion coloniale est souvent entravée par le refus des gouvernements provinciaux et fédéral de reconnaître l’autorité de Gitanyow, mais il existe néanmoins des preuves du potentiel pour influencer le rendement climatique des projets, repousser la pratique coloniale de l’EI et faire avancer la réconciliation.
Remerciements
Les auteurs tiennent à remercier les chefs héréditaires des Gitanyow pour leur soutien dans le développement du test climatique et de cet article.