La demande d’électricité au Canada est appelée à augmenter, à la fois en raison de l’électrification (davantage de technologies alimentées à l’électricité plutôt que par d’autres combustibles) et de nouvelles sollicitations du réseau, comme les centres de données qui alimentent l’intelligence artificielle.
Mais répondre à cette demande uniquement par de nouvelles capacités de production d’électricité risque d’être coûteux et inefficace. Accroître la flexibilité du côté de la demande est une solution sous-estimée pour réduire les coûts pour les gestionnaires de réseau et les ménages, tout en améliorant l’efficacité du système électrique.
À mesure que la demande d’électricité augmente au Canada, le réseau deviendra davantage soumis à des « pics », ce qui signifie que les systèmes d’électricité connaîtront des écarts plus importants entre la demande maximale et la demande moyenne. Imaginez, par exemple, que tout le monde rentre chez soi par une journée froide et allume sa thermopompe et recharge son véhicule électrique en même temps. Les fournisseurs d’électricité doivent pouvoir absorber ces pics de consommation avec une puissance suffisante, sous peine de voir leur réseau électrique devenir instable, provoquant des baisses de tension ou des pannes de courant.
Or, la construction de nouvelles centrales électriques pour répondre à ces pics plus importants peut s’avérer coûteuse et laisserait ces nouvelles installations inutilisées lorsque la demande est plus faible. Heureusement, accroître la flexibilité dans la gestion de la demande d’électricité permet de satisfaire les besoins de tous à moindre coût.
La flexibilité du côté de la demande peut permettre aux clients et aux services publics de réaliser des économies
La flexibilité est essentielle pour garantir la fiabilité et l’accessibilité du réseau électrique de demain. Cela inclut des solutions côté offre comme les batteries et l’hydroélectricité, qui produisent de l’électricité à la demande et peuvent compenser l’intermittence des sources d’énergie telles que l’éolien et le solaire. Elle inclut également des solutions côté demande, comme le déplacement de la consommation d’électricité lorsque le soleil brille ou que le vent souffle, loin des heures de pointe.
La gestion de la demande est un concept ancien qui revêt une nouvelle urgence face à l’augmentation spectaculaire des prévisions de consommation d’électricité et aux nouvelles solutions technologiques offrant de nouvelles options de flexibilité.
La flexibilité du côté de la demande réduit les pics de consommation d’énergie en réduisant la consommation d’électricité aux heures de pic (écrêtement des pics) ou en déplaçant la consommation d’électricité aux heures creuses (décalage de la charge). Depuis des dizaines d’années, les clients industriels modulent leur demande en échange de tarifs plus avantageux. Un nouveau document de cadrage de l’Institut Climatique du Canada décrit un éventail croissant de nouvelles options disponibles dans ce domaine, accessibles aux ménages et aux entreprises. Les thermostats intelligents permettent de chauffer et de climatiser les habitations en évitant les heures de pointe, sans compromettre le confort. Les véhicules électriques peuvent être rechargés la nuit, lorsque la demande est la plus faible. Les centrales électriques virtuelles, qui utilisent des logiciels pour connecter de nombreuses petites sources d’énergie (panneaux solaires, batteries domestiques, véhicules électriques) peuvent fonctionner comme une grande centrale électrique, stockant ou utilisant l’énergie en fonction des fluctuations de l’offre et de la demande.
Les avantages potentiels sont considérables, tant pour les fournisseurs d’énergie que pour les consommateurs.
Les fournisseurs d’énergie peuvent mettre en œuvre des programmes de gestion flexible de la demande, afin de réduire ou de retarder le besoin de mises à niveau coûteuses des infrastructures et d’optimiser l’exploitation de leur réseau. En Australie, par exemple, on estime que l’avantage net de la flexibilité du côté de la demande équivaut à environ 7 à 17 milliards de dollars canadiens. Les services publics peuvent également déployer des programmes de gestion de la demande flexibles plus rapidement que l’ajout de nouvelles capacités de production, un avantage crucial compte tenu des retards d’approvisionnement en pièces détachées pour les centrales électriques et les composants du réseau.
Les consommateurs peuvent réduire leur facture en participant à des programmes qui les incitent à décaler ou à réduire leur consommation d’énergie. Le tarif de nuit très bas de l’Ontario, par exemple, offre des tarifs d’électricité considérablement plus bas aux consommateurs qui décalent leur consommation pendant la nuit. Cela peut permettre à certains propriétaires de véhicules électriques de recharger complètement leur véhicule pour moins de 5 $.
Mais même les clients qui ne modulent pas leur consommation ont tout à gagner, car tous les abonnés bénéficient d’un réseau plus rentable. Si les économies réalisées à l’échelle du système permettent de maintenir le coût de l’électricité à un niveau bas, davantage de clients passeront à l’électrification, ce qui accélérera et rendra la transition énergétique plus abordable.
Les programmes pilotes sont prometteurs partout au pays. Le programme Peak Saver de BC Hydro offre des récompenses aux clients qui enregistrent des appareils intelligents qui réduisent automatiquement l’utilisation pendant les pics. Le programme Hilo d’Hydro-Québec automatise également les appareils intelligents comme les thermostats et les chargeurs de véhicules électriques, ce qui permet d’économiser un total de 2 330 mégawatts (MW) et de récompenser les clients participants avec une moyenne de 205 $ en 2024-2025. En Ontario, le programme Peak Perks de l’exploitant indépendant du réseau d’électricité devait fournir plus de 200 MW pendant l’été 2025 – une bonne première étape, mais une goutte d’eau dans l’océan par rapport aux 2,8 gigawatts (GW) qu’il pourrait permettre d’économiser, selon la modélisation de 2022. Dans l’ensemble, le Canada se prive de possibilités en n’adoptant pas plus largement des initiatives de flexibilité du côté de la demande.
Le Canada a à peine effleuré le potentiel de la flexibilité du côté de la demande
Des changements de politiques pourraient permettre de libérer plus d’avantages. Les gouvernements fédéral et provinciaux devraient revoir à la hausse leurs ambitions en matière de flexibilité du côté de la demande dans le cadre de leurs politiques sur l’électricité propre, en l’intégrant dans les feuilles de route de l’énergie, en fixant des objectifs ambitieux et en pérennisant les projets pilotes. Les gouvernements provinciaux pourraient également mettre à jour leurs réglementations pour exiger des services publics qu’ils évaluent la valeur de la flexibilité du côté de la demande et la mettent en œuvre. La loi Clean Energy Act de la Colombie-Britannique, par exemple, oblige maintenant BC Hydro à offrir des mesures de la gestion de la demande à ses consommateurs et à faire rapport annuellement de ses progrès.
Les services publics ont eux aussi un rôle à jouer pour faciliter et récompenser la participation des consommateurs : les programmes où les actions sont automatisées permettent des réductions bien plus importantes que ceux qui reposent sur des actions manuelles.
Non seulement la flexibilité de la demande est possible, mais elle est déjà une réalité. Les programmes permettent aux participants de réaliser des économies, de rendre le réseau globalement plus rentable et de réduire ou de retarder les mises à niveau coûteuses des infrastructures.
Si les gouvernements souhaitent réellement électrifier l’économie tout en préservant la fiabilité, l’accessibilité et les faibles émissions du réseau, ils doivent accélérer sans délai les investissements et les programmes favorisant la flexibilité de la demande.