L’année 2025 a été marquée par une incertitude quant à la politique climatique au Canada, une incertitude qui exige une résolution rapide.

Malgré quelques avancées, les mesures concrètes pour protéger la population et les collectivités canadiennes restent insuffisantes.

L’année 2025 a été particulièrement mouvementée pour la politique climatique.

L’année a commencé et s’est terminée dans une grande incertitude, mais pour des raisons différentes. Au début de l’année, cette incertitude était due aux élections fédérales, où, selon le résultat, un démantèlement complet de l’architecture politique du Canada était une réelle possibilité.

Mais après la victoire inattendue des libéraux de Mark Carney, la question qui se posait désormais était différente : quelle sera l’approche du Canada en matière de politique climatique et quelle sera son efficacité pour réduire les émissions et soutenir la compétitivité dans un contexte de bouleversements engendrés par Donald Trump?

À l’approche de la fin de l’année, nous avons une meilleure idée de ce que cela pourrait inclure : une tarification plus forte du carbone industriel, des règles plus strictes pour le méthane dans le pétrole et le gaz, des incitations fiscales finalisées pour l’électricité propre, une taxonomie d’investissement climatique, un soutien aux minéraux critiques et plus encore. Mais bon nombre de ces victoires politiques sont encore marquées par une incertitude persistante, y compris certaines des plus importantes, comme la tarification du carbone pour les industries.

Plus tôt cette année, mes collègues de l’Institut Climatique du Canada et moi-même avons présenté quelques grandes priorités sur lesquelles le gouvernement pourrait se concentrer pour réaliser des progrès significatifs en matière de politiques publiques. Cela était particulièrement important, étant donné que nos recherches ont montré que le Canada ne serait pas en mesure d’atteindre son objectif de réduction des émissions pour 2030 et qu’il devait rectifier le tir. Cette constatation a été confirmée cette semaine par le rapport d’étape du gouvernement fédéral sur son plan climatique.

Sur les six politiques que nous avons initialement identifiées pour mettre le pays sur la voie du progrès, trois restent inachevées ou incertaines.

Le gouvernement s’est engagé à renforcer la tarification du carbone industriel, mais les modalités de mise en œuvre seront déterminantes pour le succès ou l’échec de cette politique. Il est d’autant plus important de bien définir ces modalités compte tenu du récent protocole d’entente conclu avec l’Alberta, qui repousse toute clarté à ce sujet jusqu’en avril de l’année prochaine.

Le protocole d’entente est vague quant aux résultats concrets : il accepte d’augmenter le prix minimum des crédits carbone à 130 $ par tonne d’émissions (soit environ six fois le niveau actuel), mais ne fixe aucun échéancier. Pour être crédible, l’entente doit être conclue entre les deux gouvernements sur la nécessité d’atteindre ce prix d’ici 2030.

Or, nous avons déjà constaté des signes inquiétants. À peine l’entente signée, le gouvernement de l’Alberta s’est mis à modifier son système de tarification du carbone, afin de l’affaiblir davantage, une semaine seulement après sa signature.

Sur une note plus positive, le gouvernement fédéral a finalisé des règles plus strictes sur le méthane pour le secteur pétrolier et gazier. Agir sur le méthane est une évidence, car il s’agit de l’une des mesures les plus économiques qui soient. Le gouvernement fédéral et l’Alberta doivent s’entendre sur une entente d’équivalence efficace, afin d’assurer l’atteinte du niveau de réduction auquel le gouvernement fédéral s’est engagé : 72 % d’ici 2030. Mais c’est, de manière générale, une bonne nouvelle politique.

En matière d’électricité propre, le gouvernement fédéral met actuellement en œuvre, par voie législative, les crédits d’impôt à l’investissement promis de longue date, qui devraient être adoptés au début de l’année prochaine. Et bien que le gouvernement ait semblé réaffirmer son engagement à l’égard du Règlement sur l’électricité propre, le protocole d’entente a encore une fois sapé cela en prévoyant une exclusion pour l’Alberta.

Cela risque d’entraîner des demandes similaires de la part d’autres provinces et une course au moins-disant dans d’autres domaines de la politique climatique. Pour l’instant, nous espérons que les deux parties pourront négocier un accord qui s’approche de l’équivalence sur ce dossier.

En ce qui concerne les véhicules électriques, le gouvernement a suspendu sa norme de disponibilité des véhicules électriques et ses incitatifs aux consommateurs, remettant en question l’une des seules politiques du Canada en matière de réduction des émissions dans le secteur des transports.

Le gouvernement a indiqué que de plus amples renseignements sur l’avenir de cette politique devraient être communiqués prochainement, mais cette incertitude a freiné les ventes de véhicules électriques au pays, qui étaient auparavant en constante augmentation d’année en année. Le maintien d’une norme rigoureuse permettra aux Canadiens et Canadiennes de trouver de meilleures options de véhicules plus performants et plus abordables, tout en offrant une plus grande flexibilité aux constructeurs automobiles.

L’exemple le plus probant de progrès réside dans l’engagement du gouvernement fédéral à mettre en œuvre des lignes directrices pour l’investissement durable, aussi connues sous le nom de taxonomie climatique. Le gouvernement a chargé l’Institut Climatique du Canada, en collaboration avec Parcours des entreprises de demain, d’effectuer le travail technique qui sous-tendra les lignes directrices, afin d’aider à stimuler l’investissement privé dans des projets conformes à la transition énergétique mondiale.

Additionnez tout cela et nous nous retrouvons avec une image de la politique qui reste floue.

Cela est particulièrement troublant compte tenu des enjeux : 2025 a été marquée comme la deuxième pire année de l’histoire du Canada pour les feux de forêt. Des ordres et des alertes d’évacuation ont été émis à l’encontre de la population, notamment dans des communautés éloignées et autochtones. Cela signifie que des millions de Canadiens et de Canadiennes ont vu leur quartier plongé dans un épais brouillard de fumée toxique pendant plusieurs jours d’affilée. De plus, la région du Lower Mainland, en Colombie-Britannique, a récemment vu ses principales autoroutes coupées de l’intérieur de la province et Abbotsford inondée par une rivière atmosphérique qui a ravagé la côte. Cette situation rappelle étrangement celle de 2021, qui avait dévasté une grande partie de la province et causé des pertes économiques se chiffrant en milliards de dollars.

Pourtant, lorsqu’il s’agit de prendre des mesures concrètes pour protéger les citoyens et les collectivités partout au Canada, les efforts déployés par tous les paliers de gouvernement restent largement insuffisants.

Tout cela se produit alors que les technologies propres et électriques (comme les énergies renouvelables, les batteries et les véhicules électriques) poursuivent leur progression inexorable pour transformer les marchés mondiaux de l’énergie.

Ce phénomène, à lui seul, recèle un énorme potentiel pour réduire considérablement les dommages futurs causés par les changements climatiques. Il offre également au Canada une occasion unique d’accroître sa prospérité, de favoriser l’accessibilité financière et de renforcer sa compétitivité dans un monde en pleine mutation, marqué par de nouvelles relations commerciales.

Pour l’année à venir, le Canada doit lever au plus vite l’incertitude politique qui freine les progrès. Les problèmes auxquels nous sommes confrontés sont urgents, mais les solutions sont à portée de main.

Assez de belles paroles, s’il vous plaît : tout ce que je souhaite pour Noël, c’est la mise en œuvre concrète des politiques climatiques promises depuis si longtemps par les gouvernements canadiens.