Crédit d'image: En 2021, des inondations meurtrières à Abbotsford, en Colombie-Britannique, ont emporté des voies ferrées et des routes, dont la route Boundary, que l’on voit ici. Les répercussions économiques ont notamment entraîné des pertes commerciales estimées à 2 milliards de dollars. Darryl Dyck / La Presse canadienne

Prendre du retard dans l’adaptation des infrastructures aux changements climatiques : un choix coûteux pour le Canada

Se préparer à la hausse des températures et aux fortes pluies pourrait permettre aux gouvernements d’économiser jusqu’à 9 milliards de dollars par an en coûts d’infrastructures.

Cet article a précédemment été publié dans le Hill Times.

Le commissaire à l’environnement et au développement durable du Canada a signalé récemment que le gouvernement n’a pas respecté ses engagements visant à protéger les infrastructures fédérales contre les effets des changements climatiques, notamment les ponts, les routes, les bâtiments et les ports. 

La conclusion du commissaire était sans équivoque : dans un pays qui se réchauffe à un rythme deux fois la moyenne mondiale, protéger les infrastructures fédérales contre les changements climatiques est essentiel pour assurer la sécurité des collectivités et préserver l’argent des contribuables.

Ces constats méritent qu’on s’y attarde — mais ils sous-estiment également l’ampleur du défi auquel le Canada est confronté. La majeure partie des infrastructures publiques sur lesquelles les Canadiennes et Canadiens comptent au quotidien appartient aux gouvernements municipaux, provinciaux, territoriaux et autochtones, et une grande partie de ces infrastructures est poussée au-delà de ce pour quoi elle a été conçue — par le vieillissement, par des décennies d’entretien différé, et de plus en plus par les changements climatiques.

La réalité, c’est que le Canada est pris dans un cercle vicieux de dommages et de réparations croissants et coûteux. Environ 14 % de toutes les infrastructures publiques sont aujourd’hui en mauvais ou très mauvais état. Un récent rapport du Conseil canadien des infrastructures met en garde contre le risque que la détérioration des infrastructures publiques freine la croissance du logement et perturbe les transports, la santé publique et l’activité économique. 

Les changements climatiques aggravent ce problème. Les recherches récentes de l’Institut climatique du Canada chiffrent clairement ce qui est en jeu. Dans tout le Canada, les changements climatiques pourraient faire monter les coûts des infrastructures publiques de près de 15 milliards de dollars par an si les gouvernements ne s’adaptent pas à l’augmentation des températures et aux fortes pluies. Ce chiffre ne tient pas compte des coûts liés à d’autres impacts climatiques comme les feux de forêt, le dégel du pergélisol, l’érosion côtière ou les inondations catastrophiques. Le portrait national fait écho aux conclusions antérieures du Bureau de la responsabilité financière de l’Ontario, qui a estimé que des pressions climatiques similaires pourraient ajouter 4 milliards de dollars aux coûts des infrastructures publiques de l’Ontario.

Qui plus est, les répercussions vont bien au-delà du coût de réparation des infrastructures. Lorsque des routes sont impraticables ou que les égouts débordent, les transports sont interrompus, des habitations sont inondées, les activités commerciales sont perturbées et les chaînes d’approvisionnement sont bloquées. En 2021, une rivière atmosphérique a emporté des autoroutes et des voies ferrées en Colombie-Britannique, entraînant des pertes commerciales d’environ 2,5 milliards de dollars et jusqu’à 1,4 milliard de dollars en pertes de revenus et de productivité. 

Cette situation n’est pas inévitable. L’analyse de l’Institut climatique du Canada révèle qu’investir en moyenne environ 4 milliards de dollars par an pour adapter les infrastructures publiques existantes aux pluies  plus abondantes et à des températures plus élevées pourrait permettre aux contribuables d’économiser jusqu’à 9 milliards de dollars par an en coûts de réparation, ce qui serait avantageux pour les gouvernements, même après avoir payé pour les améliorations. 

Une approche proactive exige de moderniser les infrastructures plus tôt que prévu. Mais l’alternative – attendre que les infrastructures défaillent ou arrivent en fin de vie avant de les adapter aux risques climatiques – est bien plus coûteuse. Cette approche réactive pourrait alourdir les dépenses d’infrastructures publiques d’environ 4 milliards de dollars par an jusqu’à la fin du siècle, détournant ainsi des ressources du logement, des soins de santé et d’autres priorités publiques. 

Les avantages d’une infrastructure résiliente au climat seraient largement partagés entre les ménages, les entreprises et l’ensemble de l’économie. Cependant, le coût des investissements dans ces actifs n’est pas réparti équitablement. Les gouvernements municipaux possèdent et exploitent la plupart des infrastructures publiques, mais ils dépendent principalement sur les taxes foncières et les redevances d’utilisation qui n’ont jamais été conçues pour financer le renouvellement à grande échelle ou l’adaptation aux changements climatiques. Les gouvernements autochtones font face à des contraintes d’investissement supplémentaires liées aux cadres de financement fédéraux et des obstacles législatifs de longue date. 

Ces défis structurels signifient que ces gouvernements ne peuvent pas résoudre le problème par eux-mêmes. Les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux ont un rôle essentiel à jouer en collaborant avec les municipalités et les gouvernements autochtones, afin de faciliter une adaptation proactive. La modernisation des outils financiers, l’élargissement des données et de la cartographie des risques climatiques, la mise à jour des normes d’infrastructure et l’adaptation des programmes aux collectivités les plus vulnérables et aux infrastructures essentielles seront tous essentiels. 

L’adaptation proactive n’est pas une solution miracle. Même avec des améliorations en matière de résilience, les changements climatiques continueront de faire grimper les coûts d’infrastructure. Mais agir tôt peut limiter considérablement l’ampleur de ces coûts et réduire le risque de défaillances majeures. 

Si le Canada ne réadapte ses infrastructures aux changements climatiques qu’après leur défaillance, ou pas du tout, les Canadiens et Canadiennes devront payer plus cher et seront exposés à des risques accrus. 

Les données probantes sont claires : chaque année de retard dans l’adaptation augmente les coûts futurs et amplifie les risques climatiques à l’échelle du pays.

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