Crédit d'image: Kylea Smart, participante au programme Project Accelerator d'Indigenous Clean Energy, visite le lotissement de mini-maisons de Tyendinaga Flat Street à l'été 2025. ICE/Cara Garneau.

Pour réduire l’écart en matière de logement pour les communautés autochtones, il faut construire des habitations qui sont plus que de simples abris

Les gouvernements ont l’occasion – et l’obligation – de combler les lacunes sur le plan de la santé et du logement pour les Autochtones par des politiques coordonnées, des financements innovants et des partenariats à long terme.

Ce post a précédemment été publié dans le Globe and Mail.

Au Canada, près d’une personne autochtone sur six vit dans un logement qui nécessite des réparations majeures – un taux presque trois fois plus élevé que pour la population allochtone, selon Statistique Canada. La moitié des adultes des Premières Nations rapportent la présence de moisissure dans leur logement. En outre, nous avons découvert que les peuples autochtones sont plus de deux fois plus susceptibles de vivre dans un logement surpeuplé.

Certes, le récent budget fédéral promet d’améliorer le logement autochtone, mais la question de comment on s’y prendra est de prime importance. Le logement, la santé, la réconciliation et les changements climatiques sont des dossiers interreliés qui peuvent être traités simultanément. Avec les bonnes réformes, le Canada peut apporter des améliorations dans chacun de ces domaines à travers son intervention en matière de logement autochtone. Les avantages étant multidimensionnels, on comprend que les bénéfices totaux dépassent de loin les coûts.

Examinons les enjeux.

Le logement inadéquat coûte cher, aussi bien du point de vue économique que sanitaire. Les mauvaises conditions accroissent les taux d’asthme, de maladies respiratoires et de détresse mentale. L’asthme est ainsi environ 40 % plus prévalent chez les Autochtones, et les nourrissons inuits ont certains des taux d’hospitalisation pour infections respiratoires les plus élevés au pays – hospitalisations dont le coût moyen est d’environ 60 000 $ par séjour au Nunavut.

Les changements climatiques accentuent ces vulnérabilités. Les phénomènes météorologiques extrêmes, les écosystèmes en mutation et les cycles imprévisibles des saisons empirent les risques pour les logis aux conditions déjà précaires. Les logements mal construits et vieillissants laissent davantage s’infiltrer la fumée des feux de forêt, ce qui expose les occupants aux polluants atmosphériques et entraîne des taux accrus d’hospitalisation et de visites aux urgences.

Enfin, les bâtiments sont une source persistante d’émissions de gaz à effet de serre à l’échelle nationale. Les nouveaux logements autochtones peuvent et doivent s’inscrire dans les objectifs climatiques du Canada. Les logements écoénergétiques permettent d’améliorer la santé des occupants et de faire baisser les émissions et la facture des ménages.

Les politiques actuelles sont insuffisantes pour s’attaquer à ces problèmes multiples.

En effet, les politiques existantes en matière de logement autochtone sont compartimentées, rigides et court-termistes. Le chevauchement des responsabilités gouvernementales et les programmes de financement, fragmentaires et parfois difficiles d’accès, ne cadrent pas avec les réalités autochtones et ne favorisent pas non plus la résilience climatique à long terme. Couplés à une pression croissante pour construire au plus vite, ces obstacles mènent souvent à des compromis sur la qualité.

À l’inverse, l’approche des logements écoénergétiques sains est collaborative, souple et conçue pour le long terme afin de mener à des retombées transformatrices et durables. Elle repose sur trois grands piliers : l’efficacité énergétique, la résilience climatique et le bien-être holistique.

La mise en œuvre de cette approche diffère d’une collectivité à l’autre : il peut s’agir d’employer des matériaux anti-moisissure, d’installer des thermopompes ou de construire des habitations plus grandes adaptées à la cohabitation intergénérationnelle. Un excellent exemple est l’initiative Bringing It Home d’Indigenous Clean Energy, qui aide les communautés à concevoir et à faire le suivi de telles solutions de logements intégrés.

Ces solutions peuvent aussi mener à des économies à terme. D’après les estimations de l’Aboriginal Housing Management Association en Colombie-Britannique, chaque dollar investi annuellement dans le logement autochtone génère environ 6,79 $ de retombées sociales.

Ces avantages resteront toutefois hors de portée tant que les obstacles politiques considérables au logement autochtone ne seront pas éliminés. Or, les gouvernements continuent d’aborder séparément le logement, la santé, l’énergie et le climat. En outre, les financements sont souvent conçus sans collaboration autochtone, et les communautés font face à des contraintes persistantes en matière de capacité.

Tout d’abord, les gouvernements devraient collaborer pour coordonner des mesures en matière de logement autochtone, y compris en élaborant des politiques et des programmes conjointement avec le leadership autochtone. Les programmes devraient être accessibles et viser le renforcement des capacités des communautés autochtones. Les démarches pourraient ici bénéficier d’un groupe de travail intergouvernemental, qui coordonnerait les financements, diffuserait les pratiques exemplaires et ferait le suivi les progrès.

Ensuite, les gouvernements devraient conclure des accords d’investissement à long terme et proposer des possibilités de financement flexibles pour laisser aux communautés autochtones le loisir de choisir les modèles les plus adaptés à leurs objectifs et à leurs besoins. La Stratégie nationale sur le logement du Canada représente une occasion importante de mieux soutenir les initiatives des logements écoénergétiques sains pour les Autochtones.

Enfin, les gouvernements devraient mesurer les répercussions et les avantages des habitations de façon plus globale afin de prendre en compte les effets sociaux, culturels, environnementaux et économiques.

Ces recommandations sont potentiellement les clés du succès, surtout dans la foulée de la création de l’organisme Maisons Canada. Il s’agit d’une occasion critique de construire non pas de simples abris, mais des logements résilients et durables.

Pour bien faire les choses en matière de logement autochtone, il faut intégrer dès le départ les principes des logements écoénergétiques sains aux politiques pour prendre en compte les réalités culturelles, régionales et communautaires des titulaires de droits autochtones. Cela implique l’établissement d’un processus d’élaboration conjointe avec les Autochtones, un financement flexible, un investissement à long terme et une gouvernance coordonnée pour servir de socle à la réconciliation, à la résilience et au bien-être à long terme.